Internet une arme de guerre ?

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Une page du journal « Le Monde » en date de ce samedi 6 Aout 2005, rapporte les liens entre Al Quaeda et Internet, ainsi que la lutte qui semble s’installer autour de cet usage. On y apprend entre autres l’utilisation très habile d’Internet par des terroristes (chat, messages codés, hébérgements surprises et changeants…) et par les contre terroristes (piratages de sites, …). Deux choses doivent, selon moi, être analysées. D’une part l’usage d’Internet par les terroristes ne semble avoir d’autre but que de transmettre au sein même du réseau de l’information pratique pour les activités particulières de ces mouvances. D’autre part une prise de conscience de la potentialité communicationnelle d’Internet qui ne se situerait pas dans l’exposé d’une pensée, d’un discours, mais plutôt dans la circulation planétaire d’informations incontrolables. Si nous essayons d’envisager la dimension éducative et citoyenne de ces faits, il nous faut penser Internet aux deux niveaux : un espace pour dire, un espace pour échanger. Si c’est un espace pour dire, la question qui se pose est celle de celui qui lit ? comment peut-il être amené à lire tel ou tel propos s’il n’y est pas dirigé à un moment ou un autre. En d’autres termes, à l’époque du scandale de la secte Wako, Internet avait été accusé de propager des idées sectaires dangereuses, mais comme la plupart de la population ignorait l’existence de tels sites, on s’est rapidement aperçu que les lecteurs de ces sites étaient peu nombreus et très « typés ». On nous a laissé penser que l’on pourrait tomber par hasard sur ce type de site : regardons ce qui est advenu 7 ou 8 années après : les sites sur lesquels on peut tomber « par hasard » sont presque exclusivement des sites de commerces ou des sites pornographiques (regardez la stratégie de DELL en la matière). Effectivement, dire ne suffit pas, encore faut-il être reçu, lu… Si c’est un espace pour échanger, nous nous trouvons devant la question des réseaux. il est logique qu’un réseau humain utilise un réseau technologique. C’est d’ailleurs ce qui a permis la multiplication des contenus non institutionnels sur Internet. En choisissant Internet pour échanger on peut soit passer par l’espace public, soit organiser un sous réseau, protégé, sur Internet. Les réseaux inoffensifs, mais très actifs (en éducation par exemple) ont tout intérêt à faire partager leurs réflexions à ceux qui le souhaiteraient, et cela produit parfois des effets intéressants. Les réseaux ayant des intentions douteuses peuvent aussi choisir cet espace public car il est alors possible (c’est une hypothèse) qu’ils passent inaperçu pour communiquer entre eux. On peut penser que c’est le cas pour Al Quaeda qui ne dispose pas forcément de moyens techniques et de structures fixes suffisantes comparativement aux états. S’ils envoient alors des messages cryptés, il seront beaucoup plus suspectés et surveillés (voire même pistés) que s’ils utilisent l’espace public mais de façon très éphémère et volatile. Noyés ainsi dans la masse, ces échanges passent inaperçus et sont d’autant plus efficaces. Eduquer à Internet c’est aussi prendre conscience de ces dimensions. Quand des jeunes adolescents (es) mettent sur des blogs des photos et des textes très intimes, on mesure à quel point ils ne mesurent pas les enjeux réels des communications. Ainsi espace public et espace privé n’existent plus de la même façon qu’avec des médias plus traditionnels pour ces jeunes. Quand des terroristes passent par l’espace public pour échanger on mesure là aussi qu’il y a fusion entre plusieurs monde. Or c’est cela qui est un phénomène nouveau : il y a simultanéité des intentions dans le même espace public. Que je veuille faire partager mon intimité ou mon intention de nuire, j’utilise désormais les mêmes canaux. Ainsi, ceux qui parlent de « guerre » en ce moment tentent de fuire cette proximité en évoquant des camps opposés qui s’affrontent. Or nombre de récits actuels montrent que la frontière n’existe plus entre les camps qui communiquent les uns contre les autres. En réalité lors des conflits, (des plus récents aux plus anciens), il y a de nombreuses rencontres non violentes entre les belligérants. Mias là au moins les frontières sont définies. Ce qui trouble désormais, c’est l’absence de frontière, la dé-territorialisation. La notion de territoire, telle que l’utilisent les géographes dès lors qu’ils s’intéressent au vivant dans son environnement, me semble être un concept central pour analyser la communication en général, et celle sur Internet en particulier. Apprendre aux jeunes à « dessiner les territoires », c’est à dire à les identififier, les repérer, les décrire, est un travail qui attend tous les éducateurs qui veulent permettre aux jeunes de comprendre le monde qui les entoure. Ces mêmes éducateurs devront aussi travailler auprès de chacun de ces jeunes, à l’aide des blogs par exemple, pour que chacun d’eux comprenne que parmi tous les territoires qui se croisent, le premier c’est d’abord celui que l’on construit soi même, parfois sans en avoir conscience…

A suivre et à débattre

BD

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