L'information est devenue une denrée ordinaire.

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Parce que posséder une information faisait de vous le dominateur de votre entourage, elle était devenue le symbole du XXè siècle. Paul Watzlavick nous avait suffisamment éclairé sur le sujet (la réalité de la réalité). Le développement soudain et rapide des technologies numériques à la fin de ce siècle pour concevoir, comme pour diffuser et recevoir de l’information, a changé le paysage global de l’information et de la communication. Le Monde du 19/08 et Libération des 20-21/08 s’en font l’écho. Ainsi on peut lire : « En dix ans, Internet n’a pas seulement marqué l’économie, il a aussi envahi la vie quotidienne de millions de gens ­ au moins dans les pays développés. Ses trois pouvoirs ­ l’ubiquité, la variété et l’interactivité ­ rendent son potentiel d’usages quasi infini. » (Gaëlle Macke – Article paru dans le Monde du 19.08.05) ou encore : « Tout le monde devient producteur d’image, tout le monde peut faire connaître sa vision de la réalité. L’information, denrée jadis rare donc chère, dont les médias avaient le monopole, se démocratise, se privatise. » (Patrick Sabatier – éditorial de Libération 20-21.08.05)

Rappelant que, en 2005, les blogs se multiplient rapidement, de même que les appareils photos et vidéos numériques, ces journaux n’oublient pas de nous rappeler que ce phénomène s’inscrit dans la continuité de ce que l’on a connu depuis le développement d’Internet et du multimédia, c’est à dire de la convergence numérique. On se rappelle le site de Matt Drudge qui dénonçait la liaison du président des USA, ou encore ces images de caméscopes d’un évènement prises par des témoins, et achetées par les médias en vue de leur diffusion, pratique toujours actuelle comme le rappelle Libération à propos des attentats de Londres. Ce qui inquiète les journalistes c’est qu’il y a tentative de systématisation de cette pratique. Le risque étant que n’importe qui puisse se revendiquer journaliste, puisque producteur d’information, voire diffuseur. Naïvement Cyril Fievet (auteur de Blogstory, propos dans Libé), énonce le risque nouveau de la manipulation et de la fausse information, il oublie que les journalistes ne sont pas exempts de ce risque. Sa confiance est cependant confortée car « Il se met en place un éco-système qui arrive à valider avec des outils de popularité et des liens croisés » déclare-t-il. Malheureusement il ne doit pas souvent aller sur Internet, et surtout il ne doit pas avoir une pratique courante de la recherche d’information. D’ailleurs d’autres comme J.M. Jeannenney de la BNF s’y sont laissés prendre. Le problème principal n’est pas seulement dans la fabrication et le transport de l’information, il est dans leur accessibilité. Et popularité et liens n’y peuvent rien !!!! La multiplication des sources est une évolution logique de nos sociétés marchandes. Le discernement est lui de plus en plus difficile et c’est là que se pose le réel problème. La croyance naïve à la crédibilité du contenu d’un livre est encore trop présente. Combien de plagiats, de bidonnages (même dans des ouvrages scientifiques, rappelons l’affaire Lissenko dans les années 30), n’ont pas été facilement identifiés et ont amené nombre d’entre nous à être manipulés et être victimes des fausses informations. Le problème soulevé est double : d’une part il n’y a plus de monopole de production et de transport d’information et cela met en péril les professionnels qui le détenaient; d’autre part l’accès à l’information est désormais un savoir faire qui ne se délègue plus, mais une compétence que chacun se doit de construire, en particulier lors de sa formaiton initiale et tout au long de sa vie.

La crainte des journalistes est à double tranchant, en même temps ils redoutent la non professionnalité des nouveaux informateurs, et en même temps il craignent qu’on mette en doute leur propre professionnalité. C’est probablement de ce coté qu’il y a un profond remaniement à faire, que les professionnels de l’information ont bien du mal à faire. Pierre Bourdieu et d’autres avaient tenté de les alerter en vain qui ont été accusés de tous les meux. Aujourd’hui les faits sont là : le citoyen- journaliste met en cause la crédibilié du journaliste citoyen.

La compétence d’accès à l’information (considérée dans ses différents aspects techniques et culturels) devient une élément central et complémentaire de « l’apprendre à lire et à écrire », au risque d’une nouvelle forme d’illetrisme qui se situerait en aval du premier. Toutes les disciplines d’enseignement scolaire sont depuis plus de dix années invitées à prendre part de cette éducation et pourtant, pour l’instant, on n’en voit peu les effets (hormis dans certains enseignements spécifiques et surtout pas d’une un travail interdisciplinaire, si tant est qu’ils aient encore droit de cité depuis les récents textes parus sur les TPE et les IDD, entre autres). En fait les professionnels de l’enseignement sont dans l’embarras de leur propre méconnaissance, voire incompétence, des processus informationnels ainsi que des questions d’accessibilité. Ils découvrent avec effarement ce que jusqu’à présent les technologies leur permettait de contrôler (un CDI, des photocopies…) est battu en brèche par cette nouvelle capacité offerte à tous, mais peu maîtrisée : ainsi en est-il de ces innocentes jeunes filles d’un collège de Poitiers rédigeant des textes surprenants à propos de leurs enseignants et les mettant en ligne sur leur blog; ainsi en est-il de ces élèves qui se contentent de recopier quelques lignes ou pages d’un site Internet en guise d’exposé voire de devoir. Quelle conception de l’information révèlent ces pratiques spontanées ? De quelles conception du monde et de ses valeurs témoignent ces actes ?

Il me semblerait une erreur de faire un enseignement magistral et disciplinaire de cette compétence. Au contraire, il me semble nécessaire que l’exercice intellectuel en classe s’appuie de plus en plus sur la maîtrise indispensable de cette phase initiale que constitue l’accès à l’information afin qu’elles ne se limite pas seulement à prendre le livre à la page indiquée ou à recevoir la photcopie distribuée. C’est bien vers les capacités de recherche selon des modèles heuristiques, d’analyse critique et de synthèse qu’il faudra tendre

A débattre

BD

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