A pleurer ou à rire, les journalistes !!!

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Quand on veut nous faire miroiter les miracles de la technologie dans l’étang de nos incompétences, on entonne un refrain bien connu et qui pourtant rencontre toujours le même succés….

C’est dans un numéro de la revue gratuite « 20 minutes » (n°801 du 8 Septmebre 2005, p.27) que j’ai découvert un de ces articles que ces nouveaux journaux, amateurs de nouveautés technologiques, aiment à nous abreuver. J’y ai trouvé la réthorique et tous les ingrédiens qui font la bonne soupe à l’illusion.

Le titre d’abord : « L’e-mail, nouvel outil pour parfaire son anglais ». Sa lecture permet d’émettre plusieurs questions et quelques hypothèses : pourquoi e-mail et pas messagerie électronique ? n’est-ce pas pour immédiatement nous convaincre de notre niveau d’anglais, nous qui allons n’ont pas apprendre, mais parfaire notre anglais. l’e-mail serait un nouvel outil ? le paradoxe (qui n’est pas oximore ici) est bien d’associer l’ancien email avec le mot nouvel, appelant ainsi le lecteur à espérer en savoir plus en lisant l’article. Enfin constatons que l’anglais est bien plus attirant que russe voire même l’espagnol, pour développer l’envie d’apprendre les langues. L’argument commercial est déjà constitué.

Le corps de l’article se décompose de manière tout à fait intéressant.

– « C’est une grande première dans l’apprentissage des langues. » Après la nouveauté, la grande première, au cirque cela se traduit par le roulement du tambour annonciateur de la pirouette la plus risquée

– « Après avoir été enseigné par des profs, grâce à des livres, des cassettes audio et des logiciels, l’anglais peut maintenant s’apprendre par e-mail. » L’argument de la ringardise transparaitrait-il derrière cette phrase innocente. On abandonne les moyens les uns après les autres, les profs ayant les premiers été jetés au pannier… A moins que les profs n’utilisent aux aussi des livres et des cassettes, voire des logiciels, c’est un peu plus moderne. Mais désormais, il y aurait mieux et l’attente du lecteur est à son comble, mais comment faire mieux ? C’est alors que survient, habile transition la présentation de cette nouveauté.

– « L’idée en revient à Antoine Brenner, un jeune centralien, qui souhaitait se familiariser avec les subtilités de la conjugaison espagnole. » La figure du génie est habituelle dans le monde des TIC. Quand en plus il est centralien, on ne peut que saluer l’intelligence a priori brillantissime et jeune, car il faut être jeune dans le domaine pour mettre de coté les ringards… Quand en plus il veut se familiariser avec une langue étrangère, on nous met en évidence le fait que ce type d’attitude est « remarquable » voire admirable…

– « Il créa un logiciel sur les serveurs de l’Ecole centrale qui lui envoyait des exercices par e-mail. » La bonne Ecole qui autorise ses étudiants à développer ce genre d’activité, en plus des enseignements habituels… Que sont ces exercices, d’où viennent-ils ? Bref l’idée de génie serait de s’envoyer automatiquement des exercices par email. Et si l’informatique fait des miracles…

– « C’est en appliquant l’idée à l’anglais que la méthode Gymglish vit le jour. » Pourquoi diable passer de l’espagnol à l’anglais ? Pour l’amour de l’art, des langues ou du profit ? Gymespana doit moins bien sonner dans l’oreille du potentiel consommateur pour qui la langue reine est l’anglais…. Et en plus c’est une méthode. Ce mot magique résonne comme une qualité de rigueur et d’efficacité. Nous sommes donc rassurés avant même de savoir ce qu’il en est.

– « Le principe est simple : cinq jours par semaine, l’élève reçoit un courriel relatant la saga de la Delavigne Corporation, parfumeur de San Francisco.Calibré pour être traité en dix minutes, l’e-mail contient du texte, de l’audio, des points de grammaire et quelques exercices. » Voilà donc le fond de l’affaire. Un livre d’anglais mis en ligne : du texte, des sons (les cassettes audio de notre jeune temps) et surtout de la grammaire et des exercices. On retrouve là les classiques de l’enseignement assisté par ordinateur. La seule particularité est le thème de travail : une « saga » d’une entreprise. Etre dans l’air du temps c’est aussi adapter Dallas ou autre série à l’enseignement. Le temps de traitement correspond au format court des médias. Ainsi le décor est planté, voilà la recette pour mieux apprendre.

– « Les réponses sont analysées par un logiciel d’intelligence artificielle qui renvoie le corrigé en cinq minutes et adapte le contenu de l’e-mail suivant les lacunes détectées. » Si l’argument de la rigueur ne suffit pas, il est aussi nécessaire d’y mettre de l’intelligence. Si en plus elle est artificielle, corrige vite (le poids des copies…) et s’adapte au niveau de l’apprenant en détectant ses lacunes, alors nous atteingons le summum de la perfection. Le recours à l’intelligence artificielle est un classique du genre permettant de rendre à la machine un peu d’humanité. Si elle s’adapte à l’élève alors on a « presque » un prof… et en plus il n’y a pas de copie à corriger, ni de prof à supporter….L’argument est fort

– « Ludique et efficace. » Voilà la recette. Il suffit d’apprendre en jouant avec un logiciel qui a de la rigueur.

– « Initialement destiné au monde du travail – Suez, Rip Curl Europe et le ministère de l’Economie sont fans de la méthodes – Gimglish s’ouvre aux particulier pour 10 à 20 euros selon la durée choisie. » Pas à court d’argument le rédacteur de ce texte (probablement le même qui celui qui a fabriqué la pub pour le produit) en rajoute une couche. L’adéquation entre le monde du travail et l’apprentissage. L’argument porte, car s’il venait du monde scolaire, il serait triste rébarbatif et inadapté à la société, probablement. Une grande multinationale, l’antenne européenne d’un groupe anglo saxon et un ministère bien de chez nous constituent le plat de résistance de cet argumentaire. Quand en plus cela coûte si peu cher… comment résister !!!

Comme on le voit les argumentaires se suivent et se ressemblent. Si l’idée peut sembler a priori amusante, il serait bon de ne pas mélanger effet d’annonce et véritable travail de fond. Comment accepter que des naïvetés se répétent ainsi ? Les annonces de grandes nouveautés n’engagent que ceux qui y croient. Cependant comment accepter ces discours qui ont pris l’habitude de donner les résultat de l’évaluation des nouveautés au moment ou elle les annonces. Les foires sont remplies de ces bonimenteurs capable de vendre des casseroles à un chien, et qui au moment des comptes n’ont que faire du bruit qu’elles font lorsqu’on les attache à la queue de ces pauvres animaux, eux aussi victimes….

Dommage que des idées qui méritent parfois qu’on les interroge donnent lieu à des tels discours. Mais l’art de la réthorique marchande atteint de tels degrés de sophistication (Ah la sophistique) qu’on ne peut qu’en être admiratif.

A rire et à lire

BD

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