Séminaire sur l'accompagnement à la scolarité

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Le ministère de l’éducation annonce la tenue d’un prochain séminaire du MEN appelé : « Accompagnement à la scolarité, égalité des chances et TIC »

Ce séminaire se tiendra prochainement à Amiens (la ville de G de Robien, à quand une délocalisation dans cette ville, après celles de Chasseneuil en Poitou ?) vient renforcer cette impression ressentie avec l’annexe à la circulaire de rentrée publiée en début septembre : le ministère fait dans le message social. On ne se plaindra pas que cette dimension soit prise en compte, tant elle est importante. Ce qui surprendra par contre c’est que ce sont les TIC qui sont convoquées sur le sujet, alors que le problème est bien plus profond : relisons les travaux de P.Bourdieu, de P.Merle, de B.Lahire, de F. Dubet ou de B. Charlot et d’autres sur ces questions d’égalités des chances.

Le prétexte de ce séminaire est énoncé sur le site de la SDTICE Educnet de la façon suivante : « L’école doit prendre en compte deux évolutions récentes : d’une part près des trois quarts des foyers avec enfants sont maintenant équipés d’ordinateurs et d’autre part l’assistance scolaire est en plein essor, notamment celle qui s’appuie sur les technologies de l’information et de la communication. » Il est étonnant que ce propos oublie que depuis longtemps les cours particuliers et les livres d’accompagnement scolaire si présent dans les bacs des grandes surfaces ne soient pas questionnés en même temps. Comme si les TIC étaient une cause alors qu’ils ne sont qu’un modeste révélateur, dont je ne suis pas sûr qu’il soit encore aussi déterminant que d’autres facteurs, ce dont je pense D Glasman se fera fort de rappeler, comme il m’en avait fait part lors d’un entretien au printemps 2005.

Le texte d’annonce se poursuit ainsi : « Que les enfants profitent d’Internet et de soutien à domicile pour progresser est évidemment souhaitable et témoigne de l’implication des parents mais il en résulte, dès l’école, un handicap majeur pour les enfants issus de familles ne pouvant offrir ni l’un ni l’autre. » Cette phrase laisse rêveur car elle met sur le même pieds Internet et Acadomia, Legendre et autres cours particuliers… Il suffit de regarder de près le problème pour se rendre compte que ce n’est pas du même ordre, en particulier vu la place prise par les TIC encore aujourd’hui à l’école. Il s’agit davantage d’une question de culture qu’une question de moyens….

« Comme le souligne l’avis du Haut Conseil de l’évaluation de l’école (HCéé) de mai 2005,  » laisser les élèves et leurs familles seuls face aux devoirs et leçons est source d’iniquité ». » heureusement le texte du HCEE est lui beaucoup plus polémique pour l’école et plus largement pour la société, n’enfermant pas le débat dans un champ dans lequel il n’a pas vraiment lieu d’être.

Puis le MEN écrit : « Il appartient donc aux pouvoirs publics d’intervenir pour garantir l’égalité des chances entre les enfants. Alors que l’Éducation nationale considère traditionnellement que son rôle s’arrête aux portes de l’école, certaines collectivités territoriales ont commencé à intervenir dans ce champ. Il est donc souhaitable que soient mis en place des dispositifs utilisant les TIC qui visent à offrir, aux côtés de l’école, l’appui et les ressources dont les enfants ont besoin pour mieux y réussir. »

Voilà enfin le vrai problème : les collectivités territoriales ont commencé à travailler cette question avec leurs moyens et dans le cadre de leurs responsabilités. Amiens n’est d’ailleurs pas choisi au hasard, quand on connait les problèmes d’apprentissages scolaires dans cette région. Le ministère ne doit pas se laisser dépasser, d’autant plus que s’il y regardait de plus près il aurait déjà remarqué que l’absence de régulation concernant les TIC amène des disparités très importantes entre les régions (cf le séminaire du MEN de Mai à Poitiers sur les relations avec les collectivités territoriales)

Le projet présenté est donc de : « soutenir des initiatives de communes ou de groupements de communes, d’associations, de partenaires de l’Éducation nationale, pour la mise en ouvre de services d’accompagnement scolaire utilisant les TICE »

On comprend bien l’intention de fond et il est heureux que près de 8 ans après la phrase d’Allègre sur le fait que « l’école doit être son propre recours » cette question soit enfin posée. On déplore simplement qu’elle ne le soit que pour les TIC. La vraie fracture est ailleurs. Lisez le livre sur le décrochage scolaire piloté par D. Glasman, jamais la question des TIC n’est un objet de débat qui ressort. Mes propres recherches auprès d’enfants dans des zones défavorisées ont montré que s’ils accèdent moins au TIC, la rupture n’est pas dans cette quantité, mais plutôt dans la qualité des usages. Mais le constat que j’ai pu faire, à l’instar d’autres enquêtes précédentes, est que l’école ne sait pas prescrire des usages pour le hors scolaire autres que des devoirs et des leçons scolaires, tuant petit à petit cette curiosité qui fait si souvent défaut aux élèves les plus en difficulté, souvent résignés devant celles-ci.

A débattre et à suivre

BD

Un séminaire national, organisé par la direction de la technologie à Amiens les 28 et 29 novembre prochain

2 Commentaires

  1. Monsieur Alain Guest, député, a posé à Gilles de Robien, ministre de l’Education nationale, une question concernant l’apprentissage de la lecture. Dans sa question il rappelle la nocivité des méthodes de lecture actuelles d’inspiration globale. (mercredi 16 novembre 2005)

    Le ministre confirme la nocivité de ces méthodes, rassemblées sous le terme générique de "méthode globale". Il rappelle l’efficacité de la méthode syllabique et affirme qu’il veillera à ce qu’aucun instituteur utilisant la méthode traditionnelle du ba-ba ne soit sanctionné.

    C’est un début. Un espoir naît pour les générations à venir qui pourront enfin accéder au sens des textes. Merci Monsieur Alain Guest et bravo Monsieur le ministre.

    • Bruno Devauchelle sur 30 novembre 2005 à 23:10
    • Répondre

    Dommage que tous le monde n’ai pas pu lire le passage d’un texte rédigé par M. David et envoyé au médiateur de France 2 dont je ne résiste pas à l’envie de vous transmettre un passage

    « Concernant l’apprentissage de la lecture au cours préparatoire (du cycle 2) de l’école primaire, les programmes et instructions en vigueur sont clairs ; il y est explicitement précisé que « Pour identifier des mots, l’apprenti lecteur doit avoir compris le principe qui gouverne le codage de la langue écrite en français : les lettres ou groupes de lettres (graphèmes) représentant le plus souvent des unités distinctives de la langue orale (phonèmes) assemblées en syllabes » (Qu’apprend-on à l’école primaire, programme du ministère de l’Education nationale, XO-editions, 2002, p. 72). Suivent 14 pages qui détaillent les conditions et modalités de cet apprentissage, et notamment le passage suivant qui met en garde les maîtres de ce cycle : « Certaines méthodes proposent de faire l’économie de l’apprentissage de la reconnaissance indirecte des mots (méthodes globales, méthodes idéo-visuelles…) […] On considère souvent aujourd’hui que ce choix comporte plus d’inconvénients que d’avantages » (Ibid., p. 78). Comme on le voit, les principes issus de la méthode globale sont écartés. […] En fait, cette méthode, régulièrement présentée comme l’apanage des maîtres progressistes, n’a jamais été réellement pratiquée. Elle a été mise au point dans les années 1920 par un médecin pédagogue belge, Ovide Decroly, et reprise dans les années 1960 par quelques-uns de ses collaborateurs ; mais elle n’a eu, en France, qu’un succès très limité et éphémère. Les enquêtes menées à cette époque montrent que moins de 20 % des maîtres de CP l’ont utilisée, et encore sur une période très courte ; la plupart l’abandonnant en cours d’année, pour revenir à des méthodes alphabétiques plus classiques. »

    puis plus loin

    « Ces chiffres montrent, depuis plus de dix ans, que 15 % des élèves sont réellement en « grande difficulté » de lecture (14,9 % très exactement, selon l’« Etude spécifique relative aux élèves en difficulté en lecture à l’entrée en sixième », parue dans Les Dossiers n° 112, du ministère de l’Education nationale, 1999). On est loin des 30 % avancés par cette journaliste ! Certes, ces 15 % d’élèves repérés en difficulté constituent un public encore trop important, mais au moins ceux-là peuvent-ils, aujourd’hui, poursuivre ou reprendre leur apprentissage de la lecture, au collège et dans les structures spécialisées mises en place. Ce n’était pas le cas des 70 % élèves qui, dans les années 1950, sortaient de l’école primaire sans pouvoir entrer au secondaire, et surtout des 50% qui n’avaient pas réussi le Certificat d’études primaires. « 

    Bref, comme le demandait un précédent commentateur, voici quelques éclairages basés sur des données, certes contestables comme toutes peuvent l’être mais qui ont au moins le mérite de poser de bonnes questions, elles aussi.

    Bruno Devauchelle

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