Accompagnement et scolarisation familiale, vers quelle école allons nous ?

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Le salon de l’éducation qui se termine ce 27 novembre a mis en évidence deux tendances émergentes : l’accompagnement scolaire et la scolarisation familiale. Certes ce ne sont pas les statistiques officiels qui ont montré cela, mais plutôt quelques rencontres et échanges fortuits faits dans les allées de ce salon. La montée en puissance de l’accompagnement scolaire est une réalité avec laquelle l’école va devoir compter. Contrairement aux premières impressions médiatiques qui laissaient penser que la poussée des cours privés et autres prestations de cours particuliers de toutes natures était devenu la seule voie, force est de constater que l’accompagnement scolaire associatif semble devenir une préoccupation prioritaires des acteurs des quartiers. Autrement dit on peut observer que de nombreuses associations proposent désormais dans les quartiers difficiles de mettre en place des structures d’aides à la scolarité des enfants. Certes ces activités ne sont pas nouvelles, mais leur récurrence dans les rencontres dans ce salon de l’éducation nous signalent une évolution notoire de ces actions menées en direction des jeunes : comme si les acteurs associatifs avaient « enfin » décidé de s’emparer de la question scolaire de façon massive et structurée. Pendant logique de l’offre commerciale d’une part, prise de conscience d’une priorité devenue première d’autre part, il semble que désormais les regards se tournent vers la scolarisation comme mode dominant d’intégration sociale et culturelle après avoir longtemps été en rupture avec cette école que Pierre Bourdieu avait probablement trop hativement pensé qu’elle était incapable d’autre chose que la reproduction. Or dans le même temps la scolarisation familiale commence à trouver des publics jusqu’à présent non touchés. Entre 35000 et 65000 selon les sources exprimées par divers interlocuteurs, mais nous n’avons pas pu vérifier ces chiffres, ce mouvement serait une sorte de symétrie de celui de l’accompagnement scolaire. Quand d’une part les associations de quartiers décident de rentrer dans le jeu de la scolarisation pour les enfants les plus démunis, les familles qui en ont les « moyens » (pas seulement financiers) développent des stratégies d’évitement du système scolaire nouvelles pour elles; certaines ayant épuisé les ressources de la navigation a vue dans le système (privé, public, cours particuliers), elles ont décidé de prendre en main leur destin à la maison et reprochent à l’école de ne pas être capable de répondre à leurs besoins spécifiques. On peut être surpris par la concomitance de ces deux phénomènes, mais il faut les mettre en perspective plus largement. Dans le même temps la société française développe en son sein des comportements que l’on croyait réservé à l’amérique du nord, comme les résidences clauses (cf le supplément du journal le Monde daté de samedi 26 novembre 2005), la judiciarisation, etc… On peut s’apercevoir que c’est autour du « vivre ensemble » que les choses sont en train de se compliquer. Comme le montrent désormais les analyses de la crise dite des banlieues dont on commence à s’apercevoir que les commentateurs de tous poils l’avaient interpétée un peu vite, oubliant de sortir de leurs représentations sommaires, on peut s’apercevoir que des gens qui habitent dans le même pays commencent à exprimer leur souhait de ne plus « vivre ensemble ». Cet effrayant constat, qui est révélé par les nouvelles formes de relation au seul lieu de socialisation globale que constitue l’école, nous interroge très fortement en ce moment. Quelles perspectives proposer désormais si l’on constate que la rupture est en train d’être consommée et revendiquée par une partie de la population qui se retire au moment ou l’autre demande à s’intégrer, fut-ce au prix de manifestations violentes dans les deux camps…. ?

Epilogue possible : Dans son dernier opus en public, M (alias Matthieu Chedid) chante le passage suivant de sa chanson Mama Sam :

« Non je ne connais pas l’Afrique Aigrie est ma couleur de peau La vie est une machine à fric Où les affreux non pas d’afro »

tout le public de ces milliers de jeunes qui viennent à ses concerts reprennent en coeur ce refrain : la prochaine génération nous demande d’avoir de l’espoir et de refuser de nous exclure les uns les autres…. les quadras et les quinquas d’aujourd’hui sauront-ils faire leur autocritique pour écouter ces jeunes qui ne chantent pas que l’appel à la destruction, mais qui aussi demandent d’abandonner les vieux mirages des trente glorieuses… et sa mythification de l’argent…

A débattre

BD

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