Décidément les médias traditionnels se portent mal

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Le titre de l’article paru dans le Monde, en ligne le 18/02 et qui a pour titre : « Une greffe partielle de la face a eu lieu à Lyon. Saurons-nous bientôt réaliser une greffe totale ?  » mérite que l’on s’arrête sur ce qui est au coeur de la crise à venir des médias. Ce titre comporte une erreur importante, la greffe n’a pas été réalisée à Lyon, mais à Amiens. Comment expliquer cette erreur (ayant accès au sources du dossier, il est facile de le prouver) ?

Les journalistes se laissent peut-être tenter par la facilité de l’image : manque de précision dans les articles, ville importante (Lyon) plutôt que ville moyenne (Amiens), personnalités impliquées connues (Dubernard plutôt que Devauchelle) Les journalistes ne cherchent plus une relation objective des faits mais plutôt des analyses et des interprètations.

Par quelque bout que l’on prenne la question, on peut se poser la question de savoir pourquoi, par rapport à des faits établis, les journalistes relatent certaines informations plutôt que d’autres, voire les tronque ou les déforme. Il est facile de montrer qu’à de nombreuses reprises les médias ont fait ce même raccourci, oubliant l’ensemble de l’équipe amiénoise qui a mené réellement le travail de la greffe, et préférant amalgamer dans celle de Lyon, en charge du suivi immunologique de la greffe, l’ensemble du travail.

Joel de Rosnay, dans son ouvrage sur les pronetaires, ne dit pas autre chose. Méfions nous des informations issues des journalistes amateurs, mais aussi des journalistes professionnels. Désormais les professionnels, pris peut-être par des logiques industrielles qu’ils ne connaissaient pas auparavant, mais aussi pris par la volonté de faire du « visible », voire de se valoriser personnellement, acceptent de plus en plus souvent des approximations. Le même auteur, a l’instar de ce que nous avons écrit il y a plusieurs années, explique que les « médiateurs » sociaux habituels perdent de leur légitimité, de leur autorité. Enseignants, journalistes, politiques et désormais aussi les magistrats sont mis souvent en difficulté. Pour l’instant, il s’interpellent entre eux (les intellectuels français sont aussi dans le lot, comme BHL par exemple) et s’accusent de travers que chacun en réalité a développé : la perte de crédibilité est de plus en plus grande et ce n’est pas ce titre qui va apporter un démenti à cette observation.

L’importance de plus en plus grande à donner à une éducation aux médias (nouveaux ou anciens) ne peut se réduire à énoncer quelques principes d’analyse et quelques bases de l’esprit critique. Au moment où sont mis à notre disposition des outils d’expression facile d’accès (blogs, wiki et autres CMS), il devient urgent de développer chez les élèves la prise de conscience des enjeux à venir d’une information et communication « vraie ». La fonction de médiation sociale est en train de se déplacer. Elle quitte certaines professions privilégiées et se dilue progressivement dans la société. Comme pour la fonction éditoriale, il s’agit désormais de permettre à chacun d’accéder aux codes qu’impliquent l’exercice de ces nouvelles fonction, et pour y accéder, il faudra forcément les pratiquer autrement que pendant une semaine de la presse dont on peut se demander si elle n’est pas en train de devenir la bonne conscience des responsables institutionnels.

A débattre

BD

3 Commentaires

  1. Je ne peux que souscrire à ces propos. La légitimité se déplace désormais. Il est donc nécessaire de former à la maîtrise et à la production d’informations. La rigueur, l’esprit d’analyse et de synthèse ne doit pas être le seul apanage des professionnels de l’information.
    Les nouvelles autorités émergent et sont parfois différentes des autorités institutionnelles.

    • Michel Alberganti sur 20 février 2006 à 20:09
    • Répondre

    Je suis d’accord avec l’essentiel de ce qu’ecrit BD. Journaliste professionnel depuis plus de 20 ans, je suis temoin des difficultes de cette profession depuis quelques annees. Neanmoins, je trouve le proces facile a partir d’un seul exemple d’article publie, qui plus est, par lemonde.fr et non dans le Monde papier. Eh oui, c’est different et il importe de le savoir lorsqu’on entreprend de porter le fer. Ce procede
    reviendrait a jetter le discredit sur la fonction enseignante dans son entier en s’appuyant sur une erreur dans l’enonce d’un probleme d’examen. Ce qui, par ailleurs, n’est guere difficile a trouver.
    Cette remarque ne remet pas en cause le fond du probleme souleve par ces lignes. Probleme reel. Mais l’analyse de l’erreur revele le manque d’information sur la façon de travailler des journalistes. Le soupçon de la "logique industrielle", classique, est un peu court. Et largement faux. Je pense que le malaise des journalistes est effectivement similaire a celui de l’ensemble des "mediateurs". L’une des sources de ce malaise reside dans l’extraordinaire avalanche l’information que provoque la combinaison : tele+radio+gratuits+Internet+presse. Il n’est pas indifferent de constater que les quatre premieres sources sont gratuites. Ou perçues comme telles. Or, elles sont tres efficaces. Pour preuve, cette excellente connaissance du sujet de la greffe du visage
    d’Amiens qui permet de relever les erreurs du Monde en ligne. Or, c’est probablement grâce a des journalistes que ces informations ont ete obtenues…
    Le probleme de la presse ecrite payante, c’est de trouver une nouvelle voie dans la forêt de l’information gratuite. Qu’elle s’oriente vers plus d’analyse et de commentaires et on le lui reproche. Qu’elle s’en tienne aux faits, et l’on refuse de payer une information deja largement connue. C’est la le dilemne. Il est certainement temps d’inventer une
    nouvelle presse ecrite. De même que l’enseignement se trouve souvent en retard sur les eleves, le journalisme de presse ecrite l’est sur ses lecteurs. Ces derniers le lui font cruellement savoir. Il suffit de constater les resultats financiers catastrophiques des trois grands quotidiens nationaux.
    Je pense donc que le proces des erreurs est tres en deça du probleme reel. Et que ce probleme n’est pas celui des seuls journalistes. Si les grands quotidiens disparaissent, l’information n’y gagnera pas. Il
    s’agit donc de reflechir aux moyens de leur faire retrouver un equilibre. Il semble que les journalistes seuls n’y parviennent pas. Ils ont certainement besoin de l’aide des lecteurs, non pour chercher l’erreur, mais pour reinventer leur profession. Quant aux leçons de l’auteur des pronetaires, elles sont faciles a donner. Il est toujours plus aise de juger en se tenant au dessus de la melee que de descendre dans l’arene.

    Michel Alberganti

  2. ‘ayant acces au sources du dossier, il est facile de le prouver’ … point dd detail tres important 😉 merci pour ce bilet ! continue !

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