Droit et épuisement des auteurs.

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Les internautes profs de maths signalent la disparition progessive du site chronomath : http://www.chronomath.com/ . L’auteur, désormais à la retraite a décidé de fermer son site (pourtant un des plus anciens et des plus référencés). Dans le texte qu’il a mis à disposition pour expliquer son choix, il signale le manque de reconnaissance institutionnelle et la loi DADVSI.

Si l’on comprend l’épuisement devant l’indifférence, voire parfois le rejet de ces « initiatives individuelles et non institutionnelles », il est nécessaire de préciser quelques points à propos de la DADVSI. Le premier de ces points et le principal est qu’elle instaure la dimension commerciale à presque toutes les productions d’information. Ainsi le paragraphe, peu connu, sur les droits d’auteurs dans la fonction publique entérine largement cette idée, confirmant ce que l’on a vu sur les autres domaines. Désormais, si l’on suit l’idée sous-jacente, on aurait le « devoir » de faire commerce de toute production un tant soit peu originale, dans notre société de consommation. Or des voix s’élèves depuis longtemps pour s’opposer à cette idée dominante du « tout commerce ». GNU, Commons creative, sont parmi les plus connues des initiatives permettant ainsi de proposer de mettre dans le « bien commun » ses productions mais en proposant aussi d’en empêcher, si l’auteur le souhaite, toute utilisation commerciale. L’exemple du procés concernant l’auteur du « Da Vinci code » et de sa conclusion qui déboute les chercheurs ayant écrit l’idée initiale du livre, montre que les choses sont loin d’être simples. En effet, un travail scientifique, certes publié, donne naissance à un livre qui fait une fortune à ses promoteurs. Mais il n’y a pas plagiat, il y a emprunt d’idée, ce qui n’est pas la même chose. Le droit est clair là dessus qui distingue les deux. Certains seraient ainsi condamnés à donner tandis que d’autres pourraient en profiter. C’est probablement ce qui a poussé l’instituteur du film « Etre et Avoir » à poursuivre les auteurs et producteurs du film. Lui aussi a été débouté par les tribunaux (et même condamné à payer les frais).

La logique de notre société de consommation est bien sournoise et l’on comprend dès lors l’épuisement des uns et des autres qui voient ainsi certains tirer profit et parfois ne pas reconnaître cette origine (ce qui n’est pas le cas des deux exemples cités ici, puisque officiellement des propositions ont été faites). Comment en plus ne pas comprendre ces auteurs de sites qui se voient pillés, mais jamais honorés et reconnus, parfois même par les lecteurs qui utilisent sans vergogne et sans les citer leurs travaux. Certains de ces pilleurs iraient même jusqu’à reprocher aux auteurs de ces sites de vouloir tirer une contrepartie de ce « travail » dès lors que cette activité prend le pas sur leur activité professionnelle d’origine (citons à cet égard l’écart impressionnant entre le nombre d’abonnés à des revues en ligne comme le « café pédagogique » et le nombre de contributeurs financiers).

Si comme le suggère l’auteur du site chronomath, la reconnaissance institutionnelle est absente et l’ingratitude des pilleurs très grande, on comprend les choix que peuvent faire certains, soit de se tourner vers les logiques de la société de consommation (en les régulant au mieux), soit purement et simplement d’arrêter leur activité. Nombre d’historiques animateurs de listes et de sites reconnaîtront là leur questionnement. Souhaitons que nombre de lecteurs (et non de pilleurs) comprendront les questionnements logiques qu’impose progressivement la culture de plus en plus partagée de notre société : « en avoir le plus possible en dépensant le moins possible ».

A débattre

BD

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