Former aux TIC à l'école, une question de temps ?

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La rénovation et l’élargissement du B2i ne doivent pas faire oublier une question importante qui traverse souvent les débats sur la place des TIC en éducation. Pour en avoir la preuve ces trois citations sont éclairantes :

1 – Dans l’ouvrage qu’il vient de publier, »les programmes scolaires. Des disciplines souveraines au socle commun » (Retz 2006), Dominique Raulin (ancien secretaire general de feu le Conseil National des Programmes) écrit à propos des contenus qu’il faudrait inclure dans le socle commun page 147 :

« Enfin pour les technologies de l’information et de la communication, leur présence dans le socle commun est évidente aujourd’hui pour que ne se perpétue pas ni ne se creuse la fracture numérique ; mais on peut d’ailleurs penser que cela n’aura qu’un temps et que dans quelques années, l’Ecole n’aura plus à prendre en charge cet apprentissage ».

2 – A l’opposé, cité dans l’Infobourg (http://www.infobourg.com/sections/actualite/actualite.php?id=10632, article de Martine Rioux) à propos du passeport TIC en Belgique, Baudoin Branders déclare :

« Il faut arrêter de croire que les enfants savent tout des technologies. Au lieu de prendre ce fait pour acquis, nous devrions plutôt essayer de structurer leur apprentissage de l’ordinateur et d’Internet »

3 – De son coté, Ignace Rak dans le blog du B2i ouvert par le Café Pédagogique écrit :

« La mission du système éducatif. De mon point de vue, aujourd’hui il est essentiel qu’aucun jeune ne sorte du collège sans la certification B2i. Le collège est un lieu « protégé » où l’égalité de tous devant les TIC peut être acquise, et doit être acquise pour atténuer les différences sociales provenant des conditions matérielles et intellectuelles entre les différents milieux familiaux. « 

Au fur et à mesure que se développent les TIC dans le grand public, force est de reconnaître que l’Ecole n’a pas (plus ?) le monopole de l’apprentissage de l’usage de ces TIC. On peut identifier dans de nombreux propos d’enseignant une opposition fondamentale. D’une part les enseignants disent que les élèves sont beaucoup plus à l’aise qu’eux devant les technologies et que dans certains cas ils apprennent des choses aux enseignants eux-mêmes. D’autre part les enseignants disent que les élèves croient souvent maîtriser les TIC mais qu’en fait il confondent souvent les différents aspects mis en oeuvre dans tel ou tel usage et que, à l’instar de Baudoin Branders, il faut surement faire quelque chose à l’école. Le développement d’une forte réflexion du Clemi sur la question des TIC dans la continuité du travail effectué sur les médias amène aussi à distinguer deux approches qui elles aussi sont, sinon en opposition, du moins bien différentes. D’une part il y a les tenants de la maîtrise technique des usages, et d’autre part il y a, à l’instar du Clemi, les tenants d’une culture d’information communication (voire documentation…). Dans les deux cas, en complément à ce qui était la première interrogation, l’école est convoquée pour agir.

Comme on peut le constater, le débat est loin d’être terminé. Force est de constater que sur les deux niveaux les différences entre les jeunes (mais aussi les adultes) sont nombreuses et qu’il est de plus en plus difficile et peut-être impossible de désigner un même enseignement pour tous. Une école qui serait « compensatrice des différences » et « structurante des apprentissages » semble faire l’accord de nombre de personnes. Par contre les modalités permettant de parvenir à ces objectifs semblent très variées et faire peu l’unanimité : un enseignement spécialisé, une responsabilité spécifique d’une discipline d’enseignement, un travail d’équipe entre disciplines scolaires, un projet pédagogique au sein de l’établissement…

C’est probablement l’évolution de la place des TIC dans la société qui sera le repère pour l’action dans les prochaines années. Et c’est déjà le cas actuellement à propos du B2i (en France et en Europe cette question se pose avec la même acuité) qui faisant suite à de nombreuses hésitations a au moins le mérite de (pro)poser un cadre. Sa création (hors du système habituel) traduit la « réaction » du système éducatif à un phénomène social au développement nettement plus rapide que l’habituelle réactivité des programmes scolaires.

Ainsi derrière un propos « risqué » de Dominique Raulin, faut-il davantage lire la difficulté de l’école à prendre en compte les évolutions de la société (qui se chargerait de développer chez les usagers les compétences qu’elle juge nécessaires pour son propre développement en dehors du système éducatif), que l’affirmation d’un renoncement ou d’une observation déprimée d’une réalité qui reste encore à confirmer largement. Même si de nombreuses enquêtes (la prochaine du CLEMI pourrait être éclairante à ce sujet) tendent à montrer la multiplication des usages et donc le développement de compétences (sans pour autant préciser lesquelles), il reste que l’Ecole peut encore choisir de tenir une place réelle qui ne se contente pas seulement de compenser et de structurer, mais bien plus de conduire la réflexion et le développement de nouvelles pistes qui pourraient intéresser la société toute entière (construction de la conscience éditoriale, développement de la gestion personnelle des compétences de chacun par exemple….

A suivre

BD

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