Mediappro par le CLEMI : quel aveuglement de l'école ?

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Le CLEMI a mis en ligne (http://www.clemi.org/international/mediappro/Mediappro_b.pdf) cette semaine la synthèse du volet français de l’enquête européenne « MEDIAPPRO » qui a pour objet d’évaluer l’appropriation des nouveaux médias par les jeunes. Faisant suite à des travaux menées en 1997 puis en 2000 sur cette question, cette nouvelle enquête apporte confirmation de nombreux éléments déjà préssentis. Centrée sur les nouveaux médias, cette enquête s’intéresse principalement à Internet et au téléphone portable chez les 12 18 ans. Distinguant deux niveaux, français et européen, la synthèse de ce travail met en évidence des lignes de force mais aussi des caractéristiques culturelles intéressantes. Comment en effet comprendre que l’usage d’Internet par les jeunes Estoniens utilisent Internet à Haut débit largement plus que les jeunes français que ce soit à la maison et encore davantage à l’école ? Bref, des informations à lire dans toutes les salles des profs tant elles interrogent le sens de l’école…

Que noter en premier ? L’importante fréquentation d’Internet par « tous » les jeunes (entre 85 et 99% selon les pays) est une confirmation souvent refoulée dans les discussions d’adultes mais qui confirme la tendance déjà observée en 2000, puis en 2003 et qui désormais est indiscutable. On pourra modérer ces usages en détaillant les pratiques, mais il faut reconnaître que en France comme dans l’Europe entière Internet est devenu quotidien, même si des pratiques demandent à être confirmées et affinées. En effet la question de la maîtrise réelle des TIC demande à être affinée (les auteurs du rapport présente cette maîtrise comme limitée, mais il serait intéressant de préciser ce que cela signifie).

Ensuite, même si cela peut faire des vagues dans le monde scolaire : il est clair que l’école est « aveugle » devant cette nouvelle réalité. La lecture des chiffres donnés ici montrent une école frileuse et repliée sur des questions de sécurité sans jamais montrer sa capacité à engager des pratiques des TIC réellement éducatrices… En 1997 Dominique Pasquier et Josiane Jouet (in revue Réseaux 2000) avaient déjà exprimé l’attente des jeunes vis à vis de l’école pour « prescrire » des usages des TIC. Même si le B2i créé en 2000 va dans le bon sens, il faut reconnaître que cette enquête prouve que cinq années après sa mise en place, l’école ne répond pas aux attentes des élèves et peut-être même aux besoins des jeunes et de la société pour ce qui concerne les TIC.

Enfin, force est de reconnaître l’intelligence des jeunes qui entendant parfaitement les inquiétudes des adultes devant les risques d’Internet (qui sont aussi les leurs) n’ont pas été long a inventer des pratiques qui leurs permettent, eux, d’être tranquilles (exemple de l’abandon des chats au profits des messageries instantanées). Si l’école a réussi, avec l’ensemble des médias et les parents à inculquer une vision responsable et sécurisée des usages, elle s’avère incapable d’aller au delà. Il est amusant de constater que l’analyse menée conjointement au Québec semble apporter les mêmes réponses. Ainsi donc les jeunes se passent de l’école, mais plus encore de leurs parents quand il s’agit de développer leurs pratiques d’Internet. Dans le même ordre d’idées, les jeunes sont très critiques et méfiants vis à vis de l’information véhiculée sur le web, en tout cas beaucoup plus que l’on ne peut le penser à première vue.

Un autre enseignement de cette enquête est aussi, selon le point de vue, l’aveuglement ou la confiance des parents vis à vis des pratiques de leurs enfants. En effet, et la situation semble meilleure en France, il semble que les parents n’encadrent pas les usages d’Internet par leurs enfants et se situent « dans un autre monde ». On peut tenter de rapprocher les adultes et les enseignants sur ce point. S’agit-il seulement d’un phénomène générationnel ? On peut penser que derrière ce terme générique il faut tenter d’identifier ce qu’il y a de si différents entre ces générations. On peut penser que le rapport à la technique Internet (et en général les TIC) est beaucoup plus aisé si l’on rentre tôt dans la pratique spontanée. Ainsi une hypothèse pourrait être, mais le rapport n’en parle pas, la relation magique et imaginaire que chacun entretient avec la technique et le mode de fonctionnement (et de dysfonctionnement) de la machine induit une capacité à l’intégrer dans son mode de vie quotidien.

On regrettera que cette enquête ne fasse pas apparaître d’autres usages des TIC (traitement de texte ou autres) et en particulier les usages déconnectés. Il aurait surement été intéressant aussi d’aller au delà de la seule analyse de plus ou moins de lecture (peut-être la version complète de l’enquête en parle-t-elle).

Cette étude menée dans plusieurs pays d’Europe mais aussi au Québec s’inscrit certes dans la continuité des précédents travaux sur le thème, mais, comme les auteurs le disent en conclusion, il serait intéressant de mener des travaux longitudinaux pour mieux comprendre les évolutions. Même si un regard posé à un instant donné apporte bien des enseignements, le risque est de se limiter à des constats sans explication aisée.

On dispose avec ce travail d’un instrument précieux pour que dans les établissements scolaires chacun puisse mesurer les enjeux véritables du développement des pratiques sociales des TIC et donc de l’importance de situer l’Ecole dans ce contexte.

A suivre

BD

1 Commentaire

  1. salut !c toujours interessant ce blog 🙂 vous pourriez a^porter quelques precisions: "exemple de l’abandon des chats au profits des messageries instantanees" ? au plaaisir !

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