Certifications TIC en France

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Le groupe de travail « Mise en cohérence des « certifications » informatiques et Internet soutenues par l’Etat » et sous-titré : « Réflexion sur l’opportunité d’établir des passerelles entre les différentes certifications » a rendu un premier travail en juin 2006. (http://www.educnet.education.fr/chrgt/Doc_Pivot_260606.pdf)

Vouloir mettre de la cohérence entre des dispositifs développés « presque » indépendamment les uns des autres semble logique et probablement nécessaire. Observer que ces dispositifs ont été développés dans une indépendance relative permet de mettre à jour un fonctionnement institutionnel intéressant et sur lequel nos ministres auraient intérêt à s’interroger : comment l’Education Nationale et plus généralement l’ensemble des acteurs de l’enseignement et de la formation en France peuvent fonctionner en cohérence si chaque entité peut se permettre d’avancer sans tenir compte des autres. Car ce que révèle ce document c’est que, à partir d’une initiative soudaine, le B2i en 2000, qui elle même doit être mise en perspective d’un travail sur la mise à niveau informatique en classe de seconde en 1999, se sont développées des logiques proches, mais indépendantes, et surtout sans mener dès l’origine une réflexion sur les articulations nécessaires entre ces dispositifs.

Car finalement l’intérêt réel de ce document est de montrer que chaque groupe de travail, au ministère, aurait facilement tendance à travailler dans son coin et que c’est après coup que l’on se rend compte que des initiatives proches existent et que l’on peut alors tenter d’y mettre de la cohérence. On a l’impression que le parallèle pourrait être fait avec les questions de découpage disciplinaires qui font de chaque matière enseignée un espace autonome.

A l’opposé on pourrait considérer que la multiplicité des initiatives est plutôt créatrice et qu’arriver à un certain niveau de maturité de chacune il est nécessaire de les rapprocher, quitte à défaire des cohérences internes pour trouver de nouvelles lignes de force commune. Ce mode de management concurrentiel est connu depuis de nombreuses années en entreprise, il a ses détracteurs.

Faut-il a tout prix rechercher une rationalité a-priori dans l’action ? Si tant est que cela soit possible. Faut-il laisser des équipes avancer dans des projets pour ensuite infléchir, voire démolir, leur travail ? Il faut constater en tout cas que la volonté de mettre en lien ces initiatives peut déboucher sur cette rationalité ou en tout cas cette mise en lien qui semble nécessaire désormais. Le travail accompli va donc permettre d’engager des passerelles entre les différentes certifications. Il semble bien que l’élément le plus important, sous jacent à ce travail, soit celui qui consiste à rendre crédible ces certifications face au monde professionnel. En effet, sans que cela soit jamais clairement dit, l’enjeu est bien celui de fournir à toute la population un repère qui puisse avoir une valeur réelle: « il s’agit de mettre à niveau toute une population indépendamment des différences d’avancée et de montée en compétences. La certification doit rendre une valeur d’usage et se caler sur les compétences actuelles. » Aspect intéressant de ce document, le cadre théorique dans lequel se meuvent ces dispositifs. On est étonné de voir le flou conceptuel dans lequel se trouvent ces textes. Certes les acteurs ont choisi de ne pas s’enférer dans des guerres d’écoles, mais on pourrait s’attendre que, au moment où le socle commun tente de définir le terme de compétence en lien avec l’approche proposée par la communauté européenne, le ministère choisisse de s’en tenir à une définition suffisamment univoque. En regard de ce que le B2i a choisi d’appeler capacité, on s’étonne de voir ici ce thème rejeté : « Nous parlerons de compétences et non de capacité dans notre projet. » quel sens donner aux termes dont on sait qu’ils sont largement discutés dans le monde scientifique. Tout comme les concepts de l’évaluation dont il est écrit « la définition du terme « compétences » qui sous tend celles « acquises » et non « évaluées » ce qui suppose une opposition alors que les notions d’acquisitions et d’évaluation ne sont pas opposées dans le rapport de l’IGEN de 2005. Etonnant donc de voir le flou conceptuel dans lequel évolue cette réflexion et donc la suspicion légitime qui peut suivre de la lecture de ces mots.

Enfin signalons cet aspect positif que constituerait une véritable réflexion sur les TIC dans notre société et donc dans le système d’enseignement. Malheureusement on reste largement sur notre faim. Il semble bien que ce refus d’engager une véritable réflexion sur le sujet fasse écho à de nombreux débats sous jacents à celui-ci sur l’articulation entre école et société. Les « allant de soi » concernant les TIC doivent faire écho à une véritable réflexion sur les notions de progrès, de dépendance, de communication et plus largement de vie en société. Or il n’en est rien. Devant l’évidence, il faudra peut-être engager un débat que de nombreux philosophes, à l’instar de Simondon, ont déjà ouvert depuis de nombreuses années et dont le système éducatif ne peut faire l’économie

A suivre et à débattre

BD

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