La rentrée des classes : pas dans les écoles, en ligne !

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C’est sur les sites « communautaires » que nos jeunes pourraient bien effectuer leur rentrée des classes dans les jours prochains. Comme le montre le dossier de Libération (Libé du 19 Aout 2006), et ce dont chacun peut tenter l’expérience, le communautaire en ligne est désormais à portée de main pour les jeunes qui sont la cible numéro 1 de ces nouvelles offres.

C’est l’arrivée le 9 Aout 2006 de MySpace en France (ou plutôt en français) qui déclenche l’alarme. En effet nous voyons bien depuis plusieurs années que les jeunes s’emparent des chats, messageries instantanées, blogs et autres logiciels de P to P sans trop se poser de question. Et pourtant les offres de groupes en ligne ne sont pas nouvelles. Comment se fait-il que cela mérite notre attention ?

On peut considérer que le passage d’une pratique de l’échelon des passionnés (ou des riches) à l’échelon industriel (et surtout commercial) marque une étape significative dans l’appropriation des TIC et plus généralement des biens économiques. La télévision avait déjà connu ce développement et plus récemment d’autres technologies (téléphone portable, lecteurs MP3) ont vu leur développement s’effectuer de manière identique. Sauf que désormais (et ce n’est pas vraiment nouveau, mais ça se renforce sur ces types de profuits) la cible première ce sont les jeunes à l’opposé de la télévision qui jadis abordait d’abord l’ensemble du monde adulte. Nous voyons donc se développer sous nos yeux des pratiques sociales qui pourraient bien avoir des conséquences importantes sur les modèles éducatifs actuels. Il ne s’agit pas de refuser une évolution mais de la comprendre et d’en envisager les conséquences.

Exemple typique, dans MySpace, une rubrique est appelée « école » (elle comporte aussi des sous parties lycées, université…) Autrement dit, les promoteurs de ces sites cherchent désormais à intégrer la qualité d’élève dans leur projet. De quelle manière ? Pour l’instant en proposant d’identifier des communautés d’appartenance pour engager, proposer, à partir de là des communautés de pratique. On retrouve ainsi en ligne une analogie avec la constitution du groupe classe et ses sous groupes, clans etc…

Pour l’instant, apparemment, la question de l’école reste abordée comme un domaine de camaraderie, mais rien n’interdit que des usages nouveaux apparaissent et se structurent rapidement. En effet à l’instar des pratiques de blog et de messagerie instantanée, les jeunes « collaborent » souvent entre eux par le biais des technologies. Il y a fort à parier que ces services nouveaux et surtout intégrés vont parvenir à rassembler de plus en plus de telles pratiques et ensuite proposer de nouveaux services adaptés et peut-être même formatés par rapports aux attentes de l’école. On imagine aisément des sociétés de cours en ligne qui vont se ruer sur ce public captif pour leur proposer des contenus, tout comme on imagine aisément les promoteurs de ces sites tenter de conserver les jeunes en leur offrant de tels services d’aide scolaire…

Au delà de ces hypothèses de services nouveaux, il faut aussi poursuivre la réflexion sur les pratiques des jeunes autour du thème des communautés en ligne et des pratiques de cette nature. Le zapping, caractéristique bien connue de nombreux jeunes (5 millions de blogs sur skyblog, mais combien de vivants !), doit nous amener à être méfiant sur les discours médiatiques sur ces pratiques (on en dit largement plus qu’il ne s’en vit) mais vigilant sur le sens des pratiques qui vont réellement se mettre en place, voire s’inventer par les jeunes. Cette vigilance doit amener l’école à réfléchir, au moment où l’on parle d’ENT, d’ENS, à cette nouvelle concurrence qui pourrait amener une nouvelle désaffection des TIC à l’école de la part des jeunes. ils sont déjà critiques sur ce que l’école leur propose en matière de TIC, désormais la confrontation va être encore plus rude. Dans la ligne du rapport Mediappro, on risque de voir se renforcer l’image de l’école française repliée sur le réflexe sécuritaire en matière de TIC. Mais peut-être est-ce impossible d’envisger les choses autrement

(pour en savoir plus on peut taper myspace ou lexode dans un moteur de recherche)

A suivre et à débattre

BD

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