Les réseaux numériques éducatifs, la thèse de Gérard Puimatto

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Gérard Puimatto n’est pas un nouveau venu des TIC en éducation. Nombreux sont ceux qui ont lu ses ouvrages et articles à propos des réseaux et de l’école. Et pourtant, comme plusieurs d’entre nous, acteurs impliqués, il a choisit de mener à bien le difficile exercice de la thèse. Soutenue en Juin 2006 à l’université de Paris 13 et effectuée sous la double direction de Pierre Moeglin et d’Eric Bruillard, la thèse de gérard Puimatto est disponible en ligne sur le site Internet de l’INRP : http://www.inrp.fr/vst/Recherches/DetailThese.php?these=670

Reconnaissons en premier lieu qu’il est toujours très délicat de mener une thèse sur un thème auquel vous travaillez au quotidien : « Les réseaux numériques éducatifs, régulateurs acteurs et vecteurs de l’évolution des pratiques et de l’organisation des établissements et de l’institution scolaire ». Contrairement à ce que l’on peut croire, il ne suffit pas d’être proche du sujet que l’on travaille pour faire une thèse, il faut aussi savoir s’en distancer et c’est une réelle difficulté que Gérard Puimatto semble bien avoir dépassée. En effet alors que le gouvernement relance les ENT à cette rentrée (cf le discours du 14 Septembre de Gilles de Robien), la gageure de ce travail était de permettre une lecture diachronique de la place des réseaux en éducation qui pourrait donner des éléments de compréhension sur ce qui se passe en ce moment. Même si, comme pour toute thèse, un décalage dans le temps fait que celle-ci mériterait d’être désormais actualisée, l’ensemble de ce travail fournit un cadre de lecture très riche pour ce que nous pouvons observer en ce moment. n peut le constater en lisant ces quelques passages de la fin de la deuxième partie de la thèse qui reconstitue les cinq grandes étapes des réseaux éducatifs.

On lit notamment : « Les déploiements d’ENT ne sont pas fondés sur une volonté a priori de changement pédagogique, mais davantage dans une perspective d’infrastructure et d’aménagement territorial. (p.427) »

Cette approche critique semble encore bien actuelle. tout ceomme les lignes écrites un peu plus loin : « Les premiers ENT déployés souffrent d’une pauvreté de leur cadre fonctionnel, en particulier relativement aux environnements habituels ordinateur personnel, réseau local, services Internet. Ils n’apparaissent pas aux usagers comme une solution substitutive des environnements habituels, mais comme un ensemble de services d’information que l’on peut utiliser autant que de besoin. La part d’usage dans le temps scolaire reste très limitée, voire inexistante ; les usages identifiés par la CDC relèvent davantage de la sphère domestique. »(p.428)

Dans ce passage on sent bien que cet écart constaté demande à évoluer et que son évolution sera un signe important dans l’appropriation des ENT.

Enfin, et c’est une question cruciale, il met en évidence le peu de lien entre la sphère administrative et la sphère des ENT : « la sphère administrative conduit sa propre démarche d’urbanisation et de mise en cohérence de ses systèmes et applications de gestion, sans qu’une réelle interconnexion soit établie a priori avec le fonctionnement des ENT (p.454)

Comme on le voit l’analyse est sans complaisance, et en même temps étayée sur des données collectée depuis de nombreuses années au travers de pratiques en lien avec les acteurs impliqués dans les établissements et l’ensemble de l’éducation nationale.

En choisissant de parler de « réseaux numériques éducatifs » et d’environnement plutôt que d’espace, il se démarque de la terminologie actuellement employée dans le monde scolaire. En effet le choix du terme éducatif doit nous alerter car il signale que l’auteur ne peut pas envisager le développement des réseaux sous le seul aspect de l’école mais bien sous sa dimension globale qui resitue l’école dans le paysage éducatif et social. « « Le » réseau numérique éducatif au singulier, un peu à la manière dont le matériau composite trouve son homogénéité dans un assemblage harmonieux d’éléments d’abord hétérogènes, permet une approche globale d’un phénomène ; mais ce sont aussi « des » réseaux qu’il convient de prendre en compte pour en appréhender la diversité constitutive. »(p.547)

L’un des constats de la conclusion est le suivant : »Un rôle des acteurs minoré dans l’institution, qui se reconstitue ailleurs, dans les sphères personnelle et associative » montre le paradoxe qui monte en ce moment mais que Gérard Puimatto n’a pu aller explorer à fond ce qu’il déclare d’ailleurs avec lucidité et honnéteté dans le passage suivant :  » Inachevé, d’abord, parce que le choix d’une approche globale n’a pas permis d’entrer dans l’analyse des hétérogénéités et des situations locales. Inachevé, ensuite, parce que l’analyse technologique et communicationnelle n’a pas conduit à interroger, par exemple, les aspects pédagogiques ou sociologiques. Inachevé enfin car la situation des réseaux numériques éducatifs reste fortement évolutive, leur histoire ne s’arrêtant pas au terme de ce travail de recherche. »(p 569)

La thèse se termine sur cette phrase : « La période à venir est porteuse de larges potentialités et ne manquera pas d’apporter des rééquilibrages entre les approches des macro-acteurs et celles des usagers. »

On peut sans doute faire confiance à Gérard Puimatto pour continuer à oeuvrer sur ce champ et à continuer de nous alerter sur l’évolution des « réseaux numériques éduatifs » Félicitation Monsieur Puimatto, pour ce travail, son aboutissement et sa reconnaissance universitaire.

Bruno Devauchelle

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