La video dans les cartables

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L’extraordinaire développement de Youtube (comme son homologue français Dailymotion et d’autres à venir sur la toile) jusqu’à son récent rachat par Google n’est pas qu’un phénomène de réussite économique comme on aime à les mettre en avant (le garage, l’idée, le succès, l’argent…, le banissement…). Non c’est plutôt un signe nouveau que les usagers donnent aux analystes et aux financiers qui croient diriger le monde en lui imposant leurs modèles.

Le premier enseignement que l’on peut tirer de cet exemple c’est qu’un produit ou un service a d’autant plus de succès qu’il répond à un besoin d’une part suffisamment importante de la population. Mais ce qui est compliqué c’est de déceler ce besoin de manière rationnelle. Expliquer après coup que les créateurs de Youtube ont eu une vision rationnelle c’est oublier tous ceux qui ne l’ont pas eues avant. Or il n’y a rationnellement aucune raison pour que deux personnes dans un garage aient plus de capacité d’analyse rationnelle qu’une armada d’employés d’une grande société, fusse-t-elle Google !

Il faut donc aller chercher du coté de l’irrationnel économique et industriel. Que des jeunes imaginent un nouveau service ,’a en soi rien d’anormal quand on connait les mécanismes intimes de la créativité. Que ce service devienne un succès auprès du grand public relève de cet irrationnel qui se trouve dans la rencontre de tendances, « phénomène d’émergence » dont la prévision rationnelle est impossible. En effet en croisant un besoin, le partage de ce besoin, les technologies, l’acceptation sociale etc… il faut un nombre de facteurs très importants pour que cela devienne réellement un succès.

Au delà de ce premier enseignement, il y en a un deuxième qui m’est apparu en entendant récemment un enseignant me dire qu’il utilisait Youtube pour ses cours. Ce que l’on observe ici c’est la maturité de l’audiovisuel. L’informatique ou plutôt le tout numérique est en train de libérer l’audiovisuel du carcan dans lequel les « grands médias » l’ont enfermé. Ainsi chacun se sent progressivement libéré de ce carcan des « circuits de distribution » contrôlés. Les jeunes, en adoptant rapidement le peer to peer pour leurs musique avaient donné le signal. Ils n’y avait peut-être plus qu’à suivre. EN titrant ce 11 octobre sa Une sur la télévision à la demande « fais toi ta télé » Libération se trompe. Les usagers ne veulent pas se faire leur télé, il veulent mettre les contenus à leur disposition « on demand ». Ils ne veulent pas réinventer la télévision, c’es TF1 et autres grandes chaînes qui veulent rattrapper le train qui est déjà parti.

L’enseignant qui utilise Youtube dans sa classe a enfin pu trouver la souplesse dont il rêvait. Il peut accéder à une variété de vidéos courtes qu’il peut choisir comme il veut et ainsi proposer à ses élèves. Certes ils ne sont pas encore nombreux, il manque encore quelques outils simples et une accessibilité réelle aux ordinateurs dans les établissements scolaires. Mais le mouvement est amorcé : faire une vidéo est à portée de téléphone portable, assembler des bouts de vidéo et de son et se transformer en monteur, réalisateur est à la portée du premier venu (les logiciels sont intégrés dès l’achat de l’ordinateur….

Mais c’est illégal ! On entend déjà les cris habituels des défenseurs du droit qui ont amené l’école à être plus frileuse que jamais vis à vis des technologie, au point que les jeunes la raillent… La loi DADVSI et ses rectifications ultérieures n’y pourront rien, on peut parier qu’il faudra remttre l’ouvrage sur le tapis dans les prochaines années, tellement ce sera dépassé.

Le cas Youtube signe la révolution vidéo qui émerge en ce moment. Elle se fait sans bruit depuis plusieurs mois, et vient de se retrouver sur le devant de la scène. Alors que sagement le monde scolaire réfléchit à l’éducation citoyenne avec les TIC, ce que l’on peut comprendre, les pratiques ordinaires ont une nouvelle fois pris de vitesse les décideurs. On peut y voir un autre signe qui me semble beaucoup plus sain : le refus des dictatures médiatiques et de ses lois complices (faites pour protéger les richesses de ceux qui tiennent le pouvoir de ces médias).

Il reste une forteresse à prendre : celle de la publicité. Pour l’instant le modèle économique et culturelle de la publicité reste stable. Il se pourrait bien qu’avec leur envie d’inventer et de refaire le monde, les jeunes utilisateurs des technologies ne viennent nous proposer de renoncer à cette autre dictature, bien plus souterraine elle, celle de l’incitation à consommer. Si dans les populations les plus pauvres, cela se traduit par des révoltes très violentes, parfois religieuses et communautaristes, il se pourrait que dans les classes moyennes cela se traduise par l’ouverture de nouvelles voies du vivre ensemble, du bien commun, de la solidarité que beaucoup de ces patrons de grands groupes financiers ou médiatiques ont oublié, tout en faisant croire qu’ils y apportaient leur soutien.

Nous, adultes, avons ouvert une boite noire, les jeunes sont en train d’inventer le vivre avec de demain. Bonne chance, comptez sur nous…. peut-être ?

BD

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