A propos du B2i et de l'évaluation…

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Après plusieurs rapports de l’inspection générale portant sur les acquis des élèves ainsi que sur les évaluations scolaires, le débat sur l’évaluation rebondit avec la publication du numéro de la revue du CIEP sur les savoirs des élèves. Entre note et compétence, il va falloir quand même que les choses s’éclaircissent. Alors que le B2i instauré en 2000 et révisé en 2006 donnait un exemple intéressant de cette approche par les compétences, le socle commun est venu apporter lui aussi une couleur supplémentaire à l’arc en ciel du débat actuel. En revisitant la définition du terme compétence sans prendre en compte des textes pré existants (sur la découverte professionnelle par exemple) et en déclarant s’appuyer sur la définition européenne, le libellé des « compétences » du socle commun a ajouté à la confusion générale. Les compétences définissent ce qu’il convient de maîtriser réellement et qui est si souvent caché, enfoui, dans les notes. Mais si elles sont floues et mal définies, comment dire que cela revient à clarifier le débat…. Or le socle commun dans sa mouture actuelle est incomplet (en espérant que ce sentiment d’inachevé ne cache pas une incohérence globale comme semblent le suggérer aussi bien ceux qui soutiennent cette approche que ceux qui la rejettent ?

Rappelons ici que l’approche par compétence est d’abord une façon d’envisager « la formation » des élèves avant d’être un moyen de définir ce qu’ils maîtrisent. L’approche par compétence telle que le B2i nous la montre consiste à amener les élèves à mener des activités formatrices les amenant à mobiliser leurs ressources (compétences ?) pour réaliser des tâches proposées par les enseignants. C’est à l’occasion de ces apprentissages que l’on va pouvoir observer ce que signifie évaluer les compétences. En effet au cours des activités proposées par l’enseignant, les élèves vont être en situation de mobiliser des compétences. S’ils le font sans aide on pourra dire qu’elles ont été mobilisées avec succès. Sinon on constatera que le besoin d’aide est encore présent et qu’il convient encore de former l’élève. La mobilisation successive de la même compétence dans des contextes variés à plusieurs moments de l’année, voire au cours d’un cycle, permettra de déclarer que la compétence est maîtrisée durablement.

Le témoignage récente d’une enseignante m’a amené à préciser cela. Elle dispose de 14 ordinateur dans sa classe de CM1 et a décrit parfaitement ce processus d’apprentissage puis d’évaluation qui s’articulent logiquement et harmonieusement dans le cours ordinaire de la classe. Ainsi elle observe les élèves qui découvrent les compétences à mobiliser, demandent de l’aide, puis quand ils ont pris des repères commencent à mobiliser la compétence sans aide et avec succès par rapprot à la tâche demandée. Quand on lui demande comment elle valide les compétences du B2i, elle explique que cela se fait « naturellement ». Sans employer le terme, que nous choisissons ici de retenir pour le qualifier, l’enseignante valide ainsi une « appropriation ». C’est à dire que l’enfant mobilise sans guidage un ensemble de compétences qui lui permettent de réaliser les tâches demandées et qu’il pourra éventuellement remobiliser ces compétences dans un autre cadre, voire même de les expliquer à un autre enfant ou à un adulte en vue de les lui faire acquérir.

Ces analyses et cette observation, ainsi que de récents échanges avec des professeurs des écoles m’amènent à proposer de remplacer les notions d’acquis, non acquis, en cours d’acquisition, par les expressions non mobilisé, mobilisé avec aide, mobilisé sans aide. Il s’agit aussi de ne pas employer le terme « maîtrise » avant qu’il y ait eu une réelle appropriation comme décrite ci-dessus. Autrement dit la validation d’une compétence considérée comme maîtrisée repose sur au moins deux critères : l’installation dans la durée, dans le temps et la mobilisation autonome dans plusieurs contextes qui peuvent être de plus en plus complexes.

Si l’on se situe au plan des exigences, il s’avère qu’une telle approche est très exigente : pour les élèves mais aussi pour les enseignants. Quand je mets une note, on ne me demande pas de comptes sur ce qu’elle signifie en terme de maîtrise de compétence (et encore moins si c’est une moyenne) mais elle rend compte d’un niveau relatif (aux critères de l’enseignant, à la moyenne des élèves du même groupe). Ici on me demande de pouvoir dire ce que l’élève à « acquis » et donc de rentrer dans le détail de l’apprentissage, et c’est une exigence qui rebute nombre d’entre nous, tant le travail semble ardu. Et pourtant certains y parviennent sans difficulté, tout au moins pour les TIC comme j’ai pu l’observer.

L’approche par compétence n’est pas un renoncement, mais au contraire une exigence nouvelle. Dans une approche que j’appele « note augmentée » nous avons les deux versants de l’évaluation qui peuveznt s’exprimer. Je suis sur que si l’on parvient à bien tenir les deux, les notes deviendront naturellement obsolètes et disparaîtront d’elles-mêmes. Sauf si un retour idéologique du classement et d’une conception de l’excellence revient prendre le pouvoir. Alors s’en sera fini des véritables exigences pour tous, puisque désormais elle ne comptera que pour l’élite, pour lui permettre de se détacher des autres. Le B2I a bien senti le piège, c’est peut-être pour cela que l’école et le collège trainent autant les pieds pour le mettre en oeuvre

BD CEPEC

1 Commentaire

  1. Je suis partisan de l’approche par compétences, où l’élève qui détermine ce qu’il doit savoir.
    Cela peut marcher si il existe des temps de formation derrière.
    A quel moment existe-t-il des temps de formations sur le B2i et la maitrise de l’outil informatique ?
    Cela fait-il partie de l’enseignement d’une matière ?
    L’élève doit-il apprendre en dehors de l’école ? De façon empirique ?
    Où en est-on de l’égalité des chances ?
    N’avantagerait-il pas plus les "élites" aujourd’hui ce B2i ?
    Si le système éducatif français voulait se débarasser de ses notes ( sur 20 ) il ne pourrait pas s’y prendre plus mal.
    Merci et à bientôt

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