Une clé USB… quels portes veut-on ouvrir ?

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Plusieurs traces de propos tenus ici et là nous montrent que de manière récurrente on veut faire entrer les TIC dans l’enseignement. Parmis celles-ci j’en ai retenu quelques unes qui me semblent éclairantes pour comprendre la récente annonce d’une clé USB pour les nouveaux enseignants.

Ainsi et en premier, L’association EPI dans un texte du 17 janvier 1992 réclame un portable pour les élèves et aussi pour les enseignants (Correctif de l’EPI, ce portable était pour les jeunes enseignants des IUFM et non les élèves et leurs enseignants). Quant à lui, Claude Allègre, en 1998, souhaite dans un discours un ordinateur portable pour les nouveaux enseignants. Plusieurs régions tentent l’expérience d’un ordinateur portable pour chaque élève et chaque enseignant dans les classes de 4è et 3è. et Enfin Gilles de Robien offre en ce début d’année 2007 une clé USB aux nouveaux enseignants.

Si la clé USB ne coute pas cher (même en 2 Go, comme celle qui est promise) ce sont probablement les logiciels (je n’ai pas lu la liste officielle de ceux-ci sur le site du ministère). En tout cas, on ne peut que se poser la question de l’enjeu de cette clé : effet d’annonce, opportunité habile, choix pertinent, investissement sur l’avenir ? Quand l’opération un ordinateur portable à 1 euro par jour a été lancée, nous avons remarqué que l’effet d’annonce était supérieur à la qualité de l’engagement de l’état. En effet celui-ci financçait des prêts à taux zéro et montait une campagne de publicité, bref il ne s’engageait pas dans le coût réel d’un équipement. Aujourd’hui l’état s’engage dans une clef USB qu’il finance probablement a parité avec des partenaires industriels. Il semble que cette clé ne soit, à ce jour, destinée qu’aux nouveaux enseignants si on en juge par le discours de Cachan le 13 février :

« Au total, 8 000 clés sont ainsi produites, dont plus de 2 000 destinées aux professeurs référents des établissements « ambition réussite », c’est-à-dire aux professeurs des établissements où les besoins sont les plus importants, où l’innovation est une nécessité. Outre les nouveaux enseignants, l’ensemble des inspecteurs des disciplines concernées et les inspecteurs de l’éducation nationale des départements expérimentaux en seront eux aussi destinataires. »

Il semble bien que cette opération, soit comme nombre de celles qui ont précédé dans ce ministère, un effet d’annonce beaucoup plus qu’une réelle action de terrain. On ne reprochera pas la concrétisation d’une annonce, alors que de précédents ministres n’ont même pas concrétisé les leurs. On reprochera simplement le fait que le symbole de la clé USB risque bien de décevoir tout le monde et n’avoir aucun effet sur les pratiques. On a l’impression d’avoir avec la clé USB le même effet qu’avec la distribution de CDROM ou de DVD.

Pourquoi aucun effet ? parce que ce n’est pas ce dont ont besoin les jeunes enseignants. Au moment où des enjeux autrement importants se jouent dans les classes, la clé USB est un gadget qui n’a pas de sens, voire même qui détourne l’attention. En plus la clé USB est un objet « fini » donc non évolutif. regardons le descriptif de Cachan. On lit qu’on va y trouver :

 » D’abord des liens institutionnels , vers les programmes scolaires de la discipline concernée et vers des sites d’information nationaux ou académiques du ministère de l’Éducation nationale.

– Vous y trouverez aussi des exemples d’usages , pour vous inviter, dans vos classes, à des utilisations innovantes des technologies de l’information et de la communication. Il ne s’agit que d’exemples et non de modèles prescrits.

– Un espace personnel d’une grande capacité vous permet de stocker vos propres données.

– Une boîte à outils qui contient l’ensemble des logiciels nécessaires au bon fonctionnement des ressources et des logiciels.

– Enfin, et surtout vous y trouverez également une rubrique ressources pour enseigner qui vous donne accès, par des entrées thématiques, à des ressources numériques et des logiciels éducatifs ainsi qu’à des ouvrages de référence. Ainsi dans votre discipline, ce sont plus de 120 liens ou logiciels, dont une vingtaine qui ne sont habituellement accessibles qu’après achat ou abonnement payant. « 

Est-ce de cela que les enseignants qui débutent ont besoin ? Je crains que non. Au lieu de dépenser de l’argent dans ce type de suport le ministère aurait peut-êre gagné à développer des partenariats avec des associations qui oeuvrent pour mettre à disposition des enseignants des ressources et qui proposent des mutualisations. Elles sont nombreuses et actives, mais elles crient (pas toutes mais certaines d’entre elles) de plus en plus à la famine. Or ce sont elles qui portent la vie du métier au quotidien. Pas une clé USB qui finira dans un tiroir ou dans le fond d’une poche trouée…

A débattre

BD

4 Commentaires

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  1. En effet! On peut craindre que cette clé…ouvre peu de portes.
    On aimerait connaître aussi quels sont les logiciels proposés.
    l’intérêt réside peut-être seulement dans l’invitation à s’ouvrir à la culture du "libre", autre que OpenOffice. Car pour le stockage, 2 gigas seront un peu légers sachant que des packs tels que la Framakey offrent déjà près de 400 mégas de logiciels.

    Jean-Paul Pinte s’interroge pareillement: lewebpedagogique.com/cult…

    • José Guillemain sur 23 février 2007 à 14:34
    • Répondre

    Dans une récente livraison de la liste « Veille et Analyse TICE », tu dénonces la clé USB comme « un gadget qui n’a pas de sens ». Peut-être. N’oublions pas, toutefois, que la ceinture est un gadget pour les porteurs de bretelles … et réciproquement.

    Tu dis aussi « Il semble bien que cette opération, soit comme nombre de celles qui ont précédé dans ce ministère, un effet d’annonce beaucoup plus qu’une réelle action de terrain. »

    Là, j’acquiesce, mais je m’interroge.

    En effet, il ne me semble pas raisonnable de penser que le ministre et ses conseillers sont à ce point ignorants des activités des organismes dont ils ont la tutelle pour ignorer l’existence du projet « Clé en main » dont le SCEREN-CRDP de Paris a pris l’initiative. La clé USB – enseignants existe, mais elle existe depuis mai 2006 (cf. communiqué de presse). Donc bien avant le discours du ministre à l’occasion de la « Remise des premières clés U.S.B. ‘boîte à outils numérique’ » (Cachan – 13/02/07) et même de sa première annonce lors de l’exposé de son « Plan en faveur des technologies de l’information appliquées à l’éducation » (Poitiers – 14/09/2006).

    Si l’on procède à une comparaison entre les deux clés, on constate qu’il y a une différence et, à mes yeux, essentielle. Elle ne porte pas sur les liens, bases de données et autres ressources institutionnelles, les deux puisent aux mêmes sources .. et pour cause! Elle ne porte pas trop non plus sur la présence des logiciels nécessaires à leur utilisation, même si le SCEREN-CRDP de Paris a fait le choix (judicieux) du recours aux logiciels libres. Elle se trouve dans les « conditions commerciales exceptionnelles » qui ont été accordées pour la clé du ministre et qui permettent « de profiter de ressources qui ne sont normalement accessibles que sur abonnement ou après achat »(1).

    Or, comme le rappel Jean-Pierre Archambault (SCEREN) dans un texte sur « Les turbulences de l’édition scolaire », « une étude commandée en 2001 par le CNDP à l’OTE (Observatoire des technologies éducatives en Europe) […] mettaient en évidence [que pour ce qui concernait la consultation des sites web à caractère éducatif par les enseignants,] arrivaient en tête les sites des associations, de spécialistes notamment, et des enseignants, puis venaient les sites de l’institution scolaire (ministère, CNDP, académies, CRDP), suivis de ceux d’entités comme les musées ou l’EDF, qui proposent des ressources non didactisées à l’origine mais qui sont utilisées dans la pédagogie… et, loin derrière […] les webs d’Hachette et de Vivendi. » Et la situation ne semble pas avoir beaucoup évolué depuis si l’on en juge par les difficultés persistantes que rencontre l’émergence d’un « marché » pour le multimédia éducatif.

    Alors, effet d’annonce ? Oui, sans doute. Mais peut-être compris comme la nième tentative pour que le tam-tam médiatique contribue à l’étouffement de ce que Jean-Pierre Archambault appel un « Napster éducatif d’auteurs-utilisateurs ». Quand 1% des enseignants, rappelle-t-il, mettent librement et gratuitement sur internet leurs productions pédagogiques à disposition de leurs collègues, cela représente un vivier de 8000 auteurs. Et, pour ne prendre que l’exemple de Sésamath, avec 500 contributeurs réguliers et 5000 profs abonnés, on estime le nombre d’utilisateurs entre 30 et 40 000.

    Que d’aucuns ne souhaitent pas que l’Éducation nationale soit « son propre recours » et qu’ils contestent que la compétence fondamentale sur les contenus disciplinaires et la pédagogie soit son apanage, c’est la loi du débat démocratique. Mais que le Ministre en exercice donne l’impression de se faire leur champion est quand même une toute autre affaire. C’est pourquoi à la demande « Quelles portes veut-on ouvrir ? » que tu formules, ne devrait-on pas préférer « Quelles portes veut-on fermer ? »

    (1) Discours du ministre à Cachan.

  2. Dans le texte EPI auquel vous faites allusion dans:
    "Une clé USB… quelles portes veut-on ouvrir ?"
    texte intitulé:
    "Un ordinateur portable pour chaque étudiant en IUFM"
    Note EPI du 17 janvier 1992
    (http://www.epi.asso.fr/revue/65/...

    Il n’était pas question des élèves en général mais des étudiants des IUFM.

    Cordialement
    Le BN de l’EPI

    • Bruno Devauchelle sur 26 février 2007 à 17:10
    • Répondre

    Merci de cette précision, effectivement, c’est dans mon texte une erreur, mais cela ne donner que plus de relief encore à mon propos

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