Apprendre en situation : la question de l'appropriation des TIC

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Le monde scolaire est de par sa forme légale un monde « à part ». Bien qu’à part du reste du monde, il y prépare. C’est bien là toute l’ambiguité du monde scolaire et de la forme scolaire (en particulier en France) qui crée un espace temps spécifique destiné à faire acquérir des connaissances (et surtout des compétences) qui seront utilisables en dehors de cet espace temps. Les récentes observations sur l’appropriation des TIC semblent montrer que l’école est bien en dehors de ce monde. Dans le même temps des enseignants (entre autres de technologie) revendiquent l’enseignement des TIC dans le cadre de leur discipline. Certains même revendiquent l’enseignement de compétences que d’aucun qualifieraient de transversales. La particularité du développement actuel des TIC est que l’école est réduite de plus en plus à un rôle d’ajustement. Il s’agit d’ajuster des compétences « informelles » (!) acquises dans la pratique personnelle à un référentiel de compétence (existant comme le B2i ou non, certains souhaiteraient en définir un plus informatique) construit par, dans et pour ce « monde à part » avant d’être réutilisables(? ou réutilisées) en dehors de ce « monde à part ». D’ailleurs les élèves en seraient probablement contents.

Mais les jeunes, avant d’être élèves, ont développé des stratégies d’appropriation qui sont en décalage avec les stratégies d’apprentissage scolaire. Et c’est là que l’apprentissage en situation (appelons le comme cela, même s’il faudra le nommer autrement) devient indispensable. De quoi s’agit-il : de créer un environnement d’apprentissage qui mette les élèves en activité et les incite à engager une démarche d’appropriation et non pas une démarche d’apprentissage.

Lors d’une recherche je menais un entretiens sur l’origine des compétences TIC des élèves. L’un d’entre eux, élèves en quatrième, me répondis qu’il maîtrisait les bases du traitement de texte, mais quand je lui demandais de le faire devant moi il me disait qu’il ne pourrait pas. Lui demandant alors pourquoi il déclarait maîtriser, il me répondit que c’est parce que en 6è en techno, il avait appris et qu’il avait eu une bonne note au contrôle mais que depuis il n’avait jamais remis les mains sur un clavier, car il n’avait pas accès à un ordinateur. Depuis ces jeunes, comme le montrent les récentent enquêtes on pour la presque totalité d’entre eux accès à ces machines personnellement, et pourront si les situations s’y prêtent, consolider leur maîtrise des compétences TIC.

Engager une démarche d’appropriation en milieu scolaire, c’est d’abord construire en équipe un environnement coordoné et cohérent d’activités disciplinaires, à partir desquels un ensemble de compétences non liées directement à la discipline de l’enseignant, peuvent être mises en oeuvre et consolidées. Ainsi ce jeune aurait très bien pu poursuivre son appropriation dans des activités de production écrite au service de nombreux projets disciplinaires à condition que ceux-ci y consentent. Découpage disciplinaire ne signifie pas indifférence à tout ce qui déborde la discipline, tous les enseignants en sont conscient. Mais découpage disciplinaire ne doit pas réduire l’activité de l’équipe enseignante à une juxtaposition d’activités sans lien explicite. Certes ce sont les élèves qui font du lien nous dira-t-on. Mais faire du lien est une des activités mentales les plus complexes à développer chez des élèves. Aussi est-il nécessaire de les accompagner dans cette démarche.

L’appropriation suppose aussi que les situations impliquent l’élève, l’engagent dans la démarche. Or le milieu scolaire utilise trop souvent la notation (récompense punition) comme seul levier de l’engagement personnel de l’élève (même certains élèves le revendiquent). Développer en milieu scolaire des situations qui engagent l’élève à s’approprier les TIC suppose que l’on pose l’objectif au delà des de la date fatidique des bulletins scolaires et des conseils de classe. Chacun le souhaite, mais peu le font et la forme scolaire, dont les examens sont la clé de voute, freine toute initiative dans ce sens.

Les TIC sont une chance pour l’enseignement. Elles permettent aux équipes de réfléchir cette question de l’appropriation, ses modalités pratiques, ses conditions d’évaluation. C’est dans ce sens que le B2i et même dans une certaine mesure le socle commun vont. Aussi imparfaits soient-ils ces dispositifs ont au moins le mérite de poser une question centrale aux enseignants : quelle place donne-t-on à l’appropriation par les élèves des connaissances et des compétences jugées nécessaires en dehors du « monde à part » ?

Bruno Devauchelle.

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