Questions pour un rapport

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La mission d’audit de modernisation à établi un rapport sur la contribution des nouvelles technologies à la modernisation du système éducatif. Pas moins de 26 propositions sont formulées dans ce rapport auquel une réponse du ministère et une réponse des auteurs au ministère ainsi que quelques annexes sont ajoutés amènent à se questionner sur plusieurs points qui nous semblent importants : la place de la sous direction des technologie (SDTICE), la question de la décentralisation et surtout celle de la recherche. (http://www.audits.performance-publique.gouv.fr/bib_res/664.pdf).

L’insistance de ce rapport sur la nécessité du pilotage du système par la direction de l’enseignement scolaire (DGESCO) et les corps d’inspection (exemple pour les CTICE qui devraient être des IA IPR) pose la question de la perception de l’action de la SDTICE. En effet si l’on en juge par l’ensemble du rapport (ou du moins ce que nous pouvons en percevoir de notre point de vue), il semble que l’orientation pédagogique est prioritaire et qu’elle ne peut être pilotée que par les acteurs en charge de cela la DGESCO. Cela veut dire que ce sont les corps d’inspection qui doivent prendre le pilotage global afin d’assurer de la cohérence. Car c’est la dispersion des initiatives prises depuis 10 années et le faible impact de celles-ci qui amènent les rapporteur à souhaiter une nouvelle forme de centralisation dont on voit bien qu’elle ne peut se faire facilement du fait des lois de décentralisation.

Deuxième point important signalé dans ce rapport, la difficulté posée par une loi de décentralisation toujours imparfaite car se refusant à situer clairement les responsabilité de l’action (exemple des crédits de premier équipement). Le constat de disparités importantes d’équipement entre établissements scolaires selon les zones géographique ne peut pas être accepté tel quel. Cette observation montre bien la difficulté d’articuler le régional et le « fédéral » tant la notion d’éducation « nationale » est un modèle dominant en France au moment où l’évolution politique tendrait à proposer une plus grande autonomie locale. Mais l’on voit bien ici le grand écart français : comment garantir l’autonomie tout en garantissant l’égalité… En tout cas si pilotage il doit y avoir, il est du coté des finalités et pas des moyens, c’est ce qui ressort de plus fort dans ce rapport et qui aujourd’hui peut amener à refonder une véritable politique des TIC en éducation (ce qui semble faire un certain désaccord entre le ministère et les rapporteurs).

Troisième point et non des moindres : aucune évocation de la recherche dans le domaine des TICE. On peut penser que l’audit n’avait pas à prendre cette dimension en compte. Mais il est étrange qu’un groupe de travail de ce type n’ait à aucun moment évoqué cette question. Faut il alors penser que la recherche française dans le domaine des TICE soit inexistante ? Faut-il plutôt penser qu’un tel groupe de travail peut se passer de travaux de recherches pour étayer ses propositions (ou tout au moins certaines) ? Un récent numéro de l’ingénierie éducative (CNDP) évoquait la question de la recherche dans ce domaine et les résultats semblaient bien pauvre. Force est de reconnaitre que les travaux actuels de l’INRP restent confidentiels (surtout depuis que Georges Louis Baron à rejoint Paris 5). Quant aux universités, plusieurs travaux récents montrent que le lien entre la recherche et la pratique est plutôt distendu… voire inexistant dans de nombreux cas. Faut-il alors en déduire qu’un tel rapport n’a rien trouvé de pertinent pour étayer ses propos ? Et pourtant des travaux sur les usages se développent actuellement et depuis plusieurs années. Il est vrai que les technologies de l’information et de la communication en éducation sont tiraillées entre plusieurs pôles discipliniares (Sciences de l’éducation, Sciences de l’Information et de la Communication, Psychologie, Sociologie, Didactiques des disciplines scolaires etc…) et que la communication entre ces pôles est plutôt difficile voire conflictuelle.

Ainsi ce rapport pose-t-il en inversé des questions ô combien importantes pour l’avenir des TICE en éducation : Sur quelles recherches s’appuyer pour définir une politique cohérente ? Quels sont les acteurs institutionnels les plus « compétents » pour développer un telle politique ? A quel échelon géographique et politique faut-il traiter ce genre de questions ?

Tout cela pour constater que, en France, on ne sait toujours pas grand chose sur les TICE et que ce qui transparait semble encore bien chaotique… de quoi réfléchir

A réfléchir

Bruno Devauchelle

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