La notion d'acceptabilité

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Le terme d’accessibilité en matière de TIC est un étendard souvent utilisé pour signaler son absence à propos de l’impossiblité qu’ont des publics à développer des usages de ces outils. Dans une intervention lors des rencontres Jacques Cartier tenues à Grigny (69) en Décembre 2005, j’avais identifié quatre niveaux d’accessibilité :

  • l’accès aux moyens techniques,
  • l’accès à la mise en oeuvre technique de ces moyens,
  • l’accès aux applications de ces moyens,
  • l’accès à la compréhension de ces moyens.

Ce quatrième niveau semble d’autant plus important qu’il est en fait celui qui conditionne la liberté de l’usager. Or y parvenir ne semble pas une priorité dans de nombreux cas, tant le troisième niveau est privilégié aussi bien par les techniciens que par les politiques. Ce troisième niveau revient à dire : « si tu as des moyens techniques, fais bien ce que l’on te demande de faire avec, mais ne te pose pas de questions ». Dans de nombreux milieux professionnels, les pratiques se font sur des outils dédiés à la tâche et n’autorisent que très peu de liberté d’usage et encore moins « d’invention d’usage ». En effet, la finalité de l’organisation ne peut que rarement autoriser de digression et parfois même les surveille et les réprime.

Par le fait nombre d’usagers se trouvent très démunis devant leur ordinateur familial qui lui leur autorise toute liberté et surtout n’encadre aucune de leur pratique. Dans de nombreux cas, on se contentera alors d’usages modérés, habituels, reproduisant des choses connues. Mais dès que l’outil commence à proposer des libertés et que, volontairement ou non, l’usager veut profiter de cette liberté, se posent plusieurs questions, dont celle de la compréhension. Malheureusement les explications sont rares pour celui qui n’y passe pas beaucoup de temps ou qui n’a pas la chance d’avoir dans son entourage des amis informés. Du coup on observe de nombreux replis qui vont jusqu’au refus d’usage en dehors des limites fixées.

Regardant des enseignants en train de rentrer d’urgence leurs notes dans le logiciel ad hoc de leur établissement, et échangeant avec certains d’entre eux, je me suis aperçu que l’on avait souvent affaire à ce cas. Allant un peu plus loin je me suis même aperçu que pour certains l’incompréhension devenait un obstacle majeur. Cherchant à comprendre ce que cela signifiait chez des personnes ayant un niveau d’étude leur permettant d’accéder plus facilement à la compréhension de ces questions, j’ai cru comprendre qu’il y avait autre chose qui coinçe.

Le problème principal des enseignants face aux technologies est peut-être d’abord leur degré « d’acceptabilité ». Croisant technique, connaissance, compréhension et culture, l’acceptabilité est un révélateur de la « complexité humaine » et des limites qu’elle impose à la raison (surtout lorsque celle-ci est principalement numérique et donc binaire… pour l’instant). A ces éléments l’acceptabilité ajoute celui du contexte d’usage. En effet la contextualisation des usages révèle qu’il y a des écarts qui peuvent être importants pour la même personne selon la situation de mise en oeuvre. C’est ce que l’on appelle parfois pompeusement la transférabilité des compétences et qui est aussi nommé processus de décontextualisation recontextualisation. S’il s’agissait d’un mécanisme cela ne poserait pas de problème, mais justement, parce que la complexité humaine émerge là, il nous faut reconnaitre que le concept d’acceptabilité est ici bien utile. Peut-être et probablement l’est-il pour d’autres domaines que celui des TIC, mais nos limites d’arrêtent à ce champ.

A débattre

Bruno Devauchelle

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