granules, microformation… nouvelle temporalité ?

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Après les granules, la microformation…

Le web 2.0 désormais courant dans le vocabulaire mais encore confus dans de nombreux esprits permet à de généreux analystes de proposer des « objets » qu’il convient d’embarquer dans la même valise. A cette adresse web, Frédéric Soussin pose la question de la microformation comme prometteuse pour l’avenir du e-learning : http://ru3.com/luc/tag/collective-intelligence/frederic-soussin-explorateur-du-web-microlearning-web2.html Concept émergent, mais à mettre en lien avec ceux de grains de savoir, objets pédagogique ou granules, la microformation serait en train de devenir un de ces objets magiques qui accompagnent le développement d’Internet. Quelle analyse faire de ces éléments qui semblent nouveaux.

En premier lieu reconnaissons à ce terme de microformation un coté séduisant. Il vient bien ponctuer ce que l’on observe dans une société dite du zapping. Il n’est donc pas étonnant que l’on transpose à la formation le modèle de consommation médiatique actuel considéré comme le plus courant. Ensuite reconnaissons que dans un univers où la formation et l’apprentissage se revendiquent dans une temporalité longue, il est particulièrement intéressant de voir apparaître des « petits objets de savoir » qui semblent plus accessibles au chacun. Enfin notons que l’environnement de chacun de nous est fait de multiples sollicitations et qu’il semble cohérent que dans la formation on trouve les mêmes types de sollicitations qui ne seraient pas en rupture avec cet environnement qui semble « naturel ».

Toutefois, il faut garder raison. En effet, le découpage du savoir en micro-morceaux n’est pas nouveau. Il suffit de se rappeler l’enseignement programmé et la pédagogie par objectif de première génération. Au nom d’une rationnalité rêvée, des spécialistes de l’enseignement envisageaient un découpage en « particules élémentaires ». A l’image du rêve micromériste du Moyen-âge à la recherche du grain fondamental, devenu figure mythique de nombreuses recherches (sur le cerveau, ou l’atome par exemple), l’approche par le grain, le simple, l’élémentaire fait partie d’une approche anthropologique essentiellement marquée par la mécanisation et indirectement par la recherche d’un modèle universel, désormais industrialisable. L’informatique numérique est aussi souvent empreinte de ce registre de pensée.

Le débat que soulève, à nouveau, ce type d’approche, est celui de l’idée du développement humain et donc aussi celui de l’apprentissage humain. Il est intéressant de relire les penseurs de la complexité pour se rendre compte que cette question du grain fondamental est probablement une « vanité » humaine. L’enseignement assisté par ordinateur dans les années 60 avait déjà engagé cette recherche. L’apparition du web 2.0 met en avant l’existence d’une quantité très importante de « données brutes » de très petite taille que chacun peut produire ou utiliser. Parmi les exemples illustratifs citons la réponse d’un moteur de recherche à une requête qui en renvoyant des entaines d’adresse propose à l’usager des grains qu’il doit aller explorer ou encore l’évolution du monde la vidéo qui met désormais en avant les « petits films » courts en opposition aux films longs aux émissions longues proposées par l’audiovisuel professionnel.

La microformation serait donc un nouveau signal d’un double questionnement : celui d’une nouvelle temporalité qui passe du temps long à l’éphémère et celui du complexe qui finalement se réduirait au compliqué dans une juxtaposition de grains. Mais n’oublions pas que c’est l’être humain qui fait le lien entre les grains, que c’est son existence même qui est temporalité et qui la réintroduit dans tout ce que chacun de nous vit. Ce n’est pas la technique numérique et son déploiement sous forme de « micros objets » qui pourront lutter contre la « continuité même » de l’être humain.

A débattre

Bruno Devauchelle CEPEC

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