Informations personnelles

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L’annonce de l’ouverture du site http://www.spock.com (Libération du 9 aout 2007) est l’occasion de poser la question de la visibilité personnelle sur Internet. Les possibilités offertes à chacun de déposer des traces sur Internet augmente chaque jour. Espaces partagés, dépose d’images, commentaires sur des blogs ou sur des sites d’achat etc… Cette possibilité qui n’est pas nouvelle (n’oublions pas qu’à l’origine de ces réseaux c’est le partage des informations et la communication entre les auteurs qui étaient la colonne vertébrale) prend désormais une nouvelle signification car elle est passée d’une potentiatilité à une réalité puis d’une accessibilité puis à une acceptabilité.

Lorsque chacun de nous participe à Internet et y intervient il laisse une trace qui devient désormais non seulement un enjeu de sécurité (qui écrit quoi et comment le surveiller) mais aussi un enjeu de profitabilité (qui a intérêt à produire (écrit, photos, audio etc…) et qui a intérêt à utiliser les informations ainsi produites). Des sites comme Viadeo ou autres Meetic et Copains d’avant, ont depuis longtemps proposé des services, chacun dans leur direction, qui permettent de développer sa propre identité et de la diffuser selon ses besoins, emplois, familles, amis…. D’autres sites sollicitent les participants (parfois à leur insu) pour connaître leur avis sur un produit, un service. D’autres encore prolongent la traditionnelle activité de courrier des lecteurs (comme le livre ouvert pour les condoléances lors du décès de Michel Serrault) en proposant à chaque lecteur de partager ses réactions.

Toutes ces activités que chacun de nous peut désormais mener génèrent des traces qu’il peut être attirant de rassembler et de valoriser. C’est le sens que prennent certains sites. Elgg propose à chacun de rassembler ses informations dans un lieu virtuel, d’autres proposent une communauté à l’intérieur de laquelle on peut « tout faire ». Enfin d’autres cherchent à gérer toutes ces informations dispersées pour les faire vivre. C’est le sens de l’évolution signalée par l’apparition de Spock.

A ces évolutions s’ajoute un questionnement important autour de l’identifiant unique. Chacun des internautes est de plus en plus souvent amené à choisir un login et un mot de passe. Devant cette demande pressante et difficile à assumer, on reproduit systématiquement les mêmes ou encore très proches. Même dans ce cas il faut souvent tenter de se souvenir du mot et du code (car dans certains cas le mot choisi n’est pas utilisable dans le contexte) lié à chaque application ou site. Le jour où je peux me suffire d’une seule identité sur Internet et sur mon ordinateur, je peux le gérer. Mais si c’est le cas, on peut encore plus facilement me suivre à la trace (du moins celui qui a la gestion de mon identité, allez voir le nouveau service historique de recherche de google pour comprendre si vous avez un compte gmail)…

Dans le même temps l’idée de e-portfolio se développe. Chacun de nous peut gérer son parcours, ses compétences et les rendre publiques… Certains proposent même de le construire à partir de vos traces… Sous de multiples formes on voit se construire ainsi un paysage dans lequel chaque personne est « visible » qu’elle le veuille ou non, qu’elle choisisse ou non les termes de cette visibilité. Or cette visibilité s’oppose au principe de liberté individuelle dans la mesure où elle n’est pas contrôlée par son auteur. JE Gadenne nous faisait récemment remarquer que pour Victor Hugo, par exemple, son oeuvre ne pouvait plus (ne devait plus ?) être cachée et qu’elle appartenait en quelque sorte à un « patrimoine commun » et plus à son auteur. La particularité de l’évolution actuelle d’Internet est que « n’importe quelle trace » peut être constitutive de l’identité alors que Victor Hugo choisissait de donner, ou pas ses textes (combien de corbeilles à papier remplies pour combien de livres publiés…)

Désormais éduquer à la responsabilité éditoriale n’est plus seulement limitable à l’idée que l’on sait « qui » à écrit, mais elle s’étend à toute trace identifiable que je laisse, quelle qu’en soit la nature. Celui la récupérera sera le seul maître de son utilisation et dont de son traitement…. Eduquer à la responsabilité au sein d’un collectif social devient désormais plus compliqué du fait même de ces traces « indélébiles » et « démultipliées » que la nature même des technologies employées impose. Il conviendra donc désormais de réfléchir de plus en plus souvent avant de commettre le moindre acte, quel que soit l’intention que l’on ait de le rendre public…

Vivre caché deviendrait de plus en plus difficile (le pseudo ne cache pas vraiment l’auteur… si l’on se réfère à la loi)

A débattre

Bruno Devauchelle

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