Rentrée 2007 : les TIC n'intéressent plus personne ?

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A lire les documents de rentrée, la question des TIC n’est plus dans les priorités. Elle serait donc devenu une composante ordinaire (en particulier dans le socle). Le dossier de presse, les discours et documents publiés par le ministère le confirment. Il faut se rendre à l’évidence, les annonces continuent d’être politiques… L’abrogation officielle des trois articles modifiés le 12 février et contestés par les syndicats ce 1 septembre est aussi une annonce politique. Tout comme la sortie opportune du document du HCE qui au delà de l’intérêt des constats qu’il pose, aurait mérité d’autres analyses que celles faites par les médias de « rentrée » qui se sont empressés de s’engouffrer dans la béance présentée, sans bien en mesurer le fond véritable qui est selon moi une alerte très sérieuse (confirmé par certains économistes de l’éducaiton) concernant la dérive progressive d’une partie de la population sur un plan culturelle. Que ce soit dans le domaine du langage (explicitement mis en évidence dans le rapport) ou dans d’autres domaines, une partie de la population s’est appauvrie culturellement au cours des 30 dernières années et l’on en observer les effets sur les enfants. On pourra considérer que ce n’est pas nouveau si l’on dit que ces enfants étaient peu visibles dans le système scolaire des années 70. On pourra, en considérant le développement actuel des TIC, que non seulement les choses perdurent mais encore elles s’accentuent. Il ne suffit pas de posséder un ordinateur (cocorico sur les taux d’équipement et le haut débit) encore faut-il s’en servir. il ne suffit pas d’accéder au livre pour savoir l’utiliser et le comprendre.

Si l’on considére le développement des TIC force est de reconnaitre que l’on confond souvent maîtrise technique et maîtrise des usages, maîtrise des usages et maîtrise du sens. Comme s’il suffisait de savoir tourner les pages pour pouvoir accéder à la lecture et savoir déchiffrer pour comprendre… Les textes de rentrée confirment la vacuité du projet dans certains domaines et des ambiguités dans d’autres. Le B2i et le cadre européen des langues sont en train de diffuser une certaine approche par les compétences en éducation. Or les tenants d’un retour aux bon vieux temps souhaitent plutôt le maintien des notes. Or l’argument majeur du gouvernement est celui de la « mesure de l’efficacité » du système éducatif au travers de la mesure des acquis des élèves (socle commun). La difficulté de mise en oeuvre du B2i, nous l’avons souvent mis en évidence, est liée à la modalité d’évaluation retenue. Les enseignants se sentent démunis la plupart du temps (même si dans le primaire et l’enseignement professionnel et technologique il y a des habitudes).

L’air du temps n’est pas aux TIC disons nous et pourtant elles poursuivent tranquillement leur déploiement dans la société. Peut-être vont-elles aussi ignorer de plus en plus le système scolaire comme l’ont montré cette année plusieurs analyses. Immense marché en rapide développement, mais aussi applications qui pourraient bientôt nous rendre simples « exécutants » comme pouvait l’imaginer Aldous Huxley dans « le meilleur des mondes ». L’ex responsable d’une grande chaîne privée l’avait dit en parlant des temps de cerveaux, d’autres l’avaient dit bien avant à propos du livre et des journaux : faut-il permettre au « peuple » de comprendre les mécanismes de fabrication de notre société ou faut-il seulement leur fournir des « jouets » pour mieux les divertir ? L’éducation en général, et celle des TIC en particulier sont en train de subir la même dégradation sociale, certains y ont intérêt, les philosophes l’ont bien montré au XIXè siècle. Attaquer l’école dans ces conditions est le premier réflexe, il est logique, mais est-il légitime, suffisant, nécessaire. L’absence des TIC dans le discours dominant de cette rentrée est inquiétant. Nous aurions tendance à penser que ce sont de bons vecteurs de domination culturelle et que les laisser de coté est révélateur d’une certaine idéologie.

A débattre et à suivre

BD

3 Commentaires

    • Stéphane FONTAINE sur 2 septembre 2007 à 08:17
    • Répondre

    C’est exactement les conclusions que font nos amis du Québec dans ce rapport ( http://www.infobourg.com/data/fi... ).
    C’est triste !! et je crois que c’st la dimension pédagogique qui doit être travaillée car elle est au centre des adaptations nécessaires à l’éduction dans une société en mouvement. En serons-nous capables ?

  1. Bruno, je ne peux que partager tes constats et tes inquiétudes. Il me semble donc important que tout ceux qui en ont la possibilité puissent engager des projets avec les écoles pour montrer une autre voix, une autre perspective. La M@ison travaille en ce sens (http://www.maison-tic.org). Elle le fait dans le cadre du jeu d’éducation à la citoyenneté et en travaillant notamment avec les Francas pour que la dimension pédagogique des TIC soit réellement pris en compte dans les actions éducatives du temps périscolaire, mais également extra-scolaire. Ce n’est pas facile et devant l’ampleur de la tâche on pourrait se sentir désemparer. Mais l’expérience montre qu’il il n’y a pas de petit projet et de petit territoire. La biennale que nous organisons les 7 et 8 décembre et à laquelle tu contribues, peut à sa modeste place, y participer en mettant en avant des projets novateurs en la matière (biennale.maison-tic.fr/ar… et qui vont à contre-courant de cette idéologie dominante, qui ne vise qu’au bout du compte à laisser le pouvoir dans les mains de ceux qui le détiennent déjà .

  2. La situation n’est guère plus rose au Québec. Voir le billet de Martin Bérubé :

    recit.org/index.php/fabul…

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