Pour un acccompagnement formatif de proximité à l'intégration des TIC

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L’un des freins qui apparaît à certains comme le plus important au développement des TIC en milieu scolaire et universitaire est celui de la formation des enseignants. Face aux aisances variées et spontanées des élèves face aux TIC, les enseignants sont très démunis et voudraient bien ne pas avoir à s’occuper de ce que JP.Archambault dans son article dans Medialog appelle les connaissances de base : « Ainsi le professeur de SVT pourra-t-il d’autant mieux enseigner l’expérimentation assistée par ordinateur et la simulation qu’ilpourra s’appuer sur de solides connaissances de base que ses élèves auront acquises précédemment et ailleurs que dans sa discipline »(Médialog n°62 juin 2007, p.40). Les enseignants déclarent souvent se sentir dépasser par les élèves et redoutent cette situation pédagogique si dérangeantes. Comme certains chercheurs l’ont montré, outre l’aisance technique, l’aisance pédagogique est indispensable. Se limiter à la seule question technologique serait insuffisant. De plus penser que la formation est la solution à tous les maux des enseignants est une vue de l’esprit. L’ensemble des facteurs qui permettent une évolution des pratiques des enseignants est souvent difficile à définir.

Le débat que nous avons engagé dans un précédent billet de ce blog et aussi dans des échanges plus anciens est intéressant : quels objets d’enseignement, quels type d’enseignement, quelles modalités d’enseignement mettre en place dans le système scolaire. D’autant plus que dans le texte que la DESCO a mis en ligne à propos du socle commun, il semble bien que l’on puisse lire la recommandation pour le cycle d’adaptation (la 6è au collège) comme la désignation de la nécessité, en 6è de s’arrêter aux compétences des domaines 1 et 2, c’est à dire sur les deux domaines qui font souvent débats dans les établissements. Le domaine 1 est spécifiquement technique et le 2 plutôt réglementaire et juridique. Ainsi ces deux domaines sont bien ceux pour lesquels les enseignants se déclarent le plus démunis. Malheureusement les isoler en tant que compétence spécifique c’est risquer d’oublier la notion de contexte d’usage. On peut connaître une manipulation technique ou un texte de loi et ne pas savoir les utiliser dans tel ou tel contexte. Or c’est surtout là que réside la difficulté. Nombre d’enseignants utilisent l’ordinateur pour eux-mêmes mais ne parviennent pas à l’intégrer dans leur pratique.

Alors plutôt que d’une formation stricto-sensu, ils ont surtout besoin d’un accompagnement. Si la dimension technique est importante, la dimension pédagogique l’est tout autant voire davantage (d’après mes observations). C’est pourquoi il convient d’installer dans les établissements des personnes capables de faire un « accompagnement formatif ». Malheureusement de nombreuses expériences montrent que ces personnes ne sont pas faciles à trouver. Un académie, celle de Poitiers, y a travaillé depuis longtemps et poursuit actuellement ce travail qui consiste à développer ce type de personne (en les formant en premier lieu). De même dans l’enseignement catholique français, le diocèse d’Angers à entamé la même démarche. Il est possible que d’autres lieux aient entamé cette démarche. En tout cas cette dimension de « l’accompagnement formatif » recouvre l’aptitude à « rendre les gens capables de » et non pas de faire à leur place. De plus cela recouvre aussi le fait de « rendre les gens capables d’apprendre à apprendre » face aux situations d’intégration des TICE. En tout cas il ne s’agit jamais d’enfermer les pratiques dans des carcans (encadrer les pratiques pour qu’elles ne dérapent pas) ni de faire à la place des personnes (tu n’y arriveras pas laisse moi faire !). Rendre l’autre compétent est la mission de ces personnes ressources intégration des TIC dans les pratiques pédagogiques. Il ne s’agit en aucun cas d’une formation strictement technique, même s’il est certain que cela peut être ponctuellement nécessaire.

Quel est l’intérêt d’un tel accompagnement ? Il s’agit là encore de répondre à cette question des apprentissages de base des élèves. Même avec des formations en cycle d’adaptation (en 6è) les élèves risqueront toujours de se retrouver dans des situations de blocage, au moins partiels et il faudra l’habileté pédagogico-technique pour les aider. Or c’est dans ces situations que les apprentissages sont le plus efficaces : face au problème à résoudre j’investis dans la solution à trouver, alors que avec un enseignement spécifique, je risque de ne pas faire de lien avec la réalité des problèmes à résoudre. L’autre intérêt d’un tel accompagnement de proximité est de fournir aux enseignants un environnement de coopération et de co-élaboration de compétences. Or dans cet univers souvent décrit comme solitaire, voilà une nouvelle occasion pour l’enseignant de travailler en lien avec un collègue pour faire face à des problèmes à résoudre, et même des compétences à développer, et cela sans retourner au statut d’élève que souvent la formation nous fait subir (et parfois même l’enseignant choisit d’y jouer à l’élève).

Comme on le voit la question de l’intégration des TIC en éducation ne peut se résoudre ni avec une seule discipline pas plus que par la seule formation, mais bien par une action cohérente et concertée d’acteurs qui ont un véritéble projet TICE au sein d’établissements qui, contrairement à certains « philosophes », ont choisi d’éduquer les élèves à la « vrai vie », sans pour autant céder au sirènes de la mode.

A débattre

Bruno Devauchelle

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