Faut-il croire…. aux TIC ?

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A l’occasion d’un échange à propos du Tableau Blanc Interactif, certains disent « j’y crois », d’autres disent « j’ycrois pas », d’autres enfin disent « j’attends qu’on me prouve la pertinence pédagogique de cet outil ». Il se trouve que ces produits pas vraiment nouveaux (ils existent depuis plus de 6 années sur le marché) sont un objet à la mode dans le monde des TIC en éducation. Le ministère avait même développé en 2005 des expérimentations dont un rapport a été fait par une unité de recherche. On voit apparaîre ici et là des dotations et même récemment des écoles ont organisé un spectacle à l’opéra de Lyon pour financer l’achat de plusieurs TBI. Citons enfin le supplément du Monde 2 qui a récemment proposé quelques pages « promotionnelles » sur cet objet. Pour essayer de passer du j’y crois au je comprends, il faut aller y voir de plus près : relire les textes publiés (crdp, ministères, constructeurs, chercheurs) retester ces outils (cinq années plus tard…) échanger avec des utilisateurs… ce que j’ai essayé de faire…

Rappelons que le TBI est un tableau blanc sur lequel est projeté l’écran d’un ordinateur que l’usager peut piloter depuis le tableau grace à un système de repérage du mouvement du crayon (spécial). De plus un ou des logiciels particuliers ajoutent des fonctions (reconnaissance d’écriture ou autre simulation de tableau papier…) complémentaires, utiles et moins utiles… permettant aux présentateurs de mettre en évidence toutes les « qualités » du produit.

Quelle analyse cela m’amène-t-il à faire ?

Malheureusement, le TBI, comme toutes les autres nouveautés techniques introduites en éducation, amène en premier les usagers à revenir aux comportements habituels : le renforcement des pratiques anciennes, ici en l’occurence les pratiques expositives. Cela est d’autant plus vrai avec le TBI que les fonctionnalités des logiciels fournis avec le produit facilitent (ou tentent de le faire). Le renfort argumentaire de cette pratique est que l’enseignant n’est pas obligé de manipuler le clavier ou la souris et donc de s’éloigner du tableau. Malheureusement le TBI, comme toutes les autres nouveautés techniques, nécessite un apprentissage technique qui peut s’avérer particulièrement douloureux… En effet cet apprentissage suivi des approximations inhérentes à ce genre de produit (video projecteur qui bouge, écran qui se déplace, piles du stylo usagées etc.) amènent les usages néophites à renoncer dans un premier temps. Certes il existe des utilisateurs chevronnés… qui, comme avec l’ordinateur, ont pris suffisamment de temps pour connaître maîtriser et supporter les caprices de l’outil. Malheureusement le TBI est une installation « lourde ». Vidéo projecteur, tableau spécial (mais pas toujours obligatoire), ordinateur relié à l’ensemble, alimentations électriques, doivent être installés de manière « fixe » pour pouvoir être réellement fonctionnel. On a connu la difficulté des salles multimédia on connait la difficulté d’accéder aux salles TBI (sauf si les salles d’enseignement sont équipées en permanence d’installations fixes) Malheureusement le TBI est comme les autres outils technologiques : il ne trouve d’usage pertinent qu’au sein d’un « dispositif pédagogique » pertinent basé sur des choix de l’enseignant qui va organiser son enseignement compte tenu des caractéristiques de l’outil.

Croire ou ne pas croire, là n’est pas la question ?

Les vendeurs de TBI ont dès le début de l’apparition de ces produits, comme les vendeurs de salles multimédia ou d’autres nouveautés technologiques, développé la même réthorique habituelle sur l’intérêt de ces outils pour l’éducation. Habiles commerciaux, ils connaissent les limites et l’intérêt de leur produit. Habiles commerciaux ils feignent d’ignorer que la relation d’enseignement est plus complexe que l’usage d’un tableau blanc. Habiles commerciaux, ils renvoient l’enseignant à sa responsabilité pédagogique dès qu’ils sentent les limites de la pertinence l’outil. Habiles commerciaux, ils savent qu’il vaut mieux convaincre le prescripteur que l’usager réel. En l’occurence qu’ils soient au ministère, dans les collectivités territoriales ou dans les établissements, on a pu le voir pour de nombreux autres produits technologiques similaires (qu’on se souvienne de l’histoire de rétroprojecteurs si ce n’est celle des opascopes !!!), les conduites d’achat sont bien éloignées des conduites d’usage généralisé. Encore une fois la technologie convaincra encore les férus de technologie et/ou d’innovation qui trouveront un « gadget » nouveau à ajouter à leur panoplie de Darkvador de l’enseignement.

Et pourtant certains tentent d’inventer des usages à ces TBI (allez sur la base primtice vous le constaterez). Malheureusement ils posent la question : qu’est-ce qu’on pourrait faire de bien avec cet outil ? Il feraient mieux de se demander d’abord à quels problèmes ils sont confrontés avant de choisir un outil pour une difficulté qu’ils doivent ensuite essayer d’imaginer… avec l’aide d’habiles commerciaux…

Quant aux « chercheurs » qui ont mené des « études » Todd Oppenheimer nous avait mis en garde en 1997 sur les pratiques de cette nature : il y a toujours un risque de collusion inconsciente… qu’il faut toujours tenter de lever après avoir lu leurs travaux… allons voir du coté de la FOAD dans les années 2000 et encore maintenant pour s’en rendre compte.

A débattre

BD

4 Commentaires

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    • Pascal Peter sur 13 novembre 2007 à 06:45
    • Répondre

    À propos de tableau numérique, il existe une solution pour les pauvres.
    Cela repose sur une webcam qui fixe un écran blanc classique sur lequel l’écran de l’ordinateur est projeté.
    Donc il suffit d’un ordi, d’un vidéo projecteur et d’une webcam.
    Cela devrait déplaire aux vendeurs de TBI.
    Je n’ai pas (encore) testé (il me manque la webcam), mais les vidéos sont impressionnantes.

    C’est ici (d’accord c’est en Anglais, mais les vidéos du bas de la page sont vraiment à voir) :

    vision.eng.shu.ac.uk/medi…

    O-

  1. Je suis assez d’accord sur le fait qu’il n’est pas question d’y croire ou pas. Tout comme l’ordinateur, la photocopieuse ou les tablettes de cire, le TBI n’est rien de plus qu’un support livré à notre expérience de prof, support qui ne vaut rien de plus que ce qu’on en fait!
    Il est sans doute vain de chercher à exploiter ce type d’outil (avec, c’est vrai, la complexité et l’investissement humain et financier que cela représente) s’il n’y a pas en amont un besoin exprimé, c’est-à-dire s’il n’y a pas une réflexion pédagogique qui appelle à l’utilisation du support.
    Tant que ce seront des commerciaux qui vendront le produit, on perdra du temps, de l’énergie et de l’argent. Il faudrait que des profs l’exploitent et le proposent régulièrement en formation initiale et continue, et alors pourrait-on voir -éventuellement- s’exprimer des besoins pédagogiques qui pourraient aboutir à des investissements utiles.

    • Yves Cohen sur 13 novembre 2007 à 13:41
    • Répondre

    Le TNI n’est qu’un outil certes.Faut-il sous pretexte que des commerciaux cherchent à le vendre le condamner? Ou alors il faudrait également condamner la télévision qui ne pourrait n’ être qu’une boite destinée uniquement à l’abrutissement des masses alors que nous savons tous qu’elle peut servir à autre chose.( voir dans les pays ou l’on cherche à la museler)
    Ou alors il faudrait condamner les éditeurs avides de profits qui ne cherchent qu’à produire des collections, des méthodes que toutes les écoles achèteraient.

    Restons sérieux! le problème n’est pas de savoir si l’on est pour le TNI ou contre d’ailleurs.
    Le problème de fond est bien plutôt qu’allons nous faire de ces nouveaux outils sans se laisser raconter des histoires par les commerciaux avides dont nous parlions précédemment?
    Dans un passé récent plusieurs TNI qui avaient été commandés , de-ci , de-là ( dans l’académie de creteil , pour ne pas la nommer, mais peut etre ailleurs également) ; sont souvent restés sous-utilisés ou pire encore ont finit dans des recoins sombres.
    J’ai le privilège de diriger une école maternelle qui possède 3 TNI,( 2 en maternelle et 1 en élémentaire dans un CP ou nous menons une expérimentation "d’aide à la lecture" nos tni sont utilisés régulièrement par les enseignants avec des enfants de 5 ans et 6 ans.
    Si cela fonctionne, si cela est intéressant, si cela apporte un réel plus dans l’aide aux apprentissages c’est pour des raisons simples:
    -D’abord nous avions depuis plusieurs années les ressources necessaires. Dans les premiers temps ces ressources étaient utilisés sur les PC dans notre salle informatique puis depuis 3 ans sur les PC de fond de classe et enfin depuis l’an dernier sur les TNI à disposition à l’école.
    -Nous avons également à nos côtés , "un groupe d’enseiganants chercheurs" qui nous accompagne, qui aide à la création de ressources .
    Donc le probleme essentiel pour moi est bien celui des ressources : elles doivent être pertinentes en fonction des objectifs pédagogiques visées.
    Elles doivent être faciles d’utilisation ( se battre pour éviter qu’il n’y ai que les "spécialistes" qui puissent utiliser ces nouvelles technologies et ces contenus, accentuant encore un peu plus le fossé entre ceux "qui savent" ou "croient savoir" et ceux qui affirment ne pas être compétents.L’enseignant n’est pas un technicien, en aucun cas il ne doit être géné par des détails techniques lorsqu’il a décidé de travailler avec les TICE.
    deuxiemement il y a le problème de la formation des maitres à ces nouveaux outils qui va de paire avec la présentation des contenus divers et variés qui sont proposés.
    Ces contenus peuvent provenir de l’univers des logiciels libres mais aussi de l’univers éditorial.
    Ce qu’il faut savoir à mon avis c’est que quelque soit leur provenance rien n’indique que leur qualité soit bonne.
    Ce sont les enseignants qui décideront en fonction de leurs objectifs.La dessus je fais confiance au monde enseignant surtout quand je vois la créativité de certains sur le terrain, parfois sans moyens, sans les derniers outils.
    Je parie donc qu’avec une politique volontaire d’équipement avec les nouveaux outils, de reflexion sur les contenus à mettre à disposition de tous, avec la volonté de formation indispensable, nous devrions parvenir à mettre prochainement à disposition de tous les enseignants des outils qui seront véritablement au service des apprentissages.
    Cela amènera également la mutualisation des savoirs-faire.
    Allons donc sans peur au devant des "marchands d’outils" mais sans naiveté, en exigeant des propositions de contenus pertinents, d’espace de mutualisation, d’exigence de formation.

    Je travaille depuis plus de 30 ans dans le 1er degré et j’y crois comme lors de ma nomination sur mon premier poste.

    Je serai présent lors du prochain salon de l’éducation sur l’espace DEMOTICE avec un groupe d’étudiants de l’IUFM de livry gargan pour une mise en situation des étudiants sur TNI suivi d’un débat. de 15h à 16h15mercredi 21/11
    Je serai également présent sur le stand Promethean jeudi 22/11 à 10h avec une classe de Grande section maternelle et le vendredi 23/11 avec une autre classe maternelle qui n’a jamais eu de TNI.(à 10h toujours)

    à bientôt peut etre sur le salon pour voir et échanger.

    Je tiens à préciser que je n’ai aucun intérêt particulier à promouvoir tel ou tel constructeur .
    Ceux-ci nous permettent une expression libre sur leur stand en raison de nos travaux de recherche.Nous nous en saisissons pour pouvoir nous exprimer lors de ce prochain salon de l’éducation en tant qu’enseignants sur le terrain, et si cela permet d’augmenter le nombre de classes équipées en France, nous en serons très satisfaits.

    Yves Cohen Directeur d’école maternelle et co-auteur de logiciels éducatifs( "floc production multimedia" et créateur de ressources gratuites dans ma circonscription.

    • Hugues B sur 14 novembre 2007 à 08:44
    • Répondre

    Je travaille dans le monde du handicap, au sein de l’éducation nationale, et je crois que ce genre d’outils, en facilitant les échanges avec des élèves handicapés (je fais court), peut aider à leur intégration. A cet égard, je suis friand des expériences et des analyses que vous aurirez pu trouver sur le sujet, et auxquelles vous faites allusion dans votre article d’introduction.

    Idem pour la solution du pauvre !

    Merci

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