Le discours annuel sur les TICE

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Le ministre vient de parler.Qu’avons nous entendu de neuf à propos des TIC : très peu de choses… mais des passages significatifs de la pensée des décideurs du moment.

1 – la remise en cause de l’école

On peut lire : « Aujourd’hui, sans que la formation ou les qualités personnelles des enseignants n’aient été remises en cause, leur autorité est plus régulièrement relativisée au nom des informations ou plutôt des données collectées sur internet » et un après : « elles suffisent à instiller le doute au sein des jeunes esprits, à contester les savoirs transmis par les enseignants et à ébranler le fondement même de la relation pédagogique. » Ce questionnement s’inscrit dans la dynamique actuelle de tentative de diabolisation larvée d’Internet soutenue par certains. Elle vise à rassurer un clan

2 la politique des contenus Cette prise de conscience peut-elle suffire à justifier l’introduction des TIC dans les classes ? Non, cela est net. Par contre pour le ministre l’important c’est les contenus. L’argument avancé est : « une recherche inlassable de l’efficacité pédagogique qui permette de réassurer la légitimité des connaissances dispensées ». Au nom de cette efficacité, il faut fournir des contenus de qualités. Bataille vaine ? On peut le craindre, depuis le temps que le triptique moyens formation contenu est utilisé par les ministres qui se succèdent, les résultats n’ont jamais été probants. Ici on néglige le volet formation (pourquoi donc alors qu’il est prioritaire on se suffit de fournir une clé USB aux jeunes enseignants ?), par contre on valorise le volet moyens (pour le primaire seulement, pouquoi ?) le volet contenus… (mais sans véritable contenu…) Ces position visent à rassurer l’autre clan (d’ailleurs le ministre dit se situer entre les deux) qui souhaite l’introduction des TIC, en donnant quelques gages. Mais au fait où sont passée les ENS… tient aussi plus loin dans le discours reviennent les ebooks…

3 Des affirmations

« – Tout d’abord, les T.I.C.E permettent d’enrichir la relation entre le professeur et ses élèves. « 

« – Les T.I.C.E facilitent également le travail collaboratif des enseignants qui peuvent mettre en commun leurs travaux et créer des contenus de qualités adaptés aux caractéristiques et aux difficultés spécifiques rencontrées par leurs élèves. « 

« – Enfin, l’apport des T.I.C.E s’avère décisif pour accompagner les élèves souffrant de handicaps. »

Ces trois affirmations bien différentes prennent sens dans leur rapprochement. Il n’y a pas de projet global lisible dans ce texte, mais plutôt des points d’accentuation. La lecture du passage sur la question de l’efficacité des TIC est révélatrice de l’hésitation ministérielle. Il faut vérifier celle-ci et alors diffuser. On retrouve ici bien des projets antérieurs tombés en désuétude…

4 Des objectifs

Le ministre propose quatre objectifs pour le primaire (aucun pour le secondaire ?) – Amener 100% des élèves du 1er degré au niveau du B2i d’ici 2010 – Développer les usages des T.I.C.E pour les apprentissages fondamentaux – Développer les usages des T.I.C.E autour de l’apprentissage de l’anglais – Parvenir à un ordinateur pour 10 écoliers en moyenne d’ici 2010

La « modestie » de ces objectifs confirme l’hésitation. Comment ne pas sourire au premier et dernier objectifs ? 2010 suffira pour mettre en oeuvre une politique initiée dès 1997 (pour les moyens et dès 2000 pour le B2i, rappelons le discours de J Lang le 21 novembre 2000 devant la même assemblée) et confirmée constamment depuis.

5 – Quelques réflexions prospectives ? – Les mondes des usages des TIC se séparent : le monde scolaire, le monde social, le monde professionnel. En effet, l’ensemble du propos ministériel révèle la volonté de mise à distance par des contenus spécifiques. Ne pouvant ignorer les besoins des autres mondes, il ne peut qu’encourager le B2i qui en est le seul signe tangible de lien actuellement dans la filière générale. – On est contraint de reconnaître dans ce discours un toilettage stratégique et non pas un projet. Les lobby ont bien fait leur travail, ils en sortent tous sans rien… mais aucun n’a plus que les autres au moins. Ainsi le ministre n’enthousiasmera personne… dans ce débat général sur les TIC qui est ici contourné. – La relecture des discours des ministres qui se sont succédés à propos des TIC depuis 1997 ne peut que laisser rêveur. Année après année, on a l’impression que tout ce qui a été engagé n’a pas abouti. 100% du B2i au primaire en 2010 alors qu’on demande 100% du B2i au collège pour le brevet ? Même si les ministres ont changé, on peut se faire du souci sur la cohérence et la robustesse des lignes politiques retenues.

Le devenir des TIC en éducation est de plus en plus incertain. Renvoyées une nouvelle fois à la bonne volonté des acteurs(en particulier à celles des meilleurs, c’est à dire des plus efficaces…), les TIC ne sont pas prêtes à devenir des outils « ordinaire » de la vie dans le monde scolaire. On en est encore à rechercher leur pertinence… leur efficacité, et pendant ce temps, l’ensemble de la vie sociale, familiale et professionnelle en est envahie. Ca ne rappelle rien d’autres que les débats sur la télévision d’il y a quarante années…

A débattre bien sûr, comme d’habitude

Bruno

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