E.N… Environnement numérique : acceptable ou non

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Au moment où revient à la surface la question des ENT en France (cf le dernier dossier du Café Pédagogique), il semble nécessaire de préciser et problèmatiser quelques points La notion d’environnement numérique est désormais associée à des termes comme « travail », « apprentissage », « mutualisation » etc… Nous avions évoqué ici même notre scepticisme sur ces ENT dont on nous promettait le déploiement rapide il y a quelques années et dont F Solliec nous dit que seulement 200 établissements sont dotés. Une petite visite sur le site http://www2.educnet.education.fr/sections/services/ent est très révélatrice de la difficulté de cerner le problème . En effet se cotoyent sur le même espace les termes d’environnement de travail, de bureau virtuel, de cartable électronique…

Face à ces deux observations ainsi qu’à des observations dans des établissements, il me semble qu’il y a pas mal de questions qui se posent. J’écrivais en 2004 un édito du café pédagogique émettant des doutes sur les projets ENT d’alors. Depuis une recherche sur différents sites montre que le travail se poursuit mais qu’on est encore très loin d’un aboutissement… Ayant observé les cartables numériques, quelques ENT et accompagnant des équipes, il me semble que nous entrons dans une ère d’acceptabilité partagée en deux domaines : l’acceptabilité organisationnelle qui permet le développement d’EN administratifs à prolongements pédagogiques et l’acceptabilité pédagogique qui permet de développement d’EN d’apprentissage ayant parfois (mais rarement) des prolongement administratifs.

La notion « d’acceptabilité » est pour moi celle qui exprime le niveau de maturité atteint par un service numérique qui est le signal de son possible déploiement dans la population. Je la distingue de la notion « d’accessibilité » qui est elle liées à la possibilité technique d’accéder à des services (moyens techniques disponibles et maîtrise des codes techniques pour l’usage).

Le développement de projets administratifs pour donner de nouvelles visibilités sur la scolarité (notes, absences, carnet de texte) semble se faire progressivement. Les environnements numériques sont ici suffisamment détachés de l’activité scolaire pour les rendre acceptable par les usagers, surtout les enseignants, mais aussi les élèves, les familles étant elles souvent intéressées… quand elles sont attentives à la scolarité de leur enfant.

Le développement conjoint d’environnements numériques sécurisés au sein des établissements a pour but de permettre une « vie numérique » interne surveillée et contrôlée. La encore on remarque que les informaticiens ont désormais les choses en main, a tel point même que des enseignants commencent à se poser sérieusement des questions sur leur possibilité d’usage pédagogique des TIC dans de tels contextes.

Le développement de pratiques d’accompagnement scolaire dans des environnements numériques d’apprentissage commence à voir le jour et à se multiplier. Désormais de nombreux enseignants engagent volontier des échanges avec leurs élèves et proposent même de leur propre initiative des espaces de travail partagé. Cela se fait parfois même en dehors des cadres proposés par le système (rectorat, établissement). considéré comme trop contraignant…

En effet, nous avons déjà eu l’occasion d’en parler et plusieurs expériences récentes le confirment, de nombreux environnements de travail d’établissements scolaire interdisent des initiatives d’accompagnement scolaire réel. Du coup les enseignants volontaires vont « voir ailleurs ». L’enjeu des ENT globalement va être de devoir gérer ces contradictions. C’est d’ailleurs probablement une des raisons des limites du déploiement actuel. La métaphore des environnements professionnels d’entreprises qui est à la base des ces projets d’ENT en milieu scolaire (les système intégrés de production et de gestion d’information) et qui font semble-t-il ce que l’on attend d’eux dans ce contexte, pourraient ne pas pouvoir être transférés au monde scolaire au delà de la limite de « l’objet de production » de cette institution, c’est à dire la gestion organisationnelle.

Quel environnement pourrait donc servir les apprentissages et quels liens avec l’organisationnel. Deux environnement distincts vont donc probablement se développer. Il y aura des passerelles entre eux, mais en tout cas ils seront vécus indépendamments l’un de l’autre, préservant l’initiative, l’autonomie et la responsabilisation des acteurs. On peut supposer que c’est autour de l’identité numérique que se fera cette convergence, mais pas du coté des pratiques. En 1989, je participais à une réflexion engagée par IBM France de l’époque sur cette question et on était arrivé à cette conclusion de séparation. Entre temps de nouveaux intervenants sont arrivés et ont oublié que ces réflexions avaient déjà eu lieu…, voire même les ont ignorées et balayées, entrainant avec eux une vision purement technique et industrielle du problème…

Si les environnements numériques sont promis à un bel avenir, encore faut-il que le jacobinisme ne fasse pas trop de dégats…

A suivre…

BD

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