Il faut sauver le B2i… et les élèves… ?

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Dans ses querelles éternelles dont elle a le secret, l’école est-elle en train de tuer le B2i ? On peut le penser à lire certains propos tenus en ce moment sur Internet et dans les salles des profs. Le B2i est menacé par les batailles en cours. D’une part un ministère qui veut avancer à marche forcée (le B2i pour le Brevet et dans le socle commun), d’autre part des enseignants qui veulent saboter le B2i pour des raisons plurielles (certains enseignants de technologie), d’autre part encore des chefs d’établissements très « variés » dans leur attitude et leur accompagnement et enfin des enseignants qui regardent le paysage soit en étant indifférent aux TIC soit en continuant à valider les items au sein d’équipes qui ont réussi à le mettre en place réellement.

Que valent, dans ce contexte, toutes les enquêtes en ligne auxquelles chacun est libre de répondre : rien. J’en sais quelque chose car j’en ai mené deux dans le cadre du Café Pédagogique en 2001 et 2004 et j’ai moi même soulevé les risques et les limites de ce type d’enquête. Le problème c’est que les études officielles du ministère (DEPP) n’ont pas apporté plus de visibilité sur le sujet et que les ministres qui se succèdent jonglent avec ces réalités, plus ou moins adroitement.

Il y a quelques temps, la lecture des enquêtes Mediappro confirmait (à l’instar des enquêtes antérieures) que les jeunes ne comprenaient pas l’attitude du monde scolaire face à ces technologies. De plus ils disent qu’elle pourrait être utile, mais il faudrait qu’elle s’y prenne autrement. Bref, le b2i intéresserait bien les jeunes si l’école en faisait collectivement un vrai projet qui dépasserait les guerres internes, surtout celles qui visent à l’affrontement entre les disciplines du collège (il suffit de lire entre les lignes de leurs propos les angoisses de nombreux enseignants de technologie et professeurs documentalistes).

Mais pour en faire un objet collectif, encore faut-il que l’on joue le jeu du collectif. Et là l’Ecole ne sait pas vraiment faire. Il suffit de courir les établissements et les réunions d’enseignants pour s’en rendre compte. Peu nombreux sont les personnels qui portent l’image d’un collectif établissement. Quand on lit les commentaires sur la mise en place du B2i dans les établissements, on s’en aperçoit aisément, même si parfois tout cela est entouré de propos convenus et politiquement correct.

Pour sortir du politiquement correct, justement, il faut peut-être aller jusqu’à dire que aussi « mal foutu » soit le B2i, le sabotage général de l’intégration des TIC dans le milieu scolaire, est en train de le faire disparaître. Malheureusement il risque d’entraîner avec lui bien d’autres choses. A l’instar de l’éducation aux médias dont le rapport présenté par le café pédagogique montre que l’on est encore loin du compte, un jour on lira peut-être que l’école est passée aussi bien à coté des TIC qu’à coté des médias.

Ce billet est un appel à la réflexion. Une réflexion qui sortirait des règles habituelles du débat dans lequel chacun défend son idéologie avant de poser les questions de fond. Car il ne s’agit pas seulement du B2i et des TIC. Il s’agit plus généralement de la relation que l’école et plus généralement le système scolaire avec son environnement. La sortie de crise risquerait alors de venir d’une libéralisation totale du système, cachée par une fausse décentralisation. Il suffit de comparer les régions, les départements, les communes entre eux pour observer ce phénomène. En matière de TIC les initiatives sont très diverses, elles pourraient s’accentuer. Du coup les enseignants auraient d’autres interlocuteurs, peut-être seraient-ils plus « libres », peut-être le seraient-ils moins.

Le B2i est probablement le dernier rempart pour une véritable « politique » originale des TIC. Le saborder pourrait le faire rompre et amener les politiques à ne penser qu’en terme de fondamentaux : lire écrire compter…car après tout, il n’y a pas besoin de former et d’évaluer les TIC à l’école, puisque les enseignants se battent contre…On aurait alors un retour du discours qui a prévalu entre 1985 et 2000 : moyens, formation contenus, mais surtout pas action dans les classes…

A débattre bien sur…

BD

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