Questions et perspectives TICE 2008

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Les fins d’années et les débuts de nouvelles sont propices aux points d’étapes. Devant la variété des questions qui se posent, force est de sélectionner pour proposer quelques faits saillants ou perçus comme tels.

Avant de parler TIC ou TICE, il faut rappeler que tout cela n’est pas grand chose en regard de l’instabilité de la vie en société remise en question chaque jour en tous lieux de la planète. Comment ne pas trembler d’inquiétude face à ces nouveaux foyers de violence qui s’ajoutent à ceux existants dont on parle déjà moins, parce qu’on s’y est habitué ? Deux écueils nous guettent l’indifférence, caractérisée par un repli, la violence caractérisée par l’intolérance et l’extrèmisme. Entre les deux il reste de la place pour oeuvrer au bien commun, encore faut-il le vouloir !

Et pourtant les évolutions technologiques se poursuivent. Des laboratoires de recherches au étals des grandes surfaces et enfin à domicile (et parfois à l’école) elles poursuivent leur développement en devenant omniprésentes, embarquées, collées à notre quotidien. Le journaliste Michel Alberganti (http://www.smallbrothers.org/) a tenté de nous alerté au cours de cette année à propos des puces RFID. Encore trop loin de nos préoccupations quotidiennes peuplées de portables (iPhone… Eeee PC) dont on ne dira plus à la fin de l’année si ce sont des ordinateurs ou des téléphones, portable suffira probablement… On pourra alors penser au morceau de sparadrap mythique sur le doigt du capitaine Haddock dans L’affaire Tournesol publié en 1954… pour imaginer comment s’en défaire de cette surveillance constante, de cette omniprésence. Et pourtant ces évolutions rencontrent toujours plus de succès portées par un discours médiatique qui embarque avec lui les fantasmes et fait ainsi adhérer au mythe sans autre choix que de s’y soumettre inconsciemment, au lieu d’en faire un véritable objet de choix. Et si c’était ça la question de 2008 : aurons nous encore le droit (la force) de choisir ?

Voici en tout cas quelques autres questions qui peuvent agiter notre année dans ce domaine

– Coté lecture, quelle place va prendre le livre compte tenu de quelques récentes évolutions ? L’arrivée du Kindle chez Amazon http://www.amazon.com/Kindle-Amazons-Wireless-Reading-Device/dp/B000FI73MA et le développement de sites d’autopublication comme http://www.lulu.com/fr/ ne marquent-ils pas enfin le basculement du livre dans les mêmes affres que celui de la production phonographique et audiovisuelle ? Probablement pas à court terme. Le livre électronique n’est pas encore là, quoique… Et pourtant cela fait de nombreuses années que l’idée perdure et qu’elle retrouve de la vivacité. Rappelons nous les premiers cartables électroniques tant vantés par nos éditeurs et qui contenaient nos livres de classe… dans un ordinateur ou quelque chose d’approchant. Que sont ils devenus ? L’impression de livres à l’unité peut nous laisser rêver à des librairies nouveau style qui proposerait un gigantesque catalogue dont elles nous imprimeraient un exemplaire à la demande en quelques minutes. Finis les invendus, finis les épuisés, version papier, version électronique, au choix. Autrement dit un modèle économique à revisiter. Du coté des auteurs et surtout de la distribution pour l’instant les traditions perdurent, mais pour combien de temps encore, compte tenu de la montée en puissance soutenue de la vente en ligne. Il reste évidemment le plaisir de feuilleter les livres et de sentir cette odeur mélée de papier et d’encre !!! mais pour combien de temps encore… surtout si les formes de lectures évoluent sous l’effet des pratiques d’écran.

– La montée en puissance de la vidéo Le développement de sites de vidéo gratuites en ligne a démontré qu’il y avait là une véritable source d’informations désormais affranchie des grands médias. Certes les grands médias de masses l’ont tous adoptée (regardez l’évolution des sites du journal Le Monde ou encore de l’Equipe) et intégrée. Mais il y a de la concurrence. Les réseaux sociaux, les vidéosblogs, les sites de partage ou encore d’information montent en puissante. Les « cercles d’amateurs » pour reprendre l’expression de Bernard Stiegler vont probablement prendre de l’importance. Les caméscope restent encore des achats marginaux. Mais les films (courts) que nos appareils photos numériques nous autorisent vont-ils donner naissance à une nouvelle culture vidéo. Pour l’instant il s’agit surtout de consommation. Les productions sont marginales ou marginalisées (cf les vidéos sur portable du happy slapping), cela durera-t-il ? Le langage de l’image animée est encore trop loin des pratiques quotidiennes. Le réflexe film est encore dans les limbes. Pourra-t-il dépasser ce niveau et devenir une pratique sociale partagée ?

– Le web 2.0 existe-t-il vraiment ? Cette année a vu la maturité de l’expression web 2.0. Mais existe-t-il vraiment ou est-il le nouvel habillage du web tel qu’on la connu depuis le milieu des années 90 ? En effet on s’étonne de voir ces propos qui parlent de nouveautés pour des pratiques qui sont connues depuis longtemps (forums, sites web, mail etc…). Si en fait fondamentalement les choses ont peu changé, c’est surtout l’accès à ces possibilités qui s’est multiplié. Le phénomène blog a gagné en crédibilité, ce sont désormais les communautés ou réseaux sociaux en ligne qui tiennent le haut du pavé. Cependant là encore quoi de réellement neuf ? Si ce n’est la démocratisation (relative des pratiques). Objet valise, le web 2.0 porte les fantasmes qui portaient déjà le web à son origine. Il faudra laisser passer quelques temps pour se rendre compte de la socialisation réelle des pratiques des TIC, quand les parleurs en auront fini…

– Inscription mémoire trace et espace temps

Cette année a été aussi celle de la question de la surinformation. L’émergence de la question de l’indexation du web étouffe la question de la numérisation des bibliothèques. Devant la masse d’information et la multiplication des sources le problèmes de la recherche d’information redevient au premier rang des préoccupations. Google est dépassé… lui qui a fait sa gloire de la qualité de ses réponses est aujourd’hui affaibli par la quantité incroyablement importante d’informations nouvelles produites à chaque instant. Tim Berner Lee (on aime convoquer les illustres anciens dans ces cas là) parle doctement du web 3.0 (La Recherche Novembre 2007) et les laboratoires foncent sur la question des ontologies. Autrement dit la question devient cruciale pour celui qui pense utiliser réellement le web pour y trouver tous les savoirs du monde (?) C’est Michel Serres qui en parlant de la mémoire à l’instar d’autres chercheurs qui met en évidence cette question de la mémoire et de son devenir en tant que fonction humaine. Si l’on considère que la mémoire c’est une « inscription » qui transforme un savoir en connaissance, il devient intéressant de s’intéresser à toutes les traces matérielles ou non du savoir. En effet devant le temps qui passe et les souvenirs qui s’accumulent, peut-on encore se passer d’inscrire nos connaissances en dehors de nous même (sur un disque dur par exemple) ? On arrêterait ainsi le temps, facteur d’oubli par la spatialisation de notre mémoire, c’est à dire son inscription sur un support durable… Mais une fois inscrit, comme mobiliser ce que nous avons mis dans nos mémoires de manière rapide et efficace ? C’est là que la question de l’indexation de l’organisation, de la structuration de l’espace personne de connaissance devient une urgence… à résoudre. Et il ne suffira pas de quelques cartes conceptuelles ou schémas heuristiques pour nous faire croire à la solution miracle…

– Du coté du système éducatif Pris dans les troubles liés à des changements politiques les TIC ont été mises de coté depuis les dernières élection
s. Signe des temps ou simple pause ? L’année 2008 devrait nous donner des éléments concrets. Rythme lent adopté de manière résignée, le développement des TIC, malgré les contraintes ministérielles, n’ira probablement pas plus vite. Les urgences sont ailleurs.

– Le B2i en question ? Le grand débat de ce printemps sera le B2i. Amorcé à l’automne le questionnement est venu de l’intégration du B2i dans le brevet. On risque d’assister à un spectacle fort intéressant qui permettra de savoir comment le Politique envisage le rôle du système scolaire pour développer une culture des TIC. Sans préjuger des heures, et des heurts, à venir, il y a fort à parier que la vague du retour en arrière risque aussi de toucher ce domaine. Le système éducatif est sur la défensive en ce moment. Il hésite, comme si le grand débat n’avait pas eu lieu, comme si il suffisait de revisiter un passé mythifié, comme si il suffisait de fustiger tous ceux et celles qui ont cherché à innover.

– Les ENT.. et plus si affinité Et pendant ce temps là les ENT se développent. D’abord sagement sur le plan administratif. Puis petit à petit le pédagogique d’insère, on donne les notes, les absences puis le cahier de texte et bientôt… ET voilà qu’arrive la vague de la mise en ligne des cours. Non elle ne vient pas d’en haut ! elle vient des acteurs eux-mêmes qui expérimentent localement de nouvelles relations avec les élèves (surtout en lycée mais pas exclusivement) et qui envisagent désormais de dépasser le temps du face à face et d’explorer les potentialités observées dans les pratiques quotidiennes des jeunes et des adultes qui y ont gouté. Il y a là un formidable gisement d’initiatives qui ne demande qu’à être encouragé, si toutefois certains ne s’emploient pas à étouffer ces pratiques sous prétexte de sécurité de filtre et de contrôle…. ce qui ferait à nouveau de l’école ce lieu « étranger » aux TIC.

A suivre, à observer, à analyser… on a une année pour ça

BD

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