Gérard Berry : pourquoi et comment le monde devient numérique ?

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La leçon inaugurale prononcée par Gérard Berry le 17 janvier 2008 pour sa chaire d’innovation technologique est particulièrement riche et intéressante pour comprendre en quoi l’informatique est une science et comment elle est très proche des autres sciences avec lesquelles elle est largement imbriquée (en particulier les mathématiques).

Dans sa conclusion, Gérard Berry dis qu’il ne faut pas enseigner l’ordinateur à l’école, mais l’informatique. Et en disant cela il illustre son propos par l’algorithmique à propos de l’usage des opérations mathématiques utilisées par l’informatique pour traiter les images ou les sons. En d’autres termes et de manière probablement très raccourcie au regard du message qu’il semble vouloir faire passer, G. Berry nous explique qu’il ne faut pas avoir peur de faire appel à l’informatique chaque fois qu’elle interagit avec les contenus des enseignements et que certaines fois il serait surement intéressant de partir même de l’informatique pour montrer comment elle peut s’appliquer à divers domaines.

Car c’est là que la conférence de G Berry nous interroge : l’informatique a une existence propre (la conception des circuits et des programmes) mais il est surtout un vecteur applicatif, c’est à dire un moyen de transposer du réel en numérique (exemple des opération arithmétiques pour modifier les sons et les images). Or c’est par ce vecteur applicatif c’est à dire par la mise en action contextualisée des savoirs de la science informatique qu’il conviendrait d’entrer. En quelque sorte il y a une continuité entre les applications de l’informatique dans le monde réel, les savoirs enseignés et la science informatique et qu’il convient d’en désigner le chemin. Du coup pour introduire l’informatique à l’école autant s’emparer des lieux où elle est déjà présente.

Je dois dire que cette conférence me fait beaucoup réfléchir par rapport aux approches actuelles et aux débats en cours. En tirant du coté de la science G Berry vient nous alerter sur le déficit de prise en compte de la scientificité de l’informatique. Sa critique porterait donc sur les deux positions que son la technologisation et l’usage. La première qui serait notablement insuffisante pour les besoins du futur et la deuxième qui serait inutile compte tenu de l’évolution actuelle de l’accessibilité et de l’acceptabilité des usages de l’informatique par les élèves.

Je pense que sa position mérite d’être questionnée sur plusieurs aspects :

le premier concerne l’acceptabilité sociale des TIC qu’il balaie à mon avis d’autant plus vite qu’il n’envisage pas les STIC sous leur aspect intégré à la vie de tous les jours. Autrement dit la vision scientifique de l’informatique l’empêche d’envisager son impact au delà des machines.

Le deuxième est qu’il ne pose pas fondamentalement la question du cursus d’enseignement en informatique (et d’ailleurs il ne le revendique pas et ce n’est pas l’objet de son travail). Cependant si l’informatique est une science l’éducation en est une autre, tout comme la psychologie et la sociologie (tout au moins selon la nomenclature des disciplines de l’université). Or la notion de curriculum est essentielle pour envisager le développement d’un enseignement dans sa globalité. Il faudrait donc que les interrogations justes qu’il pose soient analysées et resituées dans le cadre plus vaste de la définition des apprentissages scolaires. On perçoit aisément que la dimension scientifique qu’il évoque l’invite à questionner les mathématiques et la physique en premier lieu comme lieux dans lesquels la présence de l’informatique doit être explicitement identifiée (ce qui semble progressivement être en cours)

Le troisième aspect qu’il faut interroger c’est celui de l’invisibilité de l’informatique énoncé comme un problème et dont on souhaite qu’elle soit enseignée. Autrement dit, que signifie enseigner quelque chose d’invisible ? Il y a là un objet de travail passionnant sur un plan éducatif, mais aussi sur un plan épistémologique et anthropologique.

G Berry nous ouvre des portes pour réfléchir, souhaitons qu’elles restent ouverte, il évoque sa seule contrainte au collège de france : la liberté, espéraons qu’il la gardera au delà des pressions qui ne vont pas manquer de s’exercer autour de ses réflexions, pressions qui risquent de précéder le questionnement le débt et la réflexion scientifique. Malheureusement c’est dans l’air du temps…

A écouter (disponible à cette adresse http://www.college-de-france.fr/default/EN/all/inn_tec/ ) et ensuite à débattre

BD .

3 Commentaires

    • Jean-Pierre Archambault sur 16 février 2008 à 12:35
    • Répondre

    Pour information :

    L’EPI a rencontré Gérard Berry le 13-02-2008. Jean-Pierre Archambault et Jacques Baudé ont rencontré le 13 février, pour l’EPI, Gérard Berry, informaticien, membre de l’Académie des Sciences, et récent titulaire de la chaire d’Innovation technologique – Liliane Bettencourt au Collège de France. Ils lui ont exposé les actions de l’association pour une discipline "informatique et TIC" en tant que telle au lycée, complémentaire des utilisations pédagogiques de l’informatique dans les autres matières enseignées. La rencontre a notamment porté sur le contenu de cette discipline. Gérard Berry se montre très préoccupé par « l’immobilisme » du système éducatif en matière d’enseignement de l’informatique. Nous avons pu constater la convergence de nos analyses et sommes convenus de rester en contact afin d’unir nos efforts pour faire aboutir ce dossier de l’enseignement de l’informatique dans l’enseignement scolaire. Voir par ailleurs la vidéo de la leçon inaugurale de Gérard Berry au Collège de France le 17 janvier 2008 :
    http://www.college-de-france.fr/...
    (Epi/14-02-08)

    Voir le dossier "enseignement de l’informatique"
    http://www.epi.asso.fr/blocnote/...

    • Abdou Diaw sur 25 août 2015 à 12:40
    • Répondre

    Je vous suis avec beaucoup d’intérêt en tant qu’inspecteur de l’enseignement élémentaire. Abdou Diaw INEADE/MEN/SENEGAL

    • Abdou Diaw sur 25 août 2015 à 12:50
    • Répondre

    Adepte de la didactique des maths, je crois à l’avenir de TICE malgré mes limites en informatique parce qu’appartenant à une époque (55ans) autre que celle de la génération du numérique. J’aimerais bien collaborer avec vous pour l’introduction de l’informatique dans nos curricula au Sénégal. Toutefois, un renforcement de mes capacités dans ce domaine me permettrait d’être parmi vos auxiliaire et de vous représenter au Sénégal.
    Cordialement.

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