Le devenir des certifications, le cas du B2i

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Jack Lang n’a pas du imaginer ce que la création du B2i en 2000 aménerait comme questionnements, tant cette première note de service semblait anodine. Et pourtant, 8 années plus tard, force est de reconnaître qu’il a fait parlé de lui… et ce n’est pas terminé.
L’introduction des « certifications des compétences » dans le domaine scolaire a commencé à sonner le glas des sempiternels bulletin de note dont la résistance à toutes les attaques fera sourire probablement dans cinquante ans. Cependant, on repère de plus en plus clairement que la question de l’évaluation et de sa certification est centrale dans un système éducatif aveugle de ses performances comme le nôtre.
Reprenons quelques éléments d’histoire du B2i pour comprendre  les enjeux. Dès mars 2001 l’inspection générale mettait en évidence plusieurs points : l’importance des relais institutionnels pour la mise en oeuvre d’un texte officiel, la nécessité d’être coercitif pour favoriser la mise en place du B2i, la difficulté des enseignants et des établissements à sortir de leur territoire disciplinaire.
En 2008 le B2i devrait être obligatoire pour obtenir le brevet des collèges. Réalisant le voeux de l’inspection générale (en 2001) le ministère à ouvert une brèche dans les systèmes de diplomation et de certification. Or que voit-on ? des équipes qui s’empressent de valider (ce qu’ils n’avaient pas fait jusqu’à présent) des items, voire même des chefs d’établissements qui valident à tour de bras sans preuve cotoient des équipes enseignantes qui ont organisé véritablement des enseignements intégrés des compétences B2i et les ont validées « réellement ».
La lecture de nombreux messages sur le sujet (je collecte tous les messages sur ce sujet dans certaines listes de discussion depuis 2000) montre que l’édifice est fragile. En effet certificat de compétences (voire aussi pour le niveau A2 en langue) et examen diplomants ne font pas bon ménage. Le ministère a aussi partiellement embrayé le pas en déclarant que l’on pourra certifier en jury de brevet (diplome) des B2i (certificat de compétences) qui n’auraient pas été attribués dans les établissements. Et pourtant le texte initial disait qu’il faut le B2i pour pouvoir prétendre au brevet.
Certificat contre diplôme qui va gagner. Au détour de quelques lignes du rapport Legendre sur le baccalauréat, on peut retrouver le même dilemme à propose des mêmes certifications. En fait les enseignants et leur hiérarchie (nous quoi !) sommes bien embarrassés, car nous sommes au milieu du gué et n’osons faire le pas pour passer de l’autre coté ou revenir en arrière. On sent bien que ce basculement est en cours. Les critiques, déjà anciennes, mais médiatisées de manière récurrente, de la relativité des corrections de copies sont là pour faire avancer les choses vers les certifications. Mais la lourdeur (relative) de mise en place des démarches de certification va dans l’autre sens. Il suffit d’observer les formateurs des IUFM (censés être particulièrement compétents dans ces domaines) dans la mise en place du C2i métiers de l’enseignement pour comprendre les réticences de fond.
En fait, si corriger une copie est un des aspects les plus rebutant du métier d’enseignant (regardez le dimanche soir quand le paquet de copie est encore sur le coin de la table de travail), évaluer des compétences au travers des activités conçues et mises en oeuvre en classe suppose des renversements pédagogiques plus profonds : on ne voudrait pas attester des compétences que l’on a pas duement vérifiées (ce qui est tout à l’honneur des évaluateurs). Cependant a-t-on la même exigence quand vers 23h30, le dimanche soir on termine son troisième paquet de copie, sur le contenu de ce que l’on a évalué.
Le B2i a ouvert la boite à évaluer, et elle n’est par prête de se refermer. La lutte fondamentale qui se fait autour d’elle est symbolisée par les nombreux attermoiements, fussent-ils ministériels, sur la qualité de l’évaluation. Un rapport de l’IGEN de 2005 sur les acquis des élèves devrait être réactualisé (tout comme celui sur les livrets de compétence de septembre 2007) et mis en lecture pour tous plutôt que de laisser les médias s’emparer du sujet n’importe comment (c’est à dire le plus souvent, mais pas toujours, en subissant les assauts des lobby). Si chaque enseignant professionnel souhaite oeuvrer au bien commun et en particulier à celui des élèves qui lui sont confiés, il ne pourra pas faire l’économie de cette réflexion sur la valeur des diplomes (à commencer par les siens) et sur la qualité des certifications de compétences qu’il pourra être amené à délivrer pour ses élèves.
Si Jack Lang avait su… il n’aurait peut-être pas inventé le B2i….
A débattre
BD

3 Commentaires

    • Daniel VILLA VEGA sur 30 juin 2008 à 08:43
    • Répondre

    Ce discours pour aller vers la supression du « à telle heure, tel jour, je dois savoir ça » par « pour continuer mon apprentissage, il est impératif que je sache ça maintenant, dans mon parcours de formation » (un peu réducteur, j’en conviens !) me rappelle un projet que j’ai eu l’honneur et le plaisir de coordonner à la fin des années 80 et qui pouvait se résumer en quelques points : toutes les acquisitions au collège (c’était en effet prévu dans un collège qui devait ouvrir à la rentrée 1988) se feront par « unités capitalisables » ( les UV de la fac) et quelques autres points  » de détail de l’histoire » (tuteurs, 30′ de présence obligatoire avant le premier cours prévu à 8h30, utilisation de l’ensemble de l’espace de l’établissement et pas seulement des salles de classe,…).
    Je garde le souvenir de deux moments-clefs : quand ce choix des UV a été validé, il y a eu quelques émotions tout à fait sincères chez des enseignants (pas chez le cuisinier. Lui quand il ne sait pas faire, le retour des assiettes est une formidable validation !) qui prenaient conscience qu’ils venaient quelque part de perdre une de leur protection : la note chiffrée attribuée à tous au même instant.
    Mais dans les semaines qui ont suivi, les mêmes se jetaient avec délectation dans un jeu de rôle, formateur dans l’instant comme à moyen ou long terme, où chacun pesait, comparait, hiérarchisait, confrontait, ce qui semblait indispensable à nos chères têtes (blondes, crépus, à nattes,etc) pour leur parcours de formation et dans quel ordre il était interessant de le proposer aux élèves, voire toutes les combinaisons possibles d’inversion ou de remédiation.
    Bon, l’administration a dit « niet » en se réfugiant derrière la légalité républicaine : « Non », nous avait confirmé notre Inspecteur d’Académie, »vous ne pouvez demander une mutation d’équipe et de plus vous ne pourriez avoir les 3 ou 4 postes supplémentaires nécessaires pour le suivi des différents niveaux d’acquisition. »
    Comme l’équipe (qui allait du principal aux atoss) comprenait aussi des parents, les arguments nécessaire à faire accepter la non-notation par les familles étaient plus aisés à préparer. Le « 12/20 » remplacé par « l’essentiel de l’item est acquis mais un ou deux exercices complémentaires seront nécessaires, et à valider, pour que le cursus se poursuive dans la matière » pouvait voir le jour plus aisément.
    Je retiens de cette expérience que les réticences à la suppression de la note étaient fortes, bien plus dans les familles déjà bien formatées que chez les enseignants.
    Pour valoir ce que de droit.
    daniel

  1. Bonjour,
    le B2i n’a pas été validé pour mon fils, il a eu pratiquement 13 de moyenne au brevet… Le mode opératoire du B2i n’a pas du tout été respecté dans son collège, le jury départemental du diplôme national du brevet n’a pas eu connaissance des fiches de positionnement du B2i alors que cela est obligatoire, cependant il a tout de même déclaré « Admis » les enfants dont le dossier était correct. Le jury est souverain…l’inspection académique est « repassée » derrière et a annulé les candidats déclarés « Admis » par ce même jury ! ! ! Tout cela me semble invraisemblable, merci de me donner vos avis.
    Quentin

  2. En réponse à Quentin quelques éléments :
    Un texte officiel permet cela : si l’élève n’a pas été mis dans les conditions lui permettant d’obtenir le B2I, le jury peut lui donner le brevet et lui valider le B2i. S’il s’agit d’une carence administrative, il ne tiendra pas compte du B2i. Or c’est le cas pour votre fils.
    Mon commentaire est que l’objectif du ministère qui était d’imposer le B2i en l’incluant dans le brevet n’atteint pas plus facilement le résultat escompté que sans l’inclure dans le brevet. La question de fond est « la responsabilité éducative, pédagogique et professionnelle » des équipes enseignantes et de leur encadrement. Il me semble que, si l’on prend vos informations, il y a faute professionnelle au sens nommé dans la compétence 1 du référentiel du métier d’enseignant : « agir en fonctionnaire de l’état ». Cependant vu le nombre de ces fautes, et l’absence de sanctions à ce jour, on peut penser qu’il y a encore une marge de progression importante….
    On ne peut qu’être en colère face à ce cas. On ne peut qu’être déçu. On ne peut qu’avoir envie de poursuivre ce travail d’intégration des TIC, tant les besoins sont immenses….
    Voilà ce que cela m’inspire à chaud.
    Je serai heureux de lire d’autres témoignages
    Bruno Devauchelle

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