Parallèle ou séquentiel, qui suis-je ?

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Quand je suis devant mon écran d’ordinateur je mets en route plusieurs logiciels simultanément et zappe rapidement de l’un à l’autre. Banal me direz vous. Pas tant que ça si l’on regarde la jeune histoire des TIC. On a trop vite oublié l’arrivée du multitache (faux, puis vrai, mais les avis divergent) sur les ordinateurs individuels familiaux. Qui se rappelle encore du monotache/monomachine/monologiciel ?
Quand je suis devant la télé je peux zapper rapidement d’une chaine à l’autre et le nombre de ces chaînes peut être impressionnant. Mais oublie-t-on que cette possibilité n’est disponible pour le grand public que récemment (rappelons nous la création de la 2è chaîne en France…). Qui se rappelle encore la télévision qui ne permettait de voir qu’une seule chaîne et seulement sur certains créneaux horaires ?
Pourquoi rappeler cela ? Non pas pour rappeler « le bon vieux temps » et jouer aux « anciens combattants ». En l’occurrence il n’y a pas de bon vieux temps que ce soit pour la télévision ou pour l’informatique, mais une évolution continue des possibles, et aussi des impossibles. Mais plutôt pour rappeller que la notion de parallélisme des processus mentaux se trouve confrontée à celle de séquentialité de la conscience. La machine nous renvoie désormais la possibilité de ce parallélisme permanent et nous fait croire à notre capacité de parallèlisme. L’étude des phénomène de mémoire et d’attention doit nous amener à distinguer conscient et inconscient en matière de traitement. Le traitement conscient du cerveau vise à focaliser « l’énergie » sur une seule activité qui, même si elle est constamment en concurrence avec d’autres, reste dominante sur les autres tant qu’une autre ne prend le dessus. Devant l’écran c’est la confrontation entre ce fonctionnement et celui de la machine qui nous invite à parler de parallélisme, or il n’en est rien, il y a bien une lutte d’influence qui amène à « choisir » ou à « subir un choix ».
Les jeunes nés avec ces technologies n’échappent pas à ce fonctionnement. Cependant il semble à beaucoup d’observateurs que la possibilité de « zapper », autrement dit de passer d’un processus à un autre très rapidement, était devenue « ordinaire » alors qu’elle était exceptionnelle auparavant. C’est ce qui incite à dire que la faculté d’attention a diminué. Une observation un peu fine de jeunes « passionnés » par une tâche montre qu’il n’en est rien et que la faculté d’attention sur un sujet de manière constante et durable n’est pas liée à la capacité « parallèle » de l’environnement ( l’écran en étant le représentant le plus remarqué), mais à la capacité du sujet à donner des priorités à son attention. Les modes de vie contemporains s’appuient sur un rapport au temps et à l’espace qui est modifié. L’instantanéité, la vitesse, la proximité, l’ubiquité sont des éléments du quotidien qui ne cessent de se développer au coeur même des modes de vie. Regardons simplement la mère qui, venant de coucher ses enfants utilise un système électronique pour « être en même temps » dans la chambre des enfants et dans son cadre d’activité du moment. Ne parlons pas des systèmes de webcam qui permettent de voir aussi bien la gardienne des enfants que les enfants eux-mêmes. Regardons aussi la place prise par les technologies mobiles dans le rapport qu’entretient le travailleur avec son entreprise (le livreur ou le commercial, par exemple).
Le cadre de vie actuel promeut l’idée d’une très grande mobilité mentale et attentionnelle. Malheureusement tous les contextes ne l’intègrent pas de la même manière. L’école se trouve, dans ce domaine particulièrement en décalage tant par ses finalités que par son organisation. On comprend beaucoup mieux ainsi les mauvaises surprises des enseignants face à certains groupes d’élèves dont le rapport au temps et à l’espace n’est pas celui de l’école (cf ce jeune qui paye ses camarades pour continuer à jouer en ligne à sa place pendant qu’il fait ses devoirs en classe). On comprend aussi que la réussite scolaire passe encore par cette capacité à fixer son attention (ce qui n’a pas changé depuis longtempts) et que celle-ci se trouve renforcée actuellement du fait de la multiplicité des sollicitations de l’environnement.
Faire de la capacité d’attention durable un des facteurs de réussite scolaire peut sembler une banalité, mais ne pas le rappeler c’est faire croire à une école égalitaire par nature. Les interrogations de l’école sur cette capacité qui serait en diminution révèle son importance. En faire un modèle universel de l’apprentissage est risqué, de la réussite scolaire un peu moins. Faire croire que les jeunes n’ont plus cette capacité est aussi une illusion. Ce sont les objets d’attention qui ont changé de nature. Encore faut-il que l’école les identifie et qu’elle sache les mettre en oeuvre de manière pertinente au lieu de tenter de s’arcbouter sur ce qui « marchait dans le temps’, ce fameux temps dans lequel on excluait déjà ceux qui ne montraient pas cette capacité et dont on disait qu’ils étaient des manuels… Il suffisait de les retrouver plusieurs années après dans leur travail pour se rendre compte qu’ils avaient bien cette capacité, mais que l’école était incapable de leur permettre de la metre en évidence.
Les TIC ne sont pas à l’origine de tous les maux actuels, l’école n’est pas le lieu de tous les remèdes, et pourtant les jeunes demandent à l’école de leur permettre d’intégrer mieux les TIC.
A débattre
BD

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