Quelle différence entre expérience et expérimentation ?

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Dans un billet précédent, j’ai avancé l’idée de revaloriser la notion d’expérience dans le développement de la professionnalité des enseignants dans l’intégration des TIC. Il me semble important de revenir sur ce terme pour en préciser le sens et pour en souligner la force argumentaire et opérationnelle.
 
L’expérience n’est pas l’expérimentation. En effet toute expérimentation s’appuie sur une intentionnalité structurée de mener des expériences (au sens scientifique du terme) dans un protocole établi et analysé. L’expérience se situe au croisement de deux logiques : l’art de faire, l’enrichissement du patrimoine actionnel. L’art de faire, comme le montre Michel de Certeau, se trouve dans l’habileté humaine à faire face. L’être humain se trouve confronté à l’expérience dans son quotidien et doit tenter en permanence de résoudre les « énigmes » qui lui sont imposées. C’est dans « l’accumulation » de ces expériences que se construit l’expérience, et donc, d’une certaine manière la compétence. 
Dans les années 80 la question de la gestion des connaissances dans le monde professionnel et en particulier de l’enrichissement, le stockage et la diffusion, de ces connaissances en particulier dans les systèmes experts a mis en évidence la richesse de l’expérience mais aussi la difficulté à la mettre en évidence. Ainsi de nombreuses connaissances implicites sont enfouies, issues de l’expérience, et disparaissent. La problématique de la valorisation des connaissances implicites émerge avec les notions de société de la connaissance, d’intelligence collective etc. Au delà de la critique idéologique de la notion d’expérience (Lucie Tanguy) et de son utilisation en contexte éducatif, on peut être étonné de l’absence de valorisation de cette expérience dans le monde enseignant au profit de l’innovation et plus récemment des bonnes pratiques, qui ne sont autre chose que des expériences auxquelles ont donne un statut particulier qui disqualifie toutes les autres. Le terme « pratique » est retenu plutôt que celui « d’expérience » ce qui peut être questionné. 
Ainsi donc le terme expérience ne serait pas compatible avec une idée de rationnalité efficace qui serait celle de la professionnalité. L’expérience releverait de l’hésitation, de l’incertitude, du tatonnement, et serait ainsi peu compatible avec une tendance générale à la « qualité » qui s’installe dans le paysage scolaire.
 
L’usage des TIC dans la classe est souvent considéré comme « déstabilisant » par de nombreux enseignants, surtout lorsque ce sont les élèves qui sont amenés à les utiliser (et pas seulement l’enseignant). Le droit à l’expérience dans ce domaine est très peu intégré par les enseignants. On peut même observer que si dans d’autres cas ils s’autorisent à l’expérience, dans le domaine des TIC cela se fait moins. Le déploiement des TIC dans un établissement s’appuie effectivement sur un ensemble de procédure et de règles qui souvent s’accompagnent d’une question, imaginaire ou réelle de pouvoir. Or, au delà de l’accès aux machines, c’est le cadre de cet accès qui défavorise toute expérience. La notion de salle informatique, en dehors de l’enseignement professionnel et technique, est un des premiers freins à l’expérience. L’improvisation, l’adaptation, le changement, sont l’apanage de la pratique d’expérience, surtout quand elle est débutante. Or l’ordre normé qu’impose la salle informatique, ses règles d’usages et les contraintes variées imposées dans le système interdisent par avance toute expérience. Les enseignants qui ont la chance d’avoir un ou plusieurs ordinateurs dans leur salle (techno, documentation, physique, svt…) en même temps que d’autres moyens sont beaucoup plus à l’aise avec ces expériences. D’abord parce que l’on est pas visible des autres, mais aussi parce qu’on peut accepter l’erreur comme source de progrès ce qu’il est difficile de faire lorsque l’on utilise du matériel partagé et dans des lieux et temps contraints.
 
Libérer l’expérience, le potentiel d’expérience, devrait être le slogan pour tous les établissements qui veulent favoriser l’intégration des TIC dans les pratiques pédagogique. Au delà de l’établissement c’est auss l’inspection qui est interrogé sur ses modes d’intervention et sur les normes qu’elle impose. Comme l’inspection accueille-t-elle l’expérience ? Les élèves comme les enseignants savent bien qu’apprendre c’est tatonner. Essayez donc de vous y retrouver dans un univers dans lequel vous ne voyez rien ? Seule l’expérience vous permettra d’abord de vous construire des représentations de l’univers dans lequel vous vous déplacé, seule l’expérience vous permettra de vous affranchir de votre cécité en vous permettant, pas cumul d’expériences, de vous y retrouver sans voir…
 
A suivre
 
BD

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