ouvrir des espaces d'initiative…

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L’observation de la réticence des enseignants à adopter les changements, voire les réformes (?) qui leur sont imposées ou proposées pose question. Comment se construit un tel sentiment de trop plein qui conduit à ces réticences ?  Et quand elles  ne sont pas imposées, comme le B2i ou les IDD désormais, on ne peut que noter une presqu’indifférence de la grande majorité.
La lecture des instructions officielles au cours de ces vingt dernières années confirme le trop plein : regardons au collège pour nous rendre compte de la gestion du temps, et en premier lieu celle de l’élève, et ensuite celle des enseignants, qui ne se résume évidemment pas aux seules 18 heures devant élèves… Paradoxalement, dès que l’on touche à cet ordonnancement pour donner de l’espace de respiration, promptement, chaque discipline se sentant menacée monte au créneau pour « défendre sa place ». L’un des sommets a été atteint avec la réforme du lycée à l’automne 2009. Non contents de résister, il voulaient même en rajouter d’autres… Et quand on entend le chargé de la réforme du lycée évoquer les 35h tout compris pour les élèves, on croit rêver.
Ainsi il faut remplir tout !!! Ajoutons, ajoutons, il en restera toujours quelque chose pense-t-on. Et ensuite de déplorer les difficultés et le niveau d’élève auxquels d’aucuns ne laissent pas d’espace de respiration… la nature a horreur du vide. Quand, jeune enseignant en 1980, j’avais les classes de terminal G (STG depuis) qui me sisaient avoir 39 heures de cours par semaine, je déplorais déjà cette surcharge, au point que je fais prendre moi même à cette peur du vide, cette peur du rien….
Et pourtant quand on regarde des jeunes en activité on comprend combien il est nécessaire de ménager ces espaces de respiration qui permettent de travailler autrement, de se détendre autremement, bref d’aller à « son rythme » et non pas au rythme du monde scolaire, infernal système sans fin… De même quand on les regarde devant l’ordinateur seuls ou en groupe mener des projets, réaliser des productions etc… on s’aperçoit que cette boulime transmissive de l’école est à l’opposé d’un nécessaire équilibre au sein même de la vie d’apprenant.
Du coté des enseignants aussi. L’impression est parfois que certains sont tentés de se « déabrasser » de leur obligation de cours, d’enseignement pour s’éloigner aussitôt du monde scolaire, à l’instar des élèves avec lesquels, pourtant, il est formidable de partager de temps de projets, de vie partagée, d’enthousiasme et de réflexions… Il m’arrive souvent de m’asseoir à coté des enseignants devant l’ordinateur dans les formations pour partager ce temps d’apprentissage, d’appropriation avec eux. Parfois redevenus aussi élèves, ils sont nombreux à montrer combien ils souhaitent respirer, et la formation en est souvent l’occasion, surtout lorsqu’elle est construite en se basant sur leurs rythmes d’apprentissages.
Alors pourquoi sont-ils si accrochés à leur trop plein ? Parce qu’il les protège ? Parce qu’ils n’ont pas l’impression de pouvoir faire autrement ? Parce que les autorités ne voient pas d’autre manière de faire ?
Et c’est là qu’il me semble qu’il faut lancer aux autorités un appel à du « libre espace d’apprenance » dans l’école. Laissez donc du temps aux enseignants, du temps aux élèves. Proposez leur le choix du projet, le choix du trajet, interdisez les bachotage, renforcement et autres soutiens pendant ces temps libérés. Car finalement, à l’école nous désapprenons la gestion du temps libre pour ne connaître que le temps contraint. Regardons tous ces élèves en difficulté démunis dès lors que le cadre est absent. Ils seront oisifs, ils seront chahuteurs, il seront peut-être même destructeurs… Mais comment savoir occuper du temps libre quand on ne sait pas ce que c’est ? Du coté des enseignants, le réflexe, face à ce genre de temps libéré est de tenter de le remplir, par peur de perdre, voire de ne pas terminer le programme.
La libération des esprits passe par la libération d’un temps partagé entre enseignants et élèves, dont, co-responsables, ils pourront inventer les manières de faire qui leur permettront de s’affranchir du toujours plus, du trop plein. Et comme les TIC sont de formidables médiateurs pour ces situations pourquoi ne pas en profiter ? Aucun élève n’aurait plus de 16 heures de cours traditionnel aucun enseignant n’aurait plus de 12 heures de cours traditionnel. On leur donnerait l’obligation d’inventer de manière non scolaire, des activités communes qui seraient toutes au service de la consolidation des apprentissages traditionnels mais n’en prendraient jamais la forme.
C’est à ce prix que l’on pourra aussi apprendre aux élèves à devenir autodidactes et aux enseignants à partager avec leurs élèves les moments d’apprenance si importants pour comprendre mieux le rapport au savoir et ce qui se joue dans cet affrontement qui pourrait devenir enfin cordial….
A débattre
BD

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