Crayons optiques, écrans tactiles, TBI, même débat ?

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« Si l’on écoute les promoteurs des TBI, on a l’impression d’entendre le même discours que les promoteurs du crayon optique des MO5 et TO7 d’il y a vingt cinq ans… » C’est ce que me faisait remarquer récemment un collègue. Plongeant dans mes souvernirs, je me rappelais aussi les écrans tactiles du début des années 90 qui nous fascinaient tant, en particulier dans les discours. Trois interfaces utilisateurs qui donnent lieu, à plusieurs époques, à des discours proches et pourtant il y a quelques évolutions qui méritent une vraie réflexion.
Quelles sont les constantes ?
En premier lieu signalons l’éternel engouement pédagogique. Avant même de les avoir réellement mis en situation dans la durée, on en invente les vertus pédagogiques. Ce classique des technologies ne doit pas nous aveugler, et pourtant l’argument de vente continue d’avoir des effets importants.
L’autre constante est la qualité technique du produit. Or entre le logiciel, le vidéoprojecteur, l’ordinateur et les interfaces entre ces machines, il y a de nombreuses et constantes améliorations qui montrent bien qu’un discours chasse l’outrance du précédent. Mais peu importe… l’important n’est pas de voir ce que l’on fait des outils mais de montrer et vanter ce qu’il sera possible d’en faire.
La troisième constante concerne la recherche de l’interface gestuelle. La console nintendo avec sa manette en trois dimension a enfin ouvert des pistes par rapport à la souris traditionnelle. L’Iphone a ouvert de nouvelles pistes avec le « multitouch » et sa série de gestes intuitifs à s’approprier. Le TBI quand à lui nous ramène à d’anciennes interfaces en attendant celle qui commence à apparaître : le pilotage par la main ou le geste de l’enseignant, avec ou sans crayon. On le voit il y a une recherche essentielle d’amélioration du dialogue homme machine. Or c’est de cette simplicité que nait l’acceptation ou le rejet de l’outil. Que sont devenus les crayons optiques ??? Comment se développent les interfaces taciles aujourd’hui ?
Or le premier problème de toutes ces interfaces c’est leur précision. Rappelez vous les crayons optiques et le décalage classique entre le mouvement et le résultat à l’écran. On aurait pu penser que l’évolution technique aurait rendu cette précision bien meilleure, mais non. Le TBI n’échappe pas à cette critique, malgré les hauts cris des vendeurs. Il y a de fait une imprécision « normale » qui en limite donc forcément l’intérêt. Regardons les écrans tactiles des téléphones portables et en particulier celui de l’iphone, premier multitouche. Ce qui est remarquable c’est que les concepteurs ont compris cette imprécision et ont tenté d’y pallier, non pas par davantage de finesse, mais par des aides adaptées et des aménagements graphiques facilitant l’usage sans pour autant prétendre égaler les interfaces classiques, clavier souris. Mettez vous devant un écran tactile dans un lieu public (une gare, par exemple) et vous comprendrez la question que pose cette imprécision.
Le deuxième problème c’est l’écran. L’écran c’est visuel, le tactile c’est le gestuel. Dès lors que je pose le doigt, la main, sur l’écran, je cache une partie de l’écran. Là encore les contournements envisagés par certains (à nouveau du coté des téléphones portables) montrent qu’il est possible de penser au moins partiellement des remédiations. De plus la taille de l’écran pose problème. Le TBI apporte une surface plus confortable. Cependant on est loin de pouvoir utiliser conforablement ces écrans car leur taille reste, pour la plupart très limitée pour l’utilisateur. La question de la lisibilité d’un écran (même avec la fonction zoom) reste entière surtout pour un groupe classe un peu dense… dès lors que l’enseignant y ajoute une écriture manuscrite. Faites l’essai sur un téléphone portable pour lire une page web qui n’a pas été conçue pour cela et vous verrez l’ampleur de la difficulté.
Au delà des dimensions ergonomiques qu’il faut cependant prendre en compte, nous nous trouvons surtout devant des évolutions dont on perçoit l’intérêt potentiel mais dont les promoteurs cachent soigneusement la réalité pour des raisons commerciales évidentes. Malheureusement la vision à court terme suffit à leur bonheur, tandis que dans les établissements scolaires c’est le long terme qui compte. Qui se rappelle des opascope ou épiscope, et bientôt des rétroprojecteurs à acétate dont on a connu l’engouement et bien évidemment les modestes usages….
Qu’une établissement soucieux de son image s’équipe de TBI semble aujourd’hui un gage de grande modernité, tout au moins dans les médias (cf le collège d’Elancourt par exemple). Mais qui fera le bilan dans quelques années ? Il est plus important de faire des annonces que de voir ce que deviennent réellement les outils. Mais il y a une exception étonnante qui doit mériter notre attention. Ce qui fut une innovation majeure dans le domaine (il ya plus de cinq ans), les ordinateurs portables pour les collègiens, reste aujourd’hui, loin d’un tintamare médiatique initial, un objet de travail et d’investigation important. Soucieux de vérifier la transformation pédagogique de ces initiatives, les promoteurs politiques de ces opérations s’engagent dans des évaluations de fond, (on en reparlera prochainement sur ce blog et sur d’autres) qui visent réellement à réfléchir l’intégration dans le monde scolaire.
L’amnésie dans le domaine des TIC est incroyablement développée. Geneviève Jacquinot le rappelait au début des années 80 à propos du développement des ordinateurs dans l’enseignement. On peut aujourd’hui reprendre son discours de l’époque, il ne faudra pas longtemps pour le transposer aujourd’hui. La question ici de l’interface homme machine est la seule valable et doit être analysée et étudiée avec soin en faisant particulièrement attention de ne pas oublier que les outils techniques dits nouveaux ne sont souvent que des évolutions plus ou moins rapides des outils précédentes et que les inventions « radicales » n’existent que très très rarement.
A suivre et à débattre
BD

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