Ces quelques uns… qui s'expriment à la rentrée…

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Ils sont quelques uns à s’exprimer à la rentrée sur l’éducation. Eventuellement ils publient des livre, pour la rentrée. Ils sont interrogés par les médias de masse sur la rentrée. Le problème : ce sont toujours les mêmes ! Et parfois depuis de nombreuses années. Pourquoi cela fait-il problème ? Parce que on a l’impression qu’ils deviennent, peut-être à leur corps défendant, complice d’un système médiatique qui s’appuie sur la « soif de s’exprimer » (oxymore redoutable…)
A la rentrée les grands médias interrogent quelques catégories : les enfants, les parents et les ténors, qu’ils soient des syndicats ou experts. Ce qu’il me semble important c’est d’interroger, comme cela se fait souvent à propos de l’économie ou des affaires internationales, la légitimité des experts. Le petit cercle médiatique semble fort bien s’accomoder de cela d’autant plus qu’il s’autoconforte. Tout le monde est satisfait, même le public auquel ces propos sont destinés, qui y perd évidemment son sens critique et son pouvoir d’analyse.
Récemment je me suis interrogé sur la légitimité de l’auteur (en ligne) en lien avec sa capacité à faire parler de lui (le buzz). Autrement dit est-ce le fait qu’on parle des gens qui leur donne une légitimité ou c’est leur légitimité qui leur donne le droit à la parole. Comme on peut s’en douter, c’est la question qui se pose à la rentrée scolaire. Les pédagogues et les antipédagogues s’affrontent avec les mêmes armes (les pédagogues se sont mis à la mode) médiatiques à coup de titres de livres et d’articles (habilement synchronisés). La figure de l’expert, du consultant, du spécialiste est aussi présente dans le monde de l’éducation que dans les autres univers puisqu’elle sert le même mécanismes. Les médias de masse ont besoin d’asseoir leur discours sur des prises de paroles qui vont leur assurer de l’audience. Une fois la cible d’audience choisie il suffit de construire l’objet que l’on va proposer.Quant au lectorat, la cible, si elle est bien identifiée, elle devient elle aussi complice de ce mécanisme.
Une illustration pour cela : la nouvelle revue « éducation magazine, Les clés de la réussite scolaire ». La seule couverture est déjà à elle seule illustrative de ce mécanisme. En premier lieu on propose une cible : « la revue des parents et des enseignants ». Ensuite on agite les sujets que l’on rend chaud en les présentant graphiquement de manière signifiante : ainsi on associe la photo de fond, un visage étudiant sur lequel est écrit « EN COLÈRE » avec le titre : lycée entre réforme et immobilisme. Le procédé est clair et fait parfaitement écho au public ciblé et à ce qui est sous tendu : la tension entre les deux publics choisis comme modèle de construction du discours. On retrouve sur cette couverture le même procédé à propos des langues vivantes pour lesquelles le sous titre est mauvais élèves ou mauvais enseignants, ravivant ainsi l’opposition structurelle. A cela on ajoute un thème qui frappe les esprits : violences sexuelles, sous titré « nos ados en dangers ». Encore une fois le « nos » est-il adressé aux parents (ce qui est l’a priori) ou aux enseignants (qui ont l’habitude de parler de « mes élèves »…). Enfin pour compléter la présentation, le recours à l’expert, ici Philippe Meirieu dont la citation mise en une rentre une nouvelle fois dans cette logique de confrontation parents enseignants : « il faut redonner du tonus à notre École ».
Ainsi cette nouvelle revue dont on peut observer que les contenus sont en écho à cette couverture et donc au style de la revue. Ne pas facher semble être le principe du premier numéro. Et en particulier ne pas fâcher ceux qui sont le plus susceptibles (encore faut-il le vérifier) de l’acheter ou d’en parler, les enseignants. ce qui avait fait la force ( en terme de contenu) et la faiblesse (en terme de lectorat) du monde de l’éducation était le style éditorial et le souhait d’un certain niveau d’exigence. Ici le point de vue est différent. Tenter de surfer sur les succès de revues comme philosophie magazine ou autres psychologies…  en transposant le modèle sur l’éducation suppose de faire des choix. Libre à chacun de faire ses choix de lecture…
L’émergence d’Internet avait inquiété les médias de masse. Ils regagnent progressivement du terrain en soumettant leurs lecteurs à des modèles « prêts à lire ». Autrement dit le problème de fond de la parole autorisée ou non c’est que le lecteur lambda est presque contraint à la soumission. En effet, l’entrée par le média de masse n’incite pas le lecteur à aller plus loin dans l’investigation. En faisant appel aux experts, ils ferment la discussion, d’autant plus que les experts, complices (volontaires ou non), ne renvoient que difficilement vers d’autres travaux (soit parce qu’ils ne le veulent pas, soit parce qu’ils ne le peuvent pas pris par les contraintes éditoriales).
Le développement du droit à la parole permet de réinterroger tout un passé et un présent : comment les idées circulent dans notre société ? Qui contrôle les idées et la diffusion des savoirs. Le système scolaire a su se protéger, mais aussi souvent se couper du monde en contrôlant les savoirs et leur diffusion. Les médias, selon leur mode de fonctionnement et leur modèle économique sont amenés à contrôler le plus en amont possible la circulation de l’information, des idées et des savoirs. Le risque est évidemment l’appauvrissement intellectuelle, voir la propagande…
Souhaitons que les « experts » prennent le temps de réfléchir à la place qu’ils acceptent de prendre pour ensuite rendre possible la réflexion de leur lectorat. A moins que, leur mégalomanie aidant, ils ne soient totalement pris dans le système médiatique.
A débattre
BD

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