Annonce, modernité, réalité

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Le ministère de l’éducation en annonçant un plan numérique d’ampleur qui repose sur les trois piliers traditionnels : « équipements, formation et outils pédagogiques » enfonce de nouveau la porte qui est ouverte depuis 1985 et le plan IPT. Qu’a-t-il donc découvert dans ses visites : un TBI alors que les premiers data show et les pédagogies interactives adaptées sont déployées depuis au moins 1988 en lycée professionnel (cf les bac pro bureautique de l’époque); des boitiers d’interrogation en direct alors que ces techniques sont expérimentées depuis 1992 avec les outils de correction en temps réel et que dans les labos de langues cela était déjà possible; etc…
On pourrait continuer longtemps la litanie des redites des ministres dans le domaine des TIC. Quand en plus les mesures sont toujours les mêmes on ne peut que constater l’incapacité des dirigeants à penser réellement le système éducatif numérique de demain. on peut cependant mettre à leur crédit qu’il ne faut pas fâcher les enseignants. Et là le ministre n’aura que des bons points : on ne reparle pas de l’apprentissage à 15 ans ou du socle commun avec livret de suivi numérique (qui permettra un suivi centralisé des élèves et des enseignants)  qui sont en train d’entrer dans la loi (cf les travaux actuels du sénat), bref on ne fâchera pas l’opinion enseignante dont on sait qu’elle est de plus en plus déstabilisée par les pratiques TIC des élèves. Certes la formation, certes l’équipement, certes les outils pédagogiques sont nécessaires, mais ils sont rien sans un cadre : et c’est celui qui manque, c’est celui qui fâche, c’est celui qui risque de couter cher à l’état dans tous les sens du terme.
On retrouvera là http://www.brunodevauchelle.com/blog/?p=467 et là http://www.brunodevauchelle.com/blog/?p=449 des pistes de propositions pour un plan d’action possible. Mais cela suppose un effort colossal sur le plan des structures mais aussi des cultures scolaires. Même si Monsieur Fourgous va en Finlande, comme il l’annonce, ce ne sera pas là qu’il trouvera la force de réformer la structure scolaire, car on rétorquera vite que l’échelle n’est pas la même et que la culture est différente. Car il s’agit bien d’une question de culture. En voici quelques exemples :
– Lorsque nous faisons des sorties scolaires de plusieurs jours avec nos élèves, quand on revient dans l’établissement, il n’est pas rare de s’entendre dire :  » les vacances se sont bien passées ? » ou encore pour les élèves,  » bon maintenant on va se remettre au travail »
– Lorsque l’on met des élèves en projet par équipe et éventuellement au CDI, on entend des gens nous dire, mais ce n’est pas du travail ça, on n’a rien appris, ou encore c’est bien avec ce prof il ne nous fait pas de cours, on n’a rien à apprendre !!!!
– Lorsque l’on fait un travail sur le journal télévisé et son décryptage à des fins d’apprentissage de la géographie humaine, on s’entend parfois dire par des élèves, des parents, ou même des collègues ; « ah tu regardes la télé en classe !!! »
On pourrait continuer longtemps cette suite d’exemples tant la résistance au changement en éducation est partagée par tous. C’est pour cela qu’un ministre qui a pour mission de calmer les troupes fait ce genre d’annonce : ça rassure face à la modernité montante, ça ne remet pas en cause la pédagogie frontale traditionnelle, ça n’interroge pas fondamentalement chacun sur son rapport au savoir, à la connaissance, à l’information.
Et pourtant, partant du constat que chacun à son « écart d’innovation potentiel », il suffirait d’assouplir le système en quelques points (dont en particulier le cadre disciplinaire composé du nombre d’heures et des programmes) pour que ces écarts puissent enfin exister. Car je crois depuis longtemps que cet écart, chacun est prêt à le franchir, (je forme des enseignants depuis 1985), encore faut-il que le coût global ne soit pas rédhibitoire et n’invite pas chacun à rentrer dans le rang avec un fort sentiment d’impuissance face au système. Car ce qui fait la force des systèmes éducatifs modernes, c’est la possibilité pour chacun d’essayer de construire les solutions adaptées aux problèmes qu’il a identifiés. Ici pour l’instant, on donne des solutions (TBI, ENT etc…) à des questions que l’on ne se pose même pas, la plupart du temps.
La modernité à bon dos, l’effet d’annonce ne coute rien, seule la réalité tranche, et dans le domaine elle a déjà 25 ans, il faudrait peut-être s’en rappeler….
A débattre
BD

2 Commentaires

  1. Ce billet est assez dépitant. En quoi des expérimentations qui existent depuis 25 ans ne rendent pas tres stimulant la Perspective enfin d’un gran Plan Numérique. Le matériel, les contenus, les formations à l’échelle de 800 000 enseignants ne sont pas là. Bien sûr cela est périphérique sur les changements pédagogiques de fonds. Mais c’est aussi un adjuvant. « Croire c’est ployer le genou » disait Pascal. Je trouve décourageant de bouder ce plaisir de Plan d’où qu’il vienne et qu’elle qu’en soit l’agenda. A ce rythme dans 50 ans on aura rien que ces petits déplacements géniaux et non extensibles pour tous…

    1. Si vous avez bien lu, je pense qu’il faut continuer l’équipement…etc. Mais que l’on ne sache rien faire d’autre est totalement dépitant. Et c’est là que les choses vont mal. D’autant plus que tous les plans antérieurs n’ont guère fait avancer le fond des questions qu’ils sont supposés aborder : l’intégration des TIC dans l’enseignement. Si c’est de l’argent jeté par les fenêtres alors peut-être est-il urgent de réfléchir au pourquoi de l’innefficacité des plans antérieurs. il y a suffisamment de gens qui demandent d’évaluer les expérimentations avant de généraliser, ici on ne veut pas entendre parler du passé et infléchir dans un sens ou dans un autre les politiques. Autrement dit pourquoi dans les TIC on refuserait d’apprendre de ce que l’on a fait avant. Si les faits montrent que l’on a été inefficace, pourquoi recommencer ? Ou alors reconnaissons (mais quel politique accepterait de le faire) que l’on joue petit bras, parce qu’on a pas les moyens de faire autrement et que « modestement » on continue sur le chemin tracé avant. Mais coté modestie, il y a beaucoup à redire quant aux discours sur les TIC
      BD

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