Quel(s) écart(s) ????

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Pourquoi y a-t-il un tel écart entre la perception quotidienne des enseignants et certains travaux de recherche quant à la relation qu’ont les adolescents avec les TIC ? Que ce soit dans l’accès comme dans l’usage, il faut aller voir de plus près ce que cela signifie. Que peut-on dire d’une thèse faite sur la base de 35 jeunes interviewés voire même observés ? Qu’elle est probablement illustrative d’un problème mais en aucun cas d’un apport totalement fiable sur la réalité sociologique environnante. Les approches micro et macro s’opposent bien évidemment et les études statistiques produites sur la base du déclaratif des jeunes ne doivent pas être prises comme argent comptant, tant on connaît la fragilité de ces enquêtes. Autrement dit entre l’enquête de type ethnographique sur un échantillon restreint de jeunes et la sociologique sur une quantité représentative de jeunes, il nous faut être vigilant.
Une approche intermédiaire vise à tenter de rapprocher les travaux entre eux (et c’est intéressant de prendre l’exemple méthodologique posé récemment par l’AFSSET à propos de la dangerosité des rayonnements électromagnétique et qui signale le grand nombre d’études pas ou peu fiables, même dans le monde scientifique). En tentant ce travail on aurait sûrement mieux que des affrontements le plus souvent idéologiques à propos de questions qui doivent être abordées avec d’autres regards, ceux de « l’étonnement » scientifique.
Ainsi pourquoi, encore cette semaine d’octobre 2009, comme il y a plus de vingt années dans mon lycée professionnel tertiaire, j’entends et je vois des jeunes faire montre de grande habileté avec l’usage des TIC ? Or dans le monde scolaire les enseignants témoignent des deux choses ensembles : il y a ceux qui disent que leurs élèves n’ont que l’apparence de la maîtrise et d’autres qui disent que les élèves en savent bien plus qu’eux. La récurrence de ce propos m’interroge d’autant plus que je lis encore récemment dans plusieurs publications scientifiques ou non que les compétences des jeunes ne sont que de surface, mais qu’en réalité on a tout à leur apprendre…. Cela est d’autant plus intéressant que je viens d’effectuer un sondage sur les compétences des mêmes enseignants dans un établissement secondaire, cette semaine. Dans cet établissement sur 50 enseignants 4 seulement déclarent avoir une compétence technique avancée en TIC. 2 ou 3 déclarent avoir avancé un peu dans l’usage des sites web, blogs et autres. Les 43 autres déclarent n’avoir comme compétences que le traitement de texte et l’usage courant d’internet. Encore du déclaratif, me direz vous, mais cela corrobore mes observations en formation d’enseignant (là encore sujettes à interrogation.
On constate que l’ensemble des enseignants n’a pas de connaissance informatique et ne s’y intéresse pas (pas de demande de formation sur le sujet, hormis pour une personne qui souhaite assurer la maintenance dans l’établissement).On constate que le tableur n’est pas ou rarement connu. On constate que les usages ordinaires des enseignants aboutissent aussi au constat que la majorité ne maîtrise pas l’informatique. Et pourtant ils enseignent ! oui mais pas l’informatique que pourtant ils souhaitent utiliser avec des vidéoprojecteurs, voire même des TBI/TNI.
Les enseignants témoignent donc de leur étonnement devant l’habileté des adolescents, est-ce à dire que c’est parce qu’ils n’ont pas les connaissances ? Auraient-ils la connaissance des fondements de l’informatique que cela ne résoudrait pas le problème. Le vrai problème est d’abord celui lié à la manière dont on « entre en TIC »… Aujourd’hui l’entrée technicienne qui prévalait aux début de l’informatique individuelle est bien dépassée : rappelez vous des cours donnés aux élèves de BEP en 1983 sur le basic qu’on leur demandait de programmer…. De fait à la mise en route de l’ordinateur un inquiétant rectangle clignotant vous invitait à penser à la machine (et éventuellement à lui écrire une « ligne de commande », alors que désormais à la mise en route on vous propose des activités… sans apprentissage long et spécifique de l’informatique. Le changement est radical et amène à un second niveau. La différence entre jeunes et adultes et particulièrement les enseignant vient de ce qu’ils font de cette situation. La plupart des jeunes va partir de cette usage et tenter de le « tordre » alors que la plupart des adultes va tenter de se conformer aux propositions (ordres ?) qui leur sont faites. En effet face à des « énigmes » de la vie le jeune est bien mieux armé que l’adulte car depuis sa naissance il a pris l’habitude de tenter de les résoudre (cf Piaget, Bruner etc… psychologie de l’enfant et du développement). Tandis que l’adulte, et particulièrement l’enseignant aborde la question avec une rationalité construite et schématisée (les schèmes voire les habitus ou les représentations) à partir de sa propre histoire d’apprentissage. Il ne tente alors pas de résoudre mais de se conformer. Car l’école invite avant tout à se conformer et non pas à explore, les programmes pléthoriques et inréformables en est une illustration, à défaut d’en être une preuve.
Face aux TIC qui sont dans leur environnement, les jeunes agissent de la même manière que s’ils n’avaient pas ces objets, ils n’ont pas de schèmes autres que ceux que leur dynamique de développement originelle leur impose. En fait on peut considérer que cet écart de perception et cet écart de conviction sur les habiletés des jeunes est liée surtout à l’écart de mode d’appropriation mais aussi à l’écart de pouvoir. Car tous ces propos et quelque soit leur contenu, pour ou contre les habiletés, révèlent un rapport au pouvoir lié à la connaissance et à la maîtrise des objets de notre environnement. Et là le monde scolaire a de gros efforts à faire pour ne pas se penser en rivalité avec les jeunes, car c’est dans ce domaine que ce siuent les difficultés actuelles…
Oui la plupart des jeunes maîtrisent mieux que la plupart des adultes les TIC, mais ils ne maîtrisent pas la même chose et ils n’acquièrent pas ces maîtrises de la même façon et cela est actuellement inacceptable pour le monde scolaire très souvent arc bouté sur sa forme. Célestin Freinet (des lectures récentes m’amènent à en parler, et il pourrait entre de même de John Dewey) n’a pas vu son intuition et ses pratiques se généraliser justement pour cette raison. Les TIC, parce qu’elles viennent d’un autre horizon n’y parviennent pas davantage pour l’instant, il faudra voir si des ministres audacieux dans le domaine de l’éducation (mais cela n’existe plus) oserons prendre en compte cet état de fait et ne pas donner la parole aux seuls « conservateurs » de l’ordre établi….
A débattre
Bien sûr
BD

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