Vers une overdose de livrets

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Livrets de compétence, livrets d’évaluation, passeport d’orientation, livret de suivi, portfolio…. arrêtons la la litanie des outils qui surgissent de plus en plus dans le paysage pédagogique actuel appuyé en cela par le développement des TIC qui semblent si propices à porter ces idées et participer à la promotion de ces outils.
Si l’on revient un peu en arrière, ou plutôt si l’on prend un peu de recul, il y a deux éléments forts qui se croisent : la trace (la mémoire) et le compte rendu. La fascination apparente pour les livrets de toutes sortes vient probablement de ces deux bases. Leur développement actuel tient au fait, qu’au delà de leur hypothétique efficacité, il y a une magie de la mémoire qui fait effet et, l’idée électronique de ces outils semble apporter une réponse à une vieille question pédagogique. On peut la résumer ainsi : comment prendre en compte son propre parcours et donc ses expériences pour mieux progresser ? Comment donc garder trace de ce que l’on a fait et comment le valoriser ?
Pendant de longues années, la boite noire behavioriste avait laissé de coté ce qui se passe entre l’input et l’output. Or depuis l’apparition des travaux sur la valorisation du passé personnel en termes de compétence pour l’avenir en termes d’insertion professionnelle (si mes repères sont bons cela a été initié aux USA lors du retour des GI du Vietnam et qu’il fallait les réinsérer dans une société civile) ont été proposés ces objets du style portefeuille de compétences, livrets personnels, bref tous ces outils qui enrichissent la description d’une personne autrement que par des titres, comme cela est le cas avec les cartes de visites ou les curriculum vitae. Le sentiment d’importance que l’on accorde à ces outils et à ces démarches s’est trouvé renforcé par une évolution dans le domaine de la certification et une autre dans le monde du travail. Dans le domaine de la certification, la VAP (Validation des acquis professionnels) en 1982 puis la VAE (validation des acquis de l’expérience) en 2002 ont entériné l’idée que l’on pouvait concevoir qu’une reconnaissance universitaire ou scolaire pouvait émerger de pratiques et d’expériences vécues en dehors de ces milieux qui, en France, ont (presque) l’exclusivité des diplômes. Dans le domaine du travail, l’émergence depuis le début des années 80 de l’attention à ce qui va au delà de la qualification a amené à valoriser l’approche par compétences (Deauville 1998) et entériner progressivement de nouvelles formes d’approches de l’activité professionnelle (cf les ouvrage de M. Le  Boterf). Les outils qui sont proposés pour accompagner ces évolutions se résument assez bien autour des discours sur les portfolio et e-portfolio depuis la fin des années 1990.
A lire depuis ce temps les directives ministérielles, en France, mais aussi à l’étranger, on s’aperçoit que la volonté de faire tenir des livrets de toutes sorte est devenu un standard, voire un lieu commun. Le problème c’est que toutes ces initiatives se superposent. Outre les recommandations de toutes sortes, chaque enseignant, ou chaque équipe peut être tentée de développer ce genre de pratique en s’appuyant parfois sur une expérience antérieure qui avait montré quelque intérêt. Malheureusement la multiplication de ces outils et l’absence d’analyse rigoureuse de leurs usages en terme d’efficacité pédagogique (au minimum) posent problème.
Si l’on distingue les produits et les processus, on peut proposer un cadre d’analyse. D’une part il y a une variété de livrets (cf les écrits déjà anciens de Robert Bibeau) qui n’ont pas la même finalité et donc pas les mêmes contenus. Un portefeuille de compétences ne peut se comparer avec un carnet de bord, un cahier des réussites ou même un portfolio (si tant est qu’on ait défini précisément ce terme). Globalement on peut considérer deux aspects : les supports qui listent, les supports qui rendent compte, les supports qui prouvent.
– Le support qui liste est très proche du curriculum vitae, il récite une suite d’item qui invitent le lecteur à se faire une représentation de la personne qui se présente à partir d’indices qu’il ne peut qu’accepter avant de pouvoir les vérifier par un autre moyen que le support lui même.
– Le support qui rend compte met en évidence les éléments saillants, ceux que l’on veut montrer pour que l’image que l’on donne corresponde à celle qui est attendue. Le lecteur va y trouver une réponse à sa question, la plus proche possible, cependant il devra s’en remettre à la franchise de l’émetteur pour y identifier réellement ce qu’il cherche
– Le support qui prouve est celui qui permet au lecteur de se rendre compte de ce qu’énonce l’émetteur. C’est particulièrement vrai dans le domaine des compétences que l’on peut lister, mais qu’il convient d’appuyer par des preuves que le lecteur pourra constater
Comme on peut le constater, il y a variété de possibilités, mais pourtant il n’y a qu’un seul individu derrière cela. C’est pour cela qu’il faut se dépécher de lutter contre l’émergence de cette multitude de livrets qui risquent de disperser l’information, de perdre la personne dans le tas de documents qui ne seront même pas cohérents ou au moins interopérables, voire interfaçables. A l’opposé, l’idée d’un grand livret centralisé et pour toute la vie fait peur, légitimement. On s’amusera des débats actuels portés à l’assemblée nationale sur l’effacement des données, débat que nous avions déjà eu il y a quatre ans à l’université de Poitiers à l’occasion d’un colloque à propos du Portfolio (il y avait d’ailleurs Mario, Robert, Serge, etc, toutes personnes attentionnées à ce thème qui se sont ensuite retrouvées à Québec pour la suite des échanges sur le sujet). A l’époque nous avions évoqué le droit au « suicide numérique », repris dans ce blog un peu plus tard.
Quant à l’efficacité pédagogique des livrets de toutes sortes, elle ne peut être évaluée en soit. Mais on a une antériorité, le livret scolaire et le bulletin de note. On connait l’efficacité redoutable de ces outils pour sélectionner les élèves. L’arbitraire d’établissement des notes n’est pas nouvelle, elle a été réactualisée avec A. Antibi mais aussi et de manière plus scientifique par Pierre Merles. L’émergence du livret de toutes sortes est d’abord là pour combler le déficit de ces outils anciens. Il a la prétention de permettre le passage du combien au quoi, voire au comment; autrement dit les livrets ambitionnent de permettre d’entrer dans un monde d’évaluation qualitative. Devant l’ampleur de la tâche nombreux sont ceux qui hésitent, d’autant plus que la multiplicité des livrets risque de les tuer tous avant même qu’ils ne produisent leurs effets, Mais c’est peut-être ce que certains tenants d’une bonne vieille évaluation comme dans le temps espèrent.
Multiplier les web classeur, livrets scolaire, livrets de suivi, livrets d’accompagnement, d’orientation, portfolio et autre c’est assurer leur échec et leur disparition. Il est encore temps de réfléchir à une approche un peu plus cohérente si on veut que ces outils soient vraiment au service de ceux auxquels ils sont destiné. Car au delà de l’outil, c’est surtout l’autorisation faite à chacun de gérer son itinéraire, sa trajectoire, non plus comme dans un vieux coffre dans un grenier mais bien comme l’ensemble d’une maison que l’on construit, de la cave au grenier, comme aurait dit Gaston Bachelard
A suivre et à débattre
BD

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  1. […] on December 7, 2009Filed Under liens | | Vers une overdose de livrets « Veille et Analyse TICEtags: portfolio- Le support qui liste est très proche du curriculum vitae, il récite une suite […]

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