Relire Henri Dieuzeide… en 2010

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En 1994 était publié aux éditions Nathan et à l’UNESCO l’ouvrage intitulé « Les nouvelles Technologies, Outils d’enseignement ». Henri Dieuzeide, son auteur, un des meilleurs spécialistes de l’éducation aux médias et directeur du département technologies éducatives de l’UNESCO pendant près de vingt années, était décédé avant d’avoir abouti l’écriture de son ouvrage au delà du manuscrit. La publication de cet ouvrage concorde avec une époque de foisonnement qui va durer jusqu’à la fin des années 90 et qui va connaître un foisonnement de publications sur le thème des technologies éducatives.
La particularité de cet ouvrage est, outre d’avoir été écrit alors que l’Internet grand public venait juste d’émerger, qu’il est toujours d’actualité. Autrement dit, Henri Dieuzeide, pionnier dès 1952 des techniques audiovisuelles, fait partie de ces analystes vigilants et lucides. La clarté du propos, la justesse des analyses, l’expérience sous-jacente à chacun des mots du livre sont les indicateurs d’un ouvrage de qualité que nombre de nos contemporains en 2010 feraient bien de relire avant de publier quoique ce soit. Afin de les y encourager, je propose dans ce billet d’extraire des phrases significatives, de mon point de vue, des idées qu’il nous proposait de partager.
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– La question est donc de savoir dans quelle mesure ces outils nouveaux permettront en créant des situations pédagogiques nouvelles, de mieux atteindre les objectifs traditionnels d’apprentissage et de motivation. Leur apparition coïncide-t-elle avec la formulation des nouveaux objectifs de maîtrise technologique et de créativité que la société confie à l’éducation ? Rendent-ils possible de nouvelles stratégies pédagogiques plus efficaces par exemple à l’égard des élèves en difficulté ? (p.14 – 15)
– L’outil est au centre de l’histoire de l’homme depuis ses origines. Relation circulaire au coeur de la pédagogie, l’homme fabrique l’outil et en retour l’outil fabrique l’homme. (p.18)
– Le propos de ce livre n’est donc pas l’invention technique mais l’imagination pédagogique (p.20)
– Si l’enseignant est évidemment un « communicateur », il n’est pas que cela. L’école n’est pas une machine à communiquer de l’information. Elle ne se borne pas à convertir de l’information en messages recevables, à « faire passer » des connaissances. Elle problématise le savoir, le met en perspective pour qu’il soit maîtrisé et utilisé par celui qui apprend. (p.21)
– Véritable métissage technique, ce rapprochement engagera tout apprenant dans des rapports différents aux messages, les apports des techniques qui se contaminent réciproquement et conduiront à une lecture et à des interprétations différentes, les textes et les langages de commande se mêlant aux représentations audiovisuelle (p.38)
– Or une pédagogie des nouvelles techniques éducatives se doit d’être résolument globale et en même temps plus proche des situations concrètes de l’individu qui apprend. (p.52)
– Notons enfin que l’utilisation de l’ordinateur portable à la maison et dans l’établissement, pourrait conduire à une unification des travaux en classe et hors classe par la modélisation des pratiques (p.136)
-Les activités traditionnelles  ont dans la plupart du temps servi de structures d’accueil aux NTIC et les hébergent toujours. D’où les difficultés à abandonner des modèles sûrs pour s’aventurer dans des emplois nouveaux. (p.143)
– Un nouveau rapport triangulaire maître-manuel-technologies s’installe autour de l’élève : le recours à l’écrit y reste aussi inévitable que le recours au maître. Respecter ce nouvel équilibre doit permettre de définir les stratégies d’emploi spécifique des NTIC : dans une situation scolaire normale, il n’y a pas de place pour le cours filmé ni pour les logiciels tourne page. (p.154)
– Il faut distinguer trois niveaux de formation : familiarisation, maîtrise du maniement, culture technique……
– Ainsi à chaque fois qu’il a été question d’introduire de nouvelles technologies dans l’éducation, cette introduction a été présentée en termes d’asservissement ou d’apprivoisement. Educateurs et promoteurs industriels ont généralement paru d’accord pour en minimiser l’importance […] On s’est jusqu’ici peu préoccupé des conséquences globales du développement de la culture technologique depuis le début du siècle pour l’évolution du système éducatif. Est-il trop tard pour essayer à tout le moins de comprendre les mécanismes de cet aveuglement et d’évoquer des remèdes, s’il en est encore d’applicables ? (p. 222)
– L’apparition au sein même des systèmes d’enseignement les plus avancés de cultures critiques, de l’absurde et de la dérision (si vigoureuse aujourd’hui chez les jeunes) a matérialisé cette dislocation entre la société moderne et les contenus traditionnels de l’éducation. (p.223)
– En fait la culture autonome des jeunes s’éloigne toujours plus de la culture enseignante qui repose sur l’enrichissement, l’échange, la manipulation de formes établies. La culture des jeunes est l’expression d’une société en mutation accélérée, qui consomme et détruit à mesure ses propres créations. […] il s’agit probablement plutôt d’une culture d’opposition, faite de l’affirmation d’un non-conformisme extérieur et d’un conformisme interne. (p.224)
– Il semble que le monde de l’éducation – décideurs, chercheur, praticiens, reste crispé sur sa mission impossible, et sur son refus de la complexifier encore en entrant dans les nouvelles problématiques de la « communication » des informations et des valeurs qu’elle véhicule. (p.225)
– L’enseignant produit avec ses élèves de la compétence, de l’adaptabilité, de la qualité humaine. La technologie, pour être utilisée efficacement dans l’éducation, doit d’abord être placée dans une perspective d’accroissement de cette énorme valeur ajoutée. (p.227)
– Communication et éducation doivent être pensées comme deux processus sociaux qui s’interpénètrent plutôt que comme deux mondes hétérogènes et séparés. (p.227)
– L’éducation ne doit-elle pas, pour assurer l’équilibre de la société, à partir à la conquête du degré de liberté technologique dont elle a besoin ? Est-ce à l’industrie d’inventer les techniques de communication et aux seuls communicateurs à en définir les emplois ? (p.228)
– L’impulsion n’est plus apportée d’en haut selon un modèle unique. Elle est portée par les réseaux d’échanges entre unités actives sur le terrain. L’éducateur est plus libre qu’il ne l’a jamais été de moduler, de manipuler et retourner les technologies pour leur donner des finalités originales et des micro-objectifs appropriés. (p.229)
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Et cela a été écrit entre 1990 et 1994… Ce qui devrait nous faire frémir, tant la réalité scolaire d’aujourd’hui n’est guère différente, et tant la réalité sociale a changé depuis….
A relire sûrement…. et à ne pas oublier, cette fois
Bruno Devauchelle

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