Les TIC à l'école "pourquoi faire école ?", l'impossible question.

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L’éternel débat de l’efficacité des TIC sur les résultats scolaires (nous avons eu l’occasion ici même d’en parler à plusieurs reprise) rebondit à nouveau en ce début d’année. Depuis trente ans que nous essayons d’utiliser les TIC en classe et autour de la classe, il y a une question que l’on évite soigneusement de poser : est-ce que la forme actuelle de la scolarisation est adaptée au contexte culturel, social, économique et technologique qui environne la société ? Pourquoi ne pas la poser ? Parce que l’on touche à des convictions qui sont tellement ancrées dans le patrimoine commun de l’humanité (mais parfois imposé à certains) qu’il est quasiment impossible d’en discuter, de poser la question, et surtout d’envisager d’y répondre. Or le développement, au cours des trente dernières années, du numérique impose à chacun de nous de repenser ce que signifie apprendre, accéder aux savoirs, participer à la connaissance, se développer intellectuellement et culturellement.
Le nombre impressionnant de remarques faites par les enseignants sur l’évolution récente de l’attitude des élèves par rapport aux apprentissages scolaires devrait pourtant alerter sérieusement chacun des niveaux de l’enseignement scolaire, de la classe aux bureaux des ministères. Une frilosité globale semble être la norme dès lors que l’on aborde l’organisation de la scolarisation. De plus un allant de soi mondial s’est imposé après la seconde guerre mondiale sur les formes de l’enseignement. La nécessaire et rapide reconstruction des sociétés après tant de ravages et de barbaries a quasiment imposé un modèle industriel d’enseignement. La cohérence d’un tel système est évidente dans un tel contexte. De plus la facilité est plutôt de reproduire des modèles anciens (dont l’efficacité n’est mesurée qu’à l’aune de son ancienneté et son exclusivité) plutôt que d’imaginer de nouveaux modèles mieux adaptés aux contextes de vie. Si l’on considère un exemple modeste et interne à l’enseignement scolaire, le B2i, on s’aperçoit qu’il avait tous les ingrédients d’une nouvelle forme scolaire mais qu’il a été totalement étouffé par la forme traditionnelle. Suffisamment de personnes ont critiqué systématiquement ce dispositif sous toutes ses formes et aussi sur le fond pour qu’il soit finalement quasi inopérant dans la réalité des pratiques dans de nombreux établissements. C’est là qu’on mesure la force de résistance de la forme scolaire traditionnelle, soutenue assez souvent par des enseignants du supérieur, de l’université ou des grandes écoles.
L’attitude des élèves n’est pas la seule observation que l’on peut faire dans ce registre. Il est intéressant de se pencher sur la question de l’apprentissage chez les adultes. Il faut reconnaître qu’une grande partie des apprentissages des adultes s’effectue en dehors de toute structure formelle d’enseignement ou de formation. De plus ces apprentissages sont très mélangés, c’est à dire qu’ils croisent aussi bien des préoccupations professionnelles que personnelles et ce dans des modalités particulières et très contextualisées : ce sont souvent de petites unités d’apprentissage très liées au besoin du moment. Ce qui parfois pose problème, en particulier lors de changements professionnels, c’est la consolidation de ces apprentissages sous une forme valorisable. Si l’on apprend beaucoup et dans des domaines diversifiés, il est rare que l’on ait l’occasion de les rapprocher, de les structurer. Le développement des TIC ne fait que renforcer cette tendance lourde dans les deux sens : augmentation formidable du potentiel d’apprentissage, absence de plus en plus criante d’espaces de structuration et de consolidation.
Le déphasage progressif se traduit par l’expression des extrêmes : déscolarisation, offres expérimentales, innovations etc.. Cette expression permet de maintenir les choses en l’état beaucoup plus que de les faire évoluer. C’est en particulier au coeur du noyau que les choses sont les plus résistantes aux changements. Les murs des établissements scolaires portent déjà l’empreinte de la forme. L’organisation temporelle et spatiale des apprentissages n’est pas encore travaillée réellement, alors que l’évolution de la société y invite largement. Le risque de la désorganisation, de la perte de contrôle, en particulier par les pouvoirs centraux, renforce l’idée du statu quo. Repenser la scolarisation, c’est surtout repenser l’apprendre en société. Or les TIC se sont invitées dans le débat en apportant un nouveau contexte communicationnel et informationnel dont on observe qu’il se construit sous nos yeux chaque jour et sous l’impulsion de groupes (sociétés, chercheurs, innovateurs, techniciens…) qui n’ont que peu avoir avec le monde scolaire. Dès lors le monde scolaire demande des comptes selon son modèle initial et demande donc à vérifier l’efficacité des TIC. Faut-il en retour se poser la question de l’efficacité de l’école ? Sachant qu’elle a l’exclusivité (ou quasiment) de la construction officielle des connaissances chez les plus jeunes, cette question n’a pas de sens. Alors le recours aux comparaisons internationales via les études des organismes ad hoc vient apporter sa pierre de critiques au système en place et donc d’évaluation de son efficacité. La peur et les attaques nombreuses de ces évaluations amènent inévitablement à révéler le fond de la question : le modèle de la scolarisation ne peut pas être remis en cause. Ce qui est intéressant de noter dans ces comparaisons internationales c’est la place des TIC dans les différents pays analysés. Il n’y a pas de corrélation d’efficacité selon la présence ou non de manière massive de ces technologies. C’est la forme du système lui même qui est premier par rapport aux outils utilisés. En d’autres termes ce n’est pas les moyens qui sont déterminants c’est la façon dont on les articule avec l’organisation globale. Pour traduire cela plus localement, les choix pédagogiques et didactiques précèdent l’influence des outils dans la réussite des apprentissages. Par contre l’articulation des pédagogies et des outils est évidemment un facteur à prendre en compte dès lors qu’elle est inadaptée.
Chaque fois qu’un enseignant tente d’innover, on lui renvoie la question de l’efficacité de l’innovation. La question posée aux TIC n’est donc pas nouvelle. Elle n’est que révélatrice de la montée progressive d’une remise en cause plus fondamentale de la manière de concevoir un système permettant aux jeunes d’une société d’apprendre et de s’intégrer qui ne soit pas un modèle de scolarisation… mais bien un modèle d’accès à la connaissance tout au long de la vie…
A débattre
BD

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