Innovation quand tu nous tiens !

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Après Jean Paul Moireau dans un article intitulé « et si l’enseignant innovant était un concept utile pour ne pas innover »
Philippe Watrelot publie un article intitulé : « École et innovation : je t’aime moi non plus… » . De même Louise Tourret dans son émission « Rue des écoles » sur France Culture en Mai 2013 propose le sujet « l’innovation pour sauver l’école » .
Ainsi l’innovation et les enseignants innovants sont questionnés. Ce qui est assez intéressant c’est que cette question, pas très nouvelle, est régulièrement revisitée. Ainsi sur ce blog vous avez pu lire en décembre 2008 « On a besoin d’expériences, pas d’innovations ou de bonnes pratiques… » (11-2007) ou encore « Innovantes, bonnes, efficaces… quelles pratiques ? » et aussi Les TIC font elles le lit des bonnes vieilles méthodes ? (12-2007)
On pourrait allonger la liste des écrits sur l’innovation en éducation en commençant par les travaux de Michael Hubermann dans les années 1970, ou encore ceux, nombreux, de Françoise Cros (2000), ou de Monica Gather Thurler (2000)…. liste bien évidemment non exhaustive. Car la question plus général des changements en éducation (cf. Antoine Prost dans un livre récent  Du changement dans l’école , De 1936 à nos jours, – 2013) est récurrente autant que celle des obstacles au changement. Ainsi en 1968 se tient à Amiens un colloque, désormais célèbre ayant pour titre « pour une école nouvelle, Formation des maîtres et recherches en éducation ». Les actes publiés en 1969 (Dunod) sont passionnants, on peut y lire en particulier le passage suivant (p.326) :
« La centralisation administrative de notre système public d’enseignement strictement hiérarchisé, freine et marque le plus souvent l’apparition, le développement et la survie de multiples initiatives de novation pédagogique individuelles ou émanant de groupes restreints, au niveau des établissements et de la classe. Elles n’en existent pas moins.
Aujourd’hui, la mise en oeuvre de réformes cohérentes, aux objectifs clairement définis, exige à tous les échelons, dans tous les ordres d’enseignement, pour les activités éducatives et culturelles de toute nature, le recours à l’innovation. Celle-ci doit être partout encouragée, judicieusement harmonisée, systématiquement confrontée, rigoureusement évaluée et, le moment venu, largement généralisée. »
Les auteurs dénoncent déjà, à cette époque le fossé entre recherche, innovation et monde scolaire ! On a l’impression que l’histoire bégaie !!!
Alors qu’à chaque fois un contexte nouveau vient remuer le monde scolaire, on fait alors appel à l’innovation pour faire avancer le système, globalement le monde scolaire se fige se fossilise. A la limite peut-on penser que l’innovation renforce paradoxalement l’immobilisme. En 1997, nous avions évoqué, déjà à propos des TIC la notion « d’écart personnel d’innovation » (Actes du colloque Audiovisuel et Multimédia Idecam  1995, « concevoir des applications multimédias dans l’enseignement une approche méthodologique » p.105 – 120). En proposant la notion d’écart d’innovation, nous avons avancé l’idée, observée empiriquement, que chacun de nous dispose d’une capacité à faire du nouveau dans sa pratique. Cependant la perception, l’explicitation, la lisibilité de ces innovations est très variable et souvent très faible ce qui explique probablement la difficulté qu’il y a à passer de l’innovation extraordinaire à l’innovation ordinaire, puis à l’ordinarisation.
Le problème est bien là ! à force de parler d’innovation, on finit pas oublier que c’est souvent un arbre qui cache des forêts au lieu d’être une graine qui essaime. En mettant en avant, en primant, les innovants, ne renvoie-t-on pas chacun de ces innovants modestes à leur difficulté à briller ? Dans de nombreux établissements les « super innovants » sont isolés (ils ne s’en aperçoivent pas forcément), voir exclus (rappelons nous Célestin Freinet quand même). De plus les « super innovants » ont tendance soit à tenter de s’extraire de la masse, soit à en être extrait (repérer et valoriser dit-on en parlé politiquement correct). Or les changements modestes que chaque enseignant tente d’introduire dans sa pratique, ce sont autant de germes qui ne demandent qu’à être soutenus. ET la seule réponse qu’on leur fait : concurrencez vous ? et on ajoute, déjà en 1968, et si vous êtes bons on vous généralisera votre innovation !
Le problème est complexe, certes. Mais en lisant et analysant tout cela, on ne peut que s’interroger sur les modes de gestions aussi bien institutionnels qu’individuels de ce fameux « écart d’innovation ». Comment le manager ? Comment l’encourager ? Comment le valoriser (autrement que dans des concours de beauté pédagogique) ? Comment faire en sorte qu’innover devienne l’ordinaire de l’enseignant. Non pas pour se servir des élèves comme cobayes, mais plutôt pour encourager les réajustements constants auxquels chaque enseignant devrait être attentif et qui sont si nécessaire lorsque l’on veut que tous apprennent !!! avec ou sans le numérique.
L’une des pistes à ouvrir est probablement celle des espaces d’autonomie dans les équipes (temps non prédéfinis à construire en équipe) permettant à chacun l’initiative, l’innovation, l’invention, bref le droit à exercer son « écart d’innovation pertinent personnel »
A suivre et à débattre
BD

6 pings

  1. […] Les auteurs dénoncent déjà, à cette époque le fossé entre recherche, innovation et monde scolaire ! On a l’impression que l’histoire bégaie !!!  […]

  2. […] Extrait du colloque « Pour une école nouvelle, Formation des maîtres et recherches en éducation », qui se tint à Amiens en 1968, et dont les actes furent publiés en 1969 (Dunod, p. 326). Cité par Bruno Devauchelle sur Veille et Analyse TICE […]

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