Rentrée par l’AVAN

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Non, Noël n’est pas de retour en plein printemps. Le temps dit de l’avent (cf. ces calendriers qu’ouvrent les enfants en décembre) qui est cette période qui, pour les chrétiens précède ce qui est considéré comme la naissance du Messie est un temps d’espérance pour l’avenir. C’est pourquoi, comme eux, l’ensemble de la population espère le 11 mai pouvoir penser à l’avenir, vraiment. Même si ce n’est pas sans poser de problème de sécurité sanitaire, on peut être partagé entre l’envie de repartir, l’envie de rester replié, l’envie prendre soin des autres et de soi dans une entente suffisante pour éviter notre crainte à tous : le rebond. Alors on pense relâchement, mais on évite de se relâcher, on rêve parfois et c’est légitime. Ce qui l’est moins c’est le passage à l’acte qui vous met en dehors des règles communes, celles qui parlent aussi du « bien commun » : la vie. C’est bien cette vie que nous avons tous cherché à maintenir avec les modestes moyens dont chacun dispose : de la fenêtre ouverte au balcon, de la terrasse au jardin, chacun a pu exprimer son sentiment du bien commun. C’est aussi avec la modernité technique que cette vie se maintient désormais : le smartphone, en particulier, est le plus populaire de tous les vecteurs de vie : accès aux autres, à soi, aux nouvelles du monde. Du plus jeune au plus vieux, chacun de nous a fait l’expérience de la puissance de vie permise par l’utilisation du smartphone. Il est même apparu que cet objet est devenu un symbole d’égalité : nous en avons (presque tous) un et nous l’utilisons. Travailleurs, pauvres, chômeurs, migrants, on cherche à garder le lien de vie et c’est le smartphone qui rend ce service : regardons le formidable usage de WhatsApp dans tous les milieux pour comprendre qu’il révèle notre besoin de lien.

L’AVAN devrait être une question à se poser dans toutes les écoles, dans toutes les classes (à partir du collège d’abord) mais aussi dans les communautés éducatives (parents compris) afin de s’interroger sur le lien de vie qu’il pourra permettre de développer une fois terminé le confinement (en sécurité bien sûr). L’AVAN, qui signifie Amener Vos Appareils Numériques, (BYOD pour les initiés), repose sur l’idée désormais bien connue d’utiliser le smartphone pour développer, prolonger, élargir les possibilités de l’apprentissage et de l’enseignement. Il y a deux ans, au printemps 2018, j’ai été dans la situation suivante : faire un enseignement sur le numérique pour apprendre à de futurs enseignants sans avoir accès à une salle informatique ou du matériel en bonne et due forme. En entrant pour la première fois dans la salle de cours, la quinzaine d’étudiants étaient en train de taper sur leur écran de smartphone et de bavarder entre eux. Ayant observé qu’ils avaient tous un smartphone, je remarquais qu’à mon entrée dans la salle, ils le posaient sur leur table et attendaient mon propos (un cours magistral ?). Pendant dix jours je devais donc travailler avec eux cette question de la pédagogie et du numérique alors que le contexte ne semblait pas le permettre. Dans un premier temps je les ai interrogés sur leur utilisation du smartphone et du lien qu’ils avaient avec Internet. Ayant vérifié que tous pouvaient les utiliser, je décidais dont que ce « séminaire » s’effectuerait à partir d’activités basées sur l’utilisation de padlet. Pendant tout ce temps (à raison de 3 heures par jour) j’ai organisé des activités à mener seul et en petit groupe et ensuite en grand groupe pour la synthèse en m’appuyant sur cet outil (peu importe lequel en fait du moment qu’il me permettait de surmonter les problèmes logistiques en lien avec les objectifs de l’enseignement demandé. A la fin de ces dix jours, j’ai demandé aux étudiants de produire une synthèse, après coup et de me l’envoyer par mail quelques jours après la fin de ce cours.

L’exemple que je viens de décrire n’a rien d’exceptionnel ni de révolutionnaire en soi. Par contre il met en évidence une double réponse à un problème du moment : comment rendre le smartphone utilisable au-delà des usages habituels de la vie ordinaire ? Mieux encore, comment permettre à des enseignants (futurs ici) de comprendre qu’il est possible de donner aux élèves une vision de ces appareils qui puisse s’inscrire dans la dynamique des apprentissages scolaires ? AVAN n’était pas la consigne, c’était le fait, la situation vécue. Faire vivre à des enseignants une situation comme celle-là dans la salle de classe est le moyen, en supposant que l’isomorphisme fonctionne, de les amener à réfléchir pour eux même et pour leurs élèves à de telles situations. Pourquoi ne tenteraient-ils pas d’introduire ce moyen technique au sein de l’enseignement ?

Au retour en classe, on pourra interroger les élèves sur leur utilisation du smartphone au cours des semaines de confinement. On pourra d’abord, bien sûr, s’assurer de l’accessibilité individuelle pour chacun et éviter la fameuse « inégalité » si souvent prétexte à diversion. Une fois le problème résolu, on pourra alors s’engager dans des activités qui pourront réellement mettre à profit l’outil au sein d’un double projet : élargir le potentiel d’enseignement d’une part, permettre un autre regard sur ces appareils et leur utilisation par les élèves. L’idée ici n’est pas d’imposer, de généraliser, de numériser, l’idée est simplement de s’appuyer sur une pratique sociale pour en faire un potentiel cognitif même dans le contexte de l’enseignement formel.

Jusqu’à présent les questionnements se sont portés sur le BYOD de manière plutôt maladroite (cf. le document de l’ADF réalisé par Klee international et l’appel à projet BYOD du ministère). Désormais, à l’instar de nos collègues québécois on pourrait utiliser les initiales AVAN car le symbole est pluriel et surtout évite des confusions (anglicisme, commerce etc.…). Nombre d’enseignants le font déjà de manière occasionnelle. Au retour en classe, quand il sera temps de retrouver le face à face pédagogique, il sera nécessaire d’interroger cet usage des smartphones et le potentiel qu’il permet (ou pas). Bien sûr cela n’aura aucun sens si c’est simplement une affaire technique. Mais il faut aussi reconnaître que la maîtrise de cet outil n’est pas simplement une affaire de surface mais qu’elle peut aussi permettre d’aller plus au fond des choses et donc des apprentissages. Bien sûr cela ne mettra pas de côté l’ordinateur portable ou encore la tablette, mais entrer par l’AVAN c’est entrer par ce qui est devenu une pratique sociale qui est celle qui porte ce que l’on appel, à l’instar de Marcel Mauss, un fait social total.

A suivre et à débattre
BD

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