Une rentrée à questions… numériques ?

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Plus d’une année après la question de la fiabilité des services numériques pour l’école est encore en question. En mars 2020, la soudaineté d’un confinement révélait le sous-dimensionnement général des services numériques pour l’éducation. Les annonces ministérielles prétendant que le CNED était la solution, puis la mise en place de Lumni, Docaposte et les ENT et autres services de vie scolaire (Pronote), cette première période a été celle d’un joyeux bricolage qui a surtout révélé la capacité d’adaptation et de résilience de la communauté éducative et en particulier celle des enseignants qui ont agi en pleine conscience de leurs responsabilités éducatives. Certes, le tableau n’est pas uniformément réussi, il y a des zones d’ombre, quelques ratés… mais pouvait-il en être autrement à ce niveau-là quand les infrastructures et les services proposés par la hiérarchie s’avéraient peu opérationnels.

En novembre 2020, deuxième confinement, le ministère de l’Éducation a obtenu le maintien de l’ouverture des établissements scolaires. Argument pouvant être entendu au nom d’une société qu’il convenait de maintenir en état d’activité suffisant, mais argument ayant généré au sein même de l’institution une sorte de satisfecit traduit par des biens faibles États Généraux du Numériques : en effet rien de pertinent n’en est sorti et surtout pas l’idée d’un troisième confinement avec fermeture des écoles. On a eu l’impression que dans les têtes, on revenait à la situation antérieure, d’ailleurs, nombre de propositions de ces EGN le confirment, tant elles sont un renforcement de l’avant plutôt qu’une anticipation de l’avenir et encore moins une prise en compte des réalités vécues et remontées à l’échelle des enseignants et de leurs élèves.

En mars 2021, se profile le troisième confinement. Bien sûr, personne ne semble réellement y croire. L’approche territoriale limitait les risques de débordements, et la doctrine du maintien des écoles ouvertes a fait le reste : on n’y croit pas. D’ailleurs, le président a, en partie, donné son accord en proposant de modifier les vacances et de réduire au maximum la fermeture des écoles (3 jours en réalité) des collèges et des lycées (entre 8 et 10 jours environ). A priori pas de souci. Et c’est là qu’arrive la première semaine de confinement et que l’ensemble des services proposés semble être au même point qu’un an auparavant. L’argument d’une attaque par Déni de Service venue de l’étranger fait sourire dans les établissements, alors que l’ensemble des infrastructures (ENT, vie-Scolaire et CNED) a subi les mêmes problèmes à quelques exceptions près. D’ailleurs, l’argument est rapidement passé au second plan, la communication institutionnelle orientant les discours vers l’idée d’une prise en compte et d’une remédiation en cours. Ce qui correspond à peu près au scénario vécu un an auparavant.

Fin avril 2021, deux semaines de vacances ont dû permettre aux équipes de préparer le retour et donc de dimensionner les infrastructures pour répondre à la prochaine poussée de fièvre de l’enseignement à distance imposé aux collèges et aux lycées dès ce lundi 26 avril. Certes, ce ne semble être que pour une semaine… la dernière espère la plupart de la population. Oui, mais. Il semble bien que la fébrilité ait gagné du terrain et que le temps des explications ne soit plus très loin. Il va falloir rendre des comptes. D’une part, le ministre est de plus en plus mis à mal de par ses manières de faire, d’autre part, les services informatiques des académies ainsi que ceux dépendant des collectivités (en direct ou sous-traités) vont devoir faire face et, espérons-le, de manière efficiente.

Sans faire de pari sur ce qui va se passer dès la reprise de l’année scolaire, en présence et à distance l’enjeu est de taille. Les médias sont dans les starting blocs et il est inconcevable que la même cacophonie se répète trois semaines après, et un an plus tard. Mais est-il vraiment possible de faire face au flux de connexion qui va tout de suite être sur un pic de demande en attendant une stabilisation ? Si chaque enseignant décidait dès lundi à la première heure de faire un cours en visioconférence en demandant à tous les élèves de la classe de se connecter en même temps à l’ENT pour y trouver les supports préparés pendant les vacances, que se passerait-il ? Imaginons un instant que, de nouveau, les réseaux s’écroulent. On n’ose envisager les conséquences d’un tel dérapage pour la troisième fois en un an environ. Cela serait le signe non seulement d’une impréparation, mais surtout d’une incapacité à apprendre de l’expérience. Droit dans ses bottes, le ministre pourra-t-il fournir les éléments de langage qui parviendraient à éteindre l’incendie ?

À la recherche de causes possibles, certains ont tenté de suivre le parcours des données lorsqu’un élève ou un enseignant se connecte soit au CNED soit à l’ENT. Le résultat est édifiant de complexité. Est-il seulement possible d’y remédier rapidement? La lourdeur institutionnelle (quid des DSI des académies , des collectivités, des entreprises de services ENT et autres) ne semble pas propice à des remédiations à court terme. L’enseignant est bien loin de toute cette « tambouille », lui souhaite simplement accomplir ses tâches auprès des élèves. Encore faut-il que l’intendance suive… or les fameuses infrastructures sont celles qu’on ne voit pas, qu’on comprend difficilement, mais, pourtant, sont le maillon essentiel du fonctionnement. Et cela les acteurs du quotidien n’en voient que les effets, « surtout quand ça ne marche pas », comme le dit Bruno Latour.

Il faut que ça marche ! Fini de disserter sur l’hybridation, la résilience, les fractures et autres difficultés. Évitons le « faut que ça saigne » cher à Boris Vian sinon nous pourrions chanter aussi le « tango des joyeux enseignants » qui font saigner les élèves… En attendant, « wait and see »…

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