{"id":1190,"date":"2012-08-28T06:12:59","date_gmt":"2012-08-28T06:12:59","guid":{"rendered":"http:\/\/www.brunodevauchelle.com\/blog\/?p=1190"},"modified":"2012-08-28T06:12:59","modified_gmt":"2012-08-28T06:12:59","slug":"rien-a-dire-et-pourtant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/?p=1190","title":{"rendered":"Rien \u00e0 dire ? Et pourtant&#8230;."},"content":{"rendered":"<p>Comment \u00e9duquer \u00e0 la parole sur les r\u00e9seaux num\u00e9riques ? Comment \u00e9duquer \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute sur les r\u00e9seaux num\u00e9riques ? La question n&rsquo;est pas angoissante a priori, la psychologie (et ses voisines) nous a suffisamment habitu\u00e9 \u00e0 ces questions. Et pourtant, l&rsquo;observation attentive des propos tenus sur les r\u00e9seaux sociaux num\u00e9riques par des adultes, au moins autant si ce n&rsquo;est plus que les jeunes, r\u00e9v\u00e8le une certaine vacuit\u00e9. Il suffisait d\u00e9j\u00e0 de dresser l&rsquo;oreille quand les gens t\u00e9l\u00e9phonent dans un espace public pour entendre ces discours, avec le t\u00e9l\u00e9phone portable et les abonnements illimit\u00e9s sur certains num\u00e9ros, pour se rendre compte que la vacuit\u00e9 est souvent immense, voire abyssale dans pr\u00e8s de 90% du temps de communication. Finalement si l&rsquo;on s&rsquo;en tenait \u00e0 l&rsquo;essentiel des messages importants, on r\u00e9duirait nos \u00e9changes de fa\u00e7on extr\u00eamement importante. C&rsquo;est donc que dire et entendre dire \u00e0 une autre fonction que de communiquer ou d&rsquo;informer. Les linguistes et autres s\u00e9miologues ont depuis longtemps observ\u00e9 ces paroles que l&rsquo;on pourrait croire inutiles et les psychologues et autres psychanalystes leur ont pr\u00eat\u00e9 main forte pour en faire des interpr\u00e9tations. Un psychanalyste comme Michel Schneider (le Monde du 25 aout 2012) nous ouvre une piste en nous parlant de la volont\u00e9 de \u00ab\u00a0se faire voir\u00a0\u00bb qui serait l&rsquo;apanage de l&rsquo;art de gouverner actuellement. On peut effectivement penser qu&rsquo;il y a du \u00ab\u00a0se faire voir\u00a0\u00bb dans ces propos si peu attrayants, mais il y a probablement autre chose.<br \/>\nQuand on lit des propos comme \u00ab\u00a0bonjour twitterworld\u00a0\u00bb ou encore \u00ab\u00a0devinez o\u00f9 je suis ?\u00a0\u00bb et puis aussi \u00ab\u00a0ce midi r\u00f4ti de veau\u00a0\u00bb etc&#8230; juxtapos\u00e9 \u00e0 des liens (des photos) plus ou moins \u00ab\u00a0frais\u00a0\u00bb dans des domaines vari\u00e9s et pas forc\u00e9ment dans ce pourquoi on a accept\u00e9 d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;ami de quelqu&rsquo;un, on se demande s&rsquo;il s&rsquo;agit de \u00ab\u00a0se faire voir\u00a0\u00bb ou plut\u00f4t de \u00ab\u00a0montrer qu&rsquo;on existe\u00a0\u00bb ou encore de s&rsquo;assurer qu&rsquo;on existe par le retour du service lui-m\u00eame (je peux lire mon journal) et par le retour des \u00ab\u00a0amis\u00a0\u00bb qui \u00ab\u00a0aiment\u00a0\u00bb votre message. On trouve aussi dans ce type d&rsquo;expression une probl\u00e9matique qui se rapproche de celle de la photographie num\u00e9rique : t\u00e9moigner d&rsquo;un \u00e9v\u00e8nement au moment o\u00f9 l&rsquo;on y assiste, g\u00e9n\u00e9rer une trace, garder une trace. Avec les r\u00e9seaux sociaux, on double l&rsquo;int\u00e9r\u00eat, non seulement on met la photo mais en plus on commente. Mais qu&rsquo;en est-il alors de la Pr\u00e9sence aux autres dans l&rsquo;espace dans lequel on est. J&rsquo;ai vu assez souvent ce genre d&rsquo;attitude dans des colloques ou s\u00e9minaires dans lesquels on twitte pendant les d\u00e9bats auxquels on assiste ou m\u00eame on participe. Je m&rsquo;y suis m\u00eame essay\u00e9 une fois pour comprendre ce qui se passait. Outre que l&rsquo;on a l&rsquo;impression de prendre des notes en direct, on a en m\u00eame temps l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre vu par d&rsquo;autres qui sont loin et d&rsquo;\u00eatre absent pour ceux qui sont l\u00e0. L\u00e0 encore on peut montrer qu&rsquo;on existe et bien au del\u00e0 du cercle des pr\u00e9sents physiques, au risque m\u00eame de les oublier, de les ignorer.<br \/>\nOn peut observer qu&rsquo;il y a une difficult\u00e9 dans ces modes de communication. Dans un billet ant\u00e9rieur, on \u00e9voquait l&rsquo;opposition entre \u00e9crit court et \u00e9crit long. Ici on peut \u00e9voquer l&rsquo;opposition entre \u00e9crit de forme et \u00e9crit de fond. Car s&rsquo;il s&rsquo;agit de faire un compte rendu journalistique en temps r\u00e9el, on se trouve dans le cas du commentateur d&rsquo;\u00e9v\u00e8nement. Si on fait ce compte rendu alors qu&rsquo;on est partie prenante de l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement cela risque de d\u00e9ranger l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement lui-m\u00eame : imaginons un sportif qui ar\u00eate son jeu pour le commenter en direct ! Outre que faire ce n&rsquo;est pas commenter, faire c&rsquo;est une forme d&rsquo;implication diff\u00e9rente que de commenter. Or le fond, sur lequel on parle, m\u00e9rite une attention soutenue et un vrai travail, que d&rsquo;ailleurs les journalistes\/commentateurs assurent de diff\u00e9rentes mani\u00e8res. On a pu assister pendant les JO de Londres \u00e0 des \u00e9preuves sans commentaire, brutes, on pourra bient\u00f4t assister sur la cha\u00eene Bein \u00e0 des matchs de football comment\u00e9s par les twitts des internautes et uniquement par ceux l\u00e0 et d\u00e9j\u00e0 les r\u00e9seaux sociaux sont largement sollicit\u00e9s pour alimenter l&rsquo;interactivit\u00e9 des m\u00e9dias de masse (avec plus ou moins d&rsquo;efficacit\u00e9). Mais de plus en plus on s&rsquo;aper\u00e7oit que les \u00e9crits\/propos de forme l&#8217;emportent sur ceux de fond. Celui ou celle qui commente va autant parler de lui ou d&rsquo;elle, de ses ressentis que de l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement qu&rsquo;il commente ou pr\u00e9tend commenter.<br \/>\nEduquer aux r\u00e9seaux num\u00e9riques, utiliser les outils des r\u00e9seaux num\u00e9riques dans un contexte scolaire, tout cela n\u00e9cessite d&rsquo;engager une vrai r\u00e9flexion sur le sens et la valeur de la Parole. Il semble que nous en soyons loin, le plus souvent. Les arguments employ\u00e9s ici o\u00f9 l\u00e0 sont souvent bien r\u00e9duits et peuvent difficilement justifier de v\u00e9ritables d\u00e9marches \u00e9ducatives autres qu&rsquo;une adaptation aux \u00ab\u00a0monde r\u00e9el\u00a0\u00bb ou encore une mise en phase avec la culture des jeunes. La vacuit\u00e9 des discours entre jeunes est bien connue dans un certain nombre de circonstances. Il s&rsquo;agit d&rsquo;y jouer une socialit\u00e9 au sein d&rsquo;un groupe et les propos vides ont d&rsquo;abord une fonction phatique. Certes dans le monde adulte cela existe aussi, mais c&rsquo;est moins courant. Or il semble bien que les pratiques d&rsquo;un certain nombre de personnes s&rsquo;orientent de plus en plus vers cela. Est-ce de l&rsquo;adulescence ? Peut-\u00eatre pas. Il me semble qu&rsquo;il y a l\u00e0 un probl\u00e8me plus large de reconstruction pour chacun de son \u00eatre au monde dans un environnement num\u00e9ris\u00e9. Les moyens qui sont alors mis \u00e0 disposition sont investis et chacun tente de se construire une identit\u00e9. Il semble qu&rsquo;une \u00e9tude approfondie de ces messages, de leur mode et de leur fr\u00e9quence serait souhaitable, en particulier sur le plan de la psychologie sociale.<br \/>\nEn tout cas, en l&rsquo;absence d&rsquo;analyses de fond de ces expression de forme, l&rsquo;\u00e9ducateur, qu&rsquo;il soit parent, enseignant, ou autre devra d\u00e9sormais \u00eatre attentif \u00e0 ces comportements, les siens et ceux des autres, pour permettre aux jeunes qui entrent dans ce monde num\u00e9ris\u00e9 de disposer des cl\u00e9s qui leur permettront de ma\u00eetriser au mieux l&rsquo;impact de leurs propos ou en tout cas ce qu&rsquo;ils r\u00e9v\u00e8lent d&rsquo;eux m\u00eames. Ce que nous disons, ce que nous exprimons est un bon r\u00e9v\u00e9lateur de ce que nous sommes, encore faut-il qu&rsquo;on apprenne les enjeux et les habilet\u00e9s de cet art de montrer qui l&rsquo;on est, au risque de se \u00ab\u00a0trahir\u00a0\u00bb soi-m\u00eame&#8230;<br \/>\nA suivre<br \/>\nBD<br \/>\nPS On met probablement plus de temps \u00e0 lire les propos inutiles sur les r\u00e9seaux sociaux que les contrats de licence des applications et autres assurances&#8230; (qu&rsquo;on ne lit pas d&rsquo;ailleurs)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comment \u00e9duquer \u00e0 la parole sur les r\u00e9seaux num\u00e9riques ? Comment \u00e9duquer \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute sur les r\u00e9seaux num\u00e9riques ? La question n&rsquo;est pas angoissante a priori, la psychologie (et ses voisines) nous a suffisamment habitu\u00e9 \u00e0 ces questions. 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