{"id":1244,"date":"2012-11-04T15:13:23","date_gmt":"2012-11-04T15:13:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.brunodevauchelle.com\/blog\/?p=1244"},"modified":"2012-11-04T15:13:23","modified_gmt":"2012-11-04T15:13:23","slug":"fausse-interaction-ou-veritable-flux-lobligation-deduquer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/?p=1244","title":{"rendered":"Fausse interaction ou v\u00e9ritable flux, l&#039;obligation d&#039;\u00e9duquer !"},"content":{"rendered":"<p>Ce que nous apprend l&rsquo;\u00e9volution actuelle des r\u00e9seaux sociaux num\u00e9riques, c&rsquo;est le retour du flux descendant. Qu&rsquo;est-ce que cela signifie ? Simplement d\u00e9sormais avec les outils de r\u00e9seaux, l&rsquo;information vous arrive en flux continu, en flot, sans que vous l&rsquo;ayez cherch\u00e9e, autrement qu&rsquo;en vous mettant en lien avec d&rsquo;autres personnes. En quelque sorte c&rsquo;est comme si vous aviez confi\u00e9 \u00e0 d&rsquo;autres le soin de vous tenir au courant, sans rien faire, de l&rsquo;information du moment. Ces autres sont vos amis, mais peuvent aussi \u00eatre des professionnels de l&rsquo;information, du commerce, de la politique etc&#8230;<br \/>\nEn d&rsquo;autres termes les r\u00e9seaux sociaux num\u00e9riques ont r\u00e9invent\u00e9 la t\u00e9l\u00e9vision augment\u00e9e (texte, hyperliens etc&#8230; hyperm\u00e9dia en quelques sortes). On trouvera d&rsquo;ailleurs un article int\u00e9ressant dans T\u00e9l\u00e9rama de ce d\u00e9but novembre sur twitter et la t\u00e9l\u00e9. Cette \u00e9volution devient de plus en plus \u00e9vidente avec les algorithmes qui vous imposent des vues class\u00e9es des informations (16% seulement parviennent \u00e0 passer la barri\u00e8re de cet algorithme). Si on \u00e9largit la question pos\u00e9e, et si on analyse les faits que peut-on observer : en proportion du nombre de personnes ayant acc\u00e8s \u00e0 Internet, les v\u00e9ritables producteurs de contenus denses sont peu nombreux. Il y a beaucoup de contenus de peu d&rsquo;int\u00e9r\u00eats que la machine s&#8217;empresse d&rsquo;enfouir et de faire passer derri\u00e8re des contenus plus populaires (selon les algorithmes utilis\u00e9s). En d&rsquo;autres termes, ce n&rsquo;est pas la qualit\u00e9 des contenus mais leur popularit\u00e9 virale qui les met au premier plan. Constatant ce fait et observant que les m\u00e9dias de flux traditionnel ont gard\u00e9 une tr\u00e8s forte influence sur les publics, il est logique que ce mode de diffusion tente ceux qui ont pourtant port\u00e9 l&rsquo;interaction au sommet de son art (pour le moment). En d&rsquo;autres termes plus le potentiel d&rsquo;interaction est disponible, plus la logique de flux s&rsquo;imposerait !!!<br \/>\nL&rsquo;humain serait-il victime de ce qu&rsquo;il est dans son rapport au temps qui passe ? L&rsquo;humain deviendrait-il un objet du pr\u00e9sent, sans pass\u00e9 ni futur, toujours dans le flux ? Si l&rsquo;on y regarde de plus pr\u00e8s on observe que chacun de nous d\u00e9roule le ruban du temps et que malgr\u00e9 toute sa volont\u00e9 de mener plusieurs t\u00e2ches de front, le flot du temps s&rsquo;impose. Dans le m\u00eame temps la survalorisation du pr\u00e9sent, typique de nos soci\u00e9t\u00e9s contemporaines occidentales, encourage l&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour le flux, l&rsquo;actuel. Car le principe m\u00eame du flux est de ne porter que le pr\u00e9sent&#8230;en mouvement. L&rsquo;ancien perd de sa valeur, le futur n&rsquo;en a pas encore. Seul le pr\u00e9sent compterait, et la logique des flux, encourageant l&rsquo;enfouissement du pass\u00e9 et bloquant le plus souvent une pens\u00e9e du futur (le long fleuve tranquille, dont on ne pourrait changer le cours) permettrait de l&rsquo;accompagner au mieux. Notre faiblesse humaine, cette facilit\u00e9, bas\u00e9e souvent sur l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un h\u00e9donisme, serait alors exploit\u00e9e au mieux dans cette logique.<br \/>\nEn habituant les jeunes \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision il y a de nombreuses ann\u00e9es, la logique de flux dominait car elle \u00e9tait la seule propos\u00e9e par la technique. Ceux qui sont n\u00e9s avec ont donc logiquement int\u00e9gr\u00e9 les cons\u00e9quences de cette logique. Avec l&rsquo;interactivit\u00e9 permise par le num\u00e9rique et surtout le d\u00e9veloppement des interactions humaines, on a \u00e9t\u00e9 tent\u00e9 de croire \u00e0 un renversement. Les utopistes de la d\u00e9mocratie directe, par exemple, y ont cru tr\u00e8s t\u00f4t. La r\u00e9v\u00e9lation de ces milliers de signes exprim\u00e9s par tant de personnes sur les blogs, les SMS, les r\u00e9seaux sociaux a \u00e9t\u00e9 souvent analys\u00e9e comme porteuse de cette utopie. En fait ce n&rsquo;\u00e9tait que la mise en \u00e9vidence de la face cach\u00e9e de la communication humaine. De nombreux \u00e9changes qui ne d\u00e9passaient pas le zinc du caf\u00e9 du commerce se sont souvent retrouv\u00e9s sur la place publique. Les professionnels des flux y ont vu d&rsquo;abord une r\u00e9v\u00e9lation (les unes des journaux), puis une menace (la non cr\u00e9dibilit\u00e9 des informations), et enfin un vecteur pour renforcer leur position (le plurim\u00e9dia ou la continuit\u00e9), encourag\u00e9s qu&rsquo;ils sont par les logiques \u00e9conomiques, industrielles et commerciales sous-jacentes.<br \/>\nLes outils d&rsquo;interaction n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9s des r\u00e9volutions sociales qui pouvaient leur permettre de gagner du terrain et de lib\u00e9rer la parole. Leurs concepteurs s&rsquo;en sentaient-ils porteurs ? Les usagers y ont-ils vu une opportunit\u00e9 de prise de pouvoir ? Non ! L&rsquo;\u00e9cole est rest\u00e9e l&rsquo;\u00e9cole, la t\u00e9l\u00e9vision est rest\u00e9e la t\u00e9l\u00e9vision, le commerce est rest\u00e9 le commerce etc&#8230; Les flux sont rest\u00e9s les flux, ou plut\u00f4t se sont encore renforc\u00e9s sous couvert de prise en compte de l&rsquo;interaction. Les utopies exprim\u00e9es \u00e0 propos du d\u00e9veloppement d&rsquo;Internet ont vite \u00e9t\u00e9 contredites par des r\u00e9alit\u00e9s, en particulier \u00e9conomiques, mais aussi culturelles.<br \/>\nLib\u00e9rer la parole, voil\u00e0 bien l&rsquo;enjeu \u00e9ducatif des ann\u00e9es \u00e0 venir. Mais pour lib\u00e9rer la parole, il faut que chacun apprenne \u00e0 alimenter en amont la r\u00e9flexion, sa propre d\u00e9marche, son action. Or on a bien les outils de la lib\u00e9ration de la parole, mais on n&rsquo;a pas encore d\u00e9velopp\u00e9 l&rsquo;amont. Certes les cat\u00e9gories sociales les plus favoris\u00e9es, en particulier celles dot\u00e9es d&rsquo;un capital culturel important, ont tr\u00e8s vite per\u00e7u cet \u00e9tat des choses et son int\u00e9r\u00eat. Ils s&rsquo;en sont empar\u00e9s car tr\u00e8s souvent ils \u00e9taient aux commandes de ces outils. Il s&rsquo;agissait de garder le pouvoir&#8230; Mais se lib\u00e9rer ce n&rsquo;est pas automatiquement lib\u00e9rer les autres de la tyrannie et des risques de l&rsquo;ignorance li\u00e9 \u00e0 la non ma\u00eetrise du num\u00e9rique. C&rsquo;est m\u00eame l&rsquo;inverse quand on a peur pour son propre pouvoir&#8230; Pour changer cela il faut une v\u00e9ritable \u00e9ducation. Cette \u00e9ducation d\u00e9marre aux premi\u00e8res heures de la vie et ne cesse de se poursuivre tout au long de la vie. C&rsquo;est un \u00ab\u00a0effort\u00a0\u00bb \u00e0 faire que de ne pas se laisser emporter par le flot, un effort si difficile que peu y r\u00e9sistent, voire aucun, malgr\u00e9 les d\u00e9n\u00e9gations que l&rsquo;on entend d\u00e9j\u00e0. Or cet effort n&rsquo;est pas de la m\u00eame nature que ce que l&rsquo;on a coutume d&rsquo;appeler l&rsquo;effort dans le monde scolaire. En effet il est d&rsquo;abord n\u00e9cessaire de savoir \u00ab\u00a0inhiber\u00a0\u00bb comme dirait Olivier Houd\u00e9, et c&rsquo;est de cela qu&rsquo;il s&rsquo;agit mais d&rsquo;une autre mani\u00e8re. En effet l&rsquo;effort doit porter sur la lutte personnelle contre une sorte de facilit\u00e9, celle du flot, autrement dit inhiber le plaisir de la facilit\u00e9.<br \/>\nSi faire des twitterclasses, ou des classes sur des r\u00e9seaux sociaux c&rsquo;est tenter de lib\u00e9rer la parole, alors on peut esp\u00e9rer de l&rsquo;av\u00e8nement d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration nouvelle. Mais \u00e0 y regarder de plus pr\u00e8s, il est tr\u00e8s rare d&rsquo;entendre poindre ce discernement dans les t\u00e9moignages, m\u00eame si des discours g\u00e9n\u00e9reux tentent de le laisser penser. Dans un monde d&rsquo;information et de communication, lib\u00e9rer la parole c&rsquo;est certes apprendre \u00e0 lire, mais cela est bien insuffisant, car cela g\u00e9n\u00e8re de nouvelles d\u00e9pendances. C&rsquo;est apprendre \u00e0 \u00e9crire, \u00e0 tenir parole qui devient essentiel. Si apprendre \u00e0 lire c&rsquo;est \u00eatre capable de mieux recevoir le flux, alors ce sera peut-\u00eatre aussi\u00a0 un outil au service de la d\u00e9pendance. Si apprendre \u00e0 lire c&rsquo;est le premier pas qui accompagne le comprendre et l&rsquo;\u00e9crire, alors on peut esp\u00e9rer que la parole sera plus assum\u00e9e, plus lib\u00e9r\u00e9es. Mais pour l&rsquo;instant, enseigner c&rsquo;est souvent aussi \u00eatre dans le flux, Et \u00eatre \u00e9l\u00e8ve c&rsquo;est aussi apprendre \u00e0 accepter le flux, sa logique, son pilotage, ce qui fait souvent dire aux enseignants du sup\u00e9rieur que les jeunes ont du mal \u00e0 devenir auteurs. Imposer twitter dans la classe peut aussi \u00eatre contre productif&#8230;<br \/>\nA l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 se d\u00e9veloppent les possibilit\u00e9s de choisir de s&rsquo;opposer au flux par les syst\u00e8mes de replay, de Vod et autres vid\u00e9oth\u00e8ques en ligne, il est n\u00e9cessaire de se poser la question d&rsquo;une \u00e9ducation \u00e0 ces choix en opposition \u00e0 une \u00e9ducation au programme \u00e9tabli \u00e0 l&rsquo;avance. C&rsquo;est aussi une \u00e9ducation \u00e0 l&rsquo;autodirection, Mais le syst\u00e8me scolaire est encore marqu\u00e9 par une tradition jacobine dont il ne sait comment se sortir, comme le montrent nombre de r\u00e9cents d\u00e9bats sur l&rsquo;\u00e9ducation. Eduquer \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 (au sens premier du terme, auteur) va bien plus loin que l&rsquo;usage, m\u00eame si celui-ci est un passage oblig\u00e9. Le scepticisme est souvent mal vu dans les soci\u00e9t\u00e9s contemporaines, mais en faire une attitude fondamentale de l&rsquo;esprit afin ensuite de construire des axes d&rsquo;action est indispensable pour d\u00e9velopper l&rsquo;autorit\u00e9 qui est d&rsquo;abord questionnement et doute et non pas certitude et affirmation a priori. Le retour d&rsquo;un certain scientisme guette certaines de nos soci\u00e9t\u00e9s occidentales (transhumanisme). Il est encore temps d&rsquo;interroger les \u00e9vidences technologiques avant qu&rsquo;elles n&rsquo;aient pris trop de place dans notre vie et ne soient devenues de v\u00e9ritables proth\u00e8ses intellectuelles&#8230;.<br \/>\nA d\u00e9battre<br \/>\nBD<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce que nous apprend l&rsquo;\u00e9volution actuelle des r\u00e9seaux sociaux num\u00e9riques, c&rsquo;est le retour du flux descendant. Qu&rsquo;est-ce que cela signifie ? Simplement d\u00e9sormais avec les outils de r\u00e9seaux, l&rsquo;information vous arrive en flux continu, en flot, sans que vous l&rsquo;ayez cherch\u00e9e, autrement qu&rsquo;en vous mettant en lien avec d&rsquo;autres personnes. 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