{"id":1305,"date":"2013-02-08T10:55:14","date_gmt":"2013-02-08T10:55:14","guid":{"rendered":"http:\/\/www.brunodevauchelle.com\/blog\/?p=1305"},"modified":"2013-02-08T10:55:14","modified_gmt":"2013-02-08T10:55:14","slug":"meme-avec-les-ecrans-lhumain-reste-lhumain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/?p=1305","title":{"rendered":"M\u00eame avec les \u00e9crans, l&#039;humain reste l&#039;humain !"},"content":{"rendered":"<p>Quand la science n&rsquo;a pas suffisamment de connaissances elle renvoi \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation ! C&rsquo;est par cet aphorisme un peu rapide que l&rsquo;on peut entrer dans une analyse des propos issus du rapport de l&rsquo;acad\u00e9mie des sciences sur l&rsquo;enfant et les \u00e9crans, mais aussi sur la m\u00e9diatisation qui en d\u00e9coule comme par exemple T\u00e9l\u00e9rama de la semaine du 9 eu 16 f\u00e9vrier 2013&#8230; (http:\/\/www.telerama.fr\/medias\/internet-modifie-t-il-mon-cerveau,93189.php)<br \/>\nPlusieurs points m\u00e9ritent d&rsquo;\u00eatre abord\u00e9s, mais en premier lieu il faut avertir le lecteur, en l&rsquo;invitant d&rsquo;abord \u00e0 se connecter sur le site de la fondation de la main \u00e0 la p\u00e2te (http:\/\/www.fondation-lamap.org\/fr) qui propose d&rsquo;aller plus loin sur l&rsquo;\u00e9ducation aux \u00e9crans. De plus il faut signaler ici que si les propos tenus ici sont un peu pol\u00e9miques et rapides, ils s&rsquo;inscrivent d&rsquo;abord dans une d\u00e9marche respectueuse mais critique du travail men\u00e9 par l&rsquo;acad\u00e9mie des sciences sur ce th\u00e8me. Enfin il faut d\u00e9plorer l&rsquo;\u00e9cart entre les incertitudes scientifiques (les savoirs) et les certitudes technologiques (les pratiques) et m\u00e9diatiques (imaginaires), ne s&rsquo;excluant pas les uns les autres. La lecture du propos de Jean Marc Levy-Leblond (le Grand \u00e9cart, La science entre technique et culture, Editions Manucius, 2013) est \u00e9clairante par la perspective historique mais aussi anticipatrice de l&rsquo;\u00e9volution de la relation entre sciences et technologies, dont des philosophes comme Jacques Ellul ont d\u00e9j\u00e0 balis\u00e9 le chemin de r\u00e9flexion.<br \/>\nPour \u00eatre un peu pol\u00e9mique avec les auteurs de ce rapport, on constate qu&rsquo;une boite noire pose probl\u00e8me dans notre soci\u00e9t\u00e9 moderne : l&rsquo;\u00e9ducation parentale. Et que pour y r\u00e9pondre on fait appel en priorit\u00e9 \u00e0 une autre boite (grise celle-l\u00e0) l&rsquo;\u00e9cole. De plus on s&rsquo;aper\u00e7oit que l&rsquo;on parle ici au nom du principe de pr\u00e9caution davantage qu&rsquo;au nom de savoirs stabilis\u00e9s. Ce que l&rsquo;on constate \u00e0 la lecture de ce texte c&rsquo;est que finalement on ne sait \u00ab\u00a0presque rien ou pas grand chose\u00a0\u00bb du fonctionnement du cerveau. Il faut bien reconna\u00eetre qu\u2019IRM, TEP et autres m\u00e9thodes d&rsquo;investigations scientifiques apportent des informations int\u00e9ressantes, mais que certaines d\u00e9ductions ou inductions un peu rapides peuvent amener \u00e0 faire prendre des hypoth\u00e8ses pour des v\u00e9rit\u00e9s scientifiques. L&rsquo;histoire de la science (et des techniques) nous montre continuellement que les instruments du chercheur sont des ouvertures mais aussi des limitations sur la connaissance qu&rsquo;ils peuvent avoir de leur objet de recherche. Pour reprendre un autre aphorisme : \u00ab\u00a0on ne voit que de l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;on est post\u00e9, et ce que l&rsquo;on voit d\u00e9pend de l&rsquo;instrument qui nous permet de voir\u00a0\u00bb. En d&rsquo;autres termes nos savoirs sont fond\u00e9s d&rsquo;abord sur le choix que nous faisons de l&rsquo;objet que nous regardons, de l&rsquo;endroit o\u00f9 l&rsquo;on se situe par rapport \u00e0 lui et qu&rsquo;on ne le connait qu&rsquo;au travers des \u00ab\u00a0lunettes\u00a0\u00bb dont on dispose&#8230; Il ne s&rsquo;agit pas ici de d\u00e9fendre le relativisme, mais d&rsquo;utiliser cette posture pour interroger les oc\u00e9ans de certitudes qui se d\u00e9versent ensuite dans les m\u00e9dias de flux et les espaces d&rsquo;expression num\u00e9rique.<br \/>\nIn fine, il faut consid\u00e9rer que ce rapport fait une sorte d&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;art des connaissances disponibles et le synth\u00e9tise ici. Le probl\u00e8me que pose ce rapport c&rsquo;est de savoir ce qu&rsquo;il convient de pr\u00e9coniser \u00e0 partir de ce que l&rsquo;on consid\u00e8re comme savoir, quand celui-ci reste parcellaire. D\u00e8s lors on comprend la difficult\u00e9 \u00e0 aller au del\u00e0 de remarques assez globales. Pourtant, et cela peut \u00e9tonner, un terme appara\u00eet \u00e0 plusieurs reprises : \u00ab\u00a0autor\u00e9guler\u00a0\u00bb. Or ce terme est pr\u00e9cis\u00e9ment un objet de recherche (Cosnefroy, L. (2011). L\u2019apprentissage autor\u00e9gul\u00e9, entre cognition et motivation. Grenoble : PUG) dont la r\u00e9f\u00e9rence est quasiment absente de la bibliographie. Cela n&rsquo;est pas sans poser question quand on conna\u00eet l&rsquo;importance que peut avoir actuellement le champ de recherche sur l&rsquo;autodirection, l&rsquo;autor\u00e9gulation, l&rsquo;auto-efficacit\u00e9, l&rsquo;estime de soi, voire la r\u00e9silience&#8230;. (cf. le livre Boris Cyrulnik, entretien avec Denis Peschanski, M\u00e9moire et traumatisme., L\u2019individu et la fabrique des grands r\u00e9cits, Ina Editions,2012. Ce livre \u00e9voque en particulier le lien entre l&rsquo;image et le mot, la repr\u00e9sentation visuelle et la repr\u00e9sentation verbale).<br \/>\nCe rapport invite les parents \u00e0 \u00e9duquer leurs enfants aux \u00e9crans. On ne peut que souscrire \u00e0 cela. Mais bien plus on aurait aim\u00e9 qu&rsquo;il s&rsquo;attarde aussi \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation des adultes aux \u00e9crans. On ne peut que constater au quotidien les modes d&rsquo;usages de ces \u00e9crans par les adultes et la fascination qu&rsquo;ils exercent sur eux. Dans de nombreuses conversations on entend les allusions au \u00ab\u00a0vu \u00e0 la t\u00e9l\u00e9\u00a0\u00bb, m\u00eame dans le monde enseignant. Pour le dire autrement, et ce n&rsquo;est pas nouveau dans notre r\u00e9flexion, avant de faire des recommandations aux \u00e9ducateurs, il convient d&rsquo;interroger les \u00e9ducateurs sur leurs propres pratiques. S&rsquo;il est dangereux d&rsquo;exposer un nourrisson aux \u00e9crans de t\u00e9l\u00e9vision, ce que l&rsquo;on con\u00e7oit de mani\u00e8re intuitive, on peut s&rsquo;\u00e9tonner de l&rsquo;omnipr\u00e9sence de ces grands \u00e9crans, constamment allum\u00e9s, dans le quotidien de nombre de foyers, ce fonctionnement \u00e9tant celui des adultes avant d&rsquo;\u00eatre celui des enfants.<br \/>\nOn s&rsquo;\u00e9tonnera enfin du peu de place donn\u00e9 \u00e0 la Parole et l&rsquo;interaction humaine, comme m\u00e9diateur dans ce contexte de recommandations. Dans les titres des pr\u00e9conisations, il n&rsquo;en est jamais question de mani\u00e8re explicite. Or depuis de nombreuses ann\u00e9es des travaux de recherche ont mis en \u00e9vidence l&rsquo;importance de la verbalisation pour ma\u00eetriser les affects, m\u00eame si l&rsquo;on en conna\u00eet aussi certaines limites.\u00a0 Cette absence et ce renvoi aux parents sont bien le signe de la difficult\u00e9 actuelle que nous avons \u00e0 travailler la question de la parentalit\u00e9 en d\u00e9passant le cadre des constats pour aller sur celui des actions \u00e0 mener. Ce secteur de la formation des \u00ab\u00a0grands\u00a0\u00bb, les adultes, tout au long de la vie reste semble-t-il un secteur d\u00e9laiss\u00e9 au profit d\u2019une centration souvent exclusive sur les jeunes. Comme si un adulte \u00e9tait \u00ab\u00a0in\u00e9ducable\u00a0\u00bb d\u00e8s lors qu&rsquo;il aurait \u00e9t\u00e9 model\u00e9 dans da jeunesse. On voit ressurgir ici une id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rique ancienne qui s&rsquo;oppose aux \u00e9nonc\u00e9s scientifiques concernant la possibilit\u00e9 de plasticit\u00e9 du cerveau tout au long de la vie (cf. le bel article du Monde dat\u00e9 du 8 f\u00e9vrier sur M C Streiff, ancien dirigeant de Peugeot, qui se remet d&rsquo;un AVC).<br \/>\nEnfin parlons de l&rsquo;article de T\u00e9l\u00e9rama. On peut y lire des phrase suffisamment d\u00e9finitives (Marc Belpois &#8211; T\u00e9l\u00e9rama n\u00b0 3291) pour nous interroger :<br \/>\n&#8211; \u00ab\u00a0une chose est s\u00fbr, notre cerveau se reconfigure en apprenant\u00a0\u00bb. Ce genre d&rsquo;affirmation rel\u00e8ve de l&rsquo;\u00e9vidence \u00e9vidente, et n&rsquo;apporte rien au propos si ce n&rsquo;est pour illustrer la plasticit\u00e9 du cerveau. Mais le terme reconfigurer ne doit pas \u00eatre d\u00e9laiss\u00e9 : il est surtout utilis\u00e9 dans des contextes informatiques (reconfigurer un ordinateur)&#8230; En d&rsquo;autres termes, l&rsquo;imaginaire sous jacent semble renvoyer \u00e0 une vision informatique du fonctionnement du cerveau<br \/>\n&#8211; \u00ab\u00a0Sur la Toile le cheminement de la pens\u00e9e n&rsquo;est pas contr\u00f4l\u00e9 par l&rsquo;auteur, mais par le lecteur\u00a0\u00bb. Etonnant propos quand on vient de parler du fait que sur les \u00e9crans les concepteurs de page tentent au contraire de guider le lecteur. On voit bien que la comparaison s&rsquo;op\u00e8re par rapport \u00e0 l&rsquo;\u00e9crit livresque. Mais le lecteur du livre serait-il contr\u00f4l\u00e9 par l&rsquo;auteur. Celui qui lit sait bien que les \u00e9vocations d&rsquo;un texte invitent souvent \u00e0 la r\u00eaverie, \u00e0 l&rsquo;errance de la pens\u00e9e. La v\u00e9ritable \u00e9volution c&rsquo;est la facilit\u00e9 avec laquelle je peux choisir de m&rsquo;\u00e9chapper de l&rsquo;auteur que permet l&rsquo;\u00e9cran num\u00e9rique interactif. Mais le lecteur de livre sait aussi fermer le livre et passer \u00e0 autre chose&#8230; parfois en plein : milieu d&rsquo;une page&#8230; Ce n&rsquo;est pas le livre qui guide, c&rsquo;est la rencontre imaginaire entre \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9criteur\u00a0\u00bb et le lecteur qui rend possible cette forme de soumission. L&rsquo;imaginaire de la libert\u00e9 du lecteur permise par Internet est un leurre, c&rsquo;est plus fondamentalement le probl\u00e8me du rapport de l&rsquo;individu avec son milieu et l&rsquo;acceptation ou non de son asservissement \u00e0 ce milieu.<br \/>\n&#8211; \u00ab\u00a0tout d\u00e9pend de ce qu&rsquo;on y fait\u00a0\u00bb. Fort heureusement le contexte a \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9 ici. En effet un objet, m\u00eame s&rsquo;il embarque de l&rsquo;humain dans sa conception, est d\u00e9pendant de l&rsquo;humain et de la situation dans laquelle l&rsquo;humain l&rsquo;utilise (cf. Michel de Certeau). Le danger de cette phrase est qu&rsquo;elle peut inciter au relativisme.<br \/>\n&#8211; \u00ab\u00a0transformons-nous notre propre m\u00e9moire, terreau de la maturation de la pens\u00e9e, en simple index de nos connaissances ? Dans ce cas, il y a p\u00e9ril en la demeure\u00a0\u00bb. On ne peut qu&rsquo;\u00eatre surpris de cette expression \u00ab\u00a0terreau de la maturation de la pens\u00e9e\u00a0\u00bb. L&rsquo;imaginaire jardinier est ici convoqu\u00e9. On connait la force de la m\u00e9taphore, on m\u00e9connait l&rsquo;impact de l&rsquo;approximation. Or ce genre de formulation, qui n&rsquo;est ni vrai ni fausse, ne permet pas de comprendre le probl\u00e8me pos\u00e9. Mais c&rsquo;est \u00e0 nouveau l&rsquo;imaginaire de la machine informatique qui se trouve convoqu\u00e9. L&rsquo;hypoth\u00e8se sous-jacente est celle de l&rsquo;opposition entre un cerveau\/ordinateur et une pens\u00e9e\/humain.<br \/>\nL&rsquo;article \u00e9voqu\u00e9 ici a le m\u00e9rite de mettre en \u00e9vidence la difficult\u00e9 qu&rsquo;il y a \u00e0 \u00ab\u00a0vulgariser\u00a0\u00bb sans \u00ab\u00a0m\u00e9diatiser\u00a0\u00bb. Autrement dit comment rendre compte de travaux de recherche sans avoir la tentation de jouer sur l&rsquo;\u00e9motion du lecteur pour attirer son attention. C&rsquo;est le probl\u00e8me du refroidissement des faits par la r\u00e9flexion et l&rsquo;analyse. On observe que m\u00eame des chercheurs se laissent parfois aller sur ce terrain de l&rsquo;affect. Le premier exemple concerne la publication d&rsquo;articles de recherches au plus t\u00f4t de l&rsquo;apparition des nouveaut\u00e9s. On peut alors se poser la question de la pertinence d&rsquo;une telle analyse et du risque qu&rsquo;il peut y avoir \u00e0 confondre analyse et pr\u00e9conisation, parfois assist\u00e9e par des int\u00e9r\u00eats divers. Le deuxi\u00e8me exemple concerne l&rsquo;utilisation des tribunes publiques pour faire passer des convictions tout en s&rsquo;appuyant sur la l\u00e9gitimit\u00e9 du titre que l&rsquo;on poss\u00e8de.<br \/>\nVigilance, recul, distance, ma\u00eetrise, implication, r\u00e9flexion, voici quelques mots que nous devons tous avoir en stock, pour servir de grille d&rsquo;analyse de nos propres d\u00e9rives dont nul ne peut dire qu&rsquo;il y \u00e9chappe. Le danger de l&rsquo;autorit\u00e9 de la parole c&rsquo;est qu&rsquo;elle se transforme en parole de l&rsquo;autorit\u00e9 !<br \/>\nA d\u00e9battre bien s\u00fbr<br \/>\nBD<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand la science n&rsquo;a pas suffisamment de connaissances elle renvoi \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation ! 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