{"id":132,"date":"2007-11-24T17:06:38","date_gmt":"2007-11-24T17:06:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.brunodevauchelle.com\/blow\/?p=132"},"modified":"2007-11-24T17:06:38","modified_gmt":"2007-11-24T17:06:38","slug":"innovantes-bonnes-efficaces-quelles-pratiques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/?p=132","title":{"rendered":"Innovantes, bonnes, efficaces&#8230; quelles pratiques ?"},"content":{"rendered":"<p>Le souhait toujours de renouvel\u00e9 de voir l&rsquo;\u00e9cole \u00ab\u00a0\u00e9voluer, s&rsquo;am\u00e9liorer, progresser\u00a0\u00bb est une sorte de leitmotiv constant des discours, officiels ou non sur l&rsquo;\u00e9cole. Derri\u00e8re ces discours on peut entendre en particulier la volont\u00e9 politique de faire en sorte que l&rsquo;\u00e9cole \u00ab\u00a0s&rsquo;adapte\u00a0\u00bb&#8230; soit aux r\u00e9alit\u00e9s du moment, soit \u00e0 celles per\u00e7ues comme \u00e0 venir, soit aux vlont\u00e9s politiques elles-m\u00eames. Au cours des dix derni\u00e8res ann\u00e9es un glissement s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9 tout au moins dans les discours et les objets promus.<\/p>\n<p>L&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour les usages et les pratiques est apparu particuli\u00e8rement en France depuis 1980 (et un fameux ouvrage de Michel de Certeau toujours cit\u00e9). En \u00e9ducation, et en particulier dans le domaine des TIC, l&rsquo;approche par les usages s&rsquo;est fortement d\u00e9velopp\u00e9 au cours des ann\u00e9es 1990, comme en t\u00e9moigne un ouvrage que celui de G L Baron et Eric Bruillard sur les usagers des technologies en \u00e9ducation. Tr\u00e8s r\u00e9cemment (ces m\u00eames auteurs y ont particip\u00e9) le Sceren CNDP publiait un dossier sp\u00e9cial sur les TICE et leurs usages. Comme on le voit il y a d\u00e9sormais une centration sur les usages dont la cerise sur le gateau est l&rsquo;observatoire des usages du CNDP.<\/p>\n<p>Cet int\u00e9r\u00eat nouveau sur les usages vient en particulier du caract\u00e8re \u00ab\u00a0d&rsquo;irr\u00e9ductible gaulois\u00a0\u00bb que l&rsquo;usage oppose au prescripteur. Ainsi face \u00e0 une directive gouvernemental, la mise en oeuvre, l&rsquo;usage pour ainsi dire est souvent bien \u00e9loign\u00e9, ou bien difficile \u00e0 percevoir dans des d\u00e9lais raisonnables&#8230; Ainsi en est-il particuli\u00e8rement du B2i dont le ministre de l&rsquo;\u00e9ducation, \u00e0 l&rsquo;instar des travaux publi\u00e9s pr\u00e9c\u00e9demment a reconnu qu&rsquo;il \u00e9tait loin d&rsquo;\u00eatre mis en place alors que cela fait quand m\u00eame pr\u00e8s de 7 ann\u00e9es qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 instaur\u00e9.<\/p>\n<p>Devant tant de r\u00e9sistance les politiques, assist\u00e9s en cela par de nombreux conseillers et surtout les plus avides de changements, on voulu trouver des solutions. La cr\u00e9ation du Conseil national de l&rsquo;innovation (CNIRS d\u00e9sormais d\u00e9funt)a la fin des ann\u00e9es 90 (si notre m\u00e9moire ne nous fait pas d\u00e9faut) en a \u00e9t\u00e9 un bon exemple&nbsp;: rassemblons les pratiques innovantes et diffusons les. Apr\u00e8s la disparition de cet organisme le terme innovation a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par celui de \u00ab\u00a0bonnes pratiques\u00a0\u00bb. Cette \u00e9volution n&rsquo;est pas anodine. Fini le nouveau, place au bon. Autrement dit si une nouvelle pratiques \u00e9tait mise en place elle n&rsquo;\u00e9tait pas forc\u00e9ment une bonne pratique. En effet nombre d&rsquo;innovations et d&rsquo;innovateurs peuvent porter l&#8217;emp\u00eachement de  la diffusion de l&rsquo;innovation (\u00e0 moins que ce ne soit les structures elles m\u00eames qui, trop d\u00e9rang\u00e9es par ces innovations ne les refuse comme le montre aussi Norbert Alter dans son ouvrage sur l&rsquo;innovation ordinaire). Passer \u00e0 une bonne pratique c&rsquo;est se dire que l&rsquo;on peut en juger et les diffuser sur la base de ce jugement. Mais qui peut donc dire qu&rsquo;une pratique est bonne&nbsp;? C&rsquo;est \u00e0 cette question pos\u00e9e qu&rsquo;appara\u00eet une vari\u00e9t\u00e9 de r\u00e9ponses qui montrent que cette notion est encore bien floue. Ce qui peut sembler une bonne pratique pour celui qui la vit n&rsquo;est pas forc\u00e9ment per\u00e7u de la m\u00eame fa\u00e7on par quelqu&rsquo;un de totalement ext\u00e9rieur, ou encore par quelqu&rsquo;un de proche, mais diff\u00e9rent, par exemple. Celui qui estime bonne une pratique ne peut le faire s&rsquo;il n&rsquo;explicite par ses crit\u00e8res et ses indicateurs. Du coup la tentative de diffusion des bonnes pratiques n&rsquo;a pas obtenu de meilleurs r\u00e9sultats que la diffusion des innovations. Pourtant on pouvait penser que l&rsquo;a priori sur l&rsquo;innovation \u00e9tant tomb\u00e9, on pourrait enfin changer r\u00e9ellement et adopter les bonnes pratiques.<\/p>\n<p>Mais les faits sont t\u00e9tus. Mettre en avant une pratique parce que \u00ab\u00a0on\u00a0\u00bb la juge bonne n&rsquo;est pas un gage pour s&rsquo;assurer de sa diffusion. D\u00e8s lors comment faire \u00e9voluer les choses. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;apparait le terme de \u00ab\u00a0pratique efficace\u00a0\u00bb. C&rsquo;est ce que le ministre de l&rsquo;\u00e9ducation vient de dire dans son discours sur les TICE du 21 novembre. Quel est le changement&nbsp;? Passer de bonne \u00e0 efficace c&rsquo;est choisir un crit\u00e8re parmi d&rsquo;autres. D\u00e9finie ainsi&nbsp;: \u00ab\u00a0une recherche inlassable de l&rsquo;efficacit\u00e9 p\u00e9dagogique qui permette de r\u00e9assurer la l\u00e9gitimit\u00e9 des connaissances dispens\u00e9es\u00a0\u00bb&#8230;\u00a0\u00bbun v\u00e9ritable int\u00e9r\u00eat p\u00e9dagogique\u00a0\u00bb&#8230;\u00a0\u00bbcontribuer efficacement au bon fonctionnement du processus de transmission des savoirs et par l\u00e0-m\u00eame \u00e0 la r\u00e9ussite de tous les \u00e9l\u00e8ves\u00a0\u00bb. Comme on le voit les choses se pr\u00e9cisent, ou au moins tentent de le faire.<\/p>\n<p>D&rsquo;ailleurs on peut lire un peu plus loin&nbsp;: \u00ab\u00a0Pour que les T.I.C.E soient v\u00e9ritablement efficaces, il faut donc veiller \u00e0 privil\u00e9gier les pratiques et les usages dont l&rsquo;apport est attest\u00e9, au d\u00e9triment de ceux dont l&rsquo;int\u00e9r\u00eat n&rsquo;est qu&rsquo;incertain.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>On retrouve ici p\u00eale m\u00eale les expressions de&nbsp;: l\u00e9gitimit\u00e9 des connaissances, processus de transmission, r\u00e9ussite de tous, apport attest\u00e9 et int\u00e9r\u00eat incertain.<\/p>\n<p>Ainsi la recherche de l&rsquo;efficacit\u00e9 est -elle d\u00e9sormais pr\u00f4n\u00e9e. On pourra s&rsquo;attendre dans les prochains mois \u00e0 trouver le terme efficience pourrait sembler logique, tant il est probable que cette injonction minist\u00e8rielle n&rsquo;aura pas plus d&rsquo;effet. En fait le minist\u00e8re se heurte au moins \u00e0 deux difficult\u00e9s&nbsp;: d&rsquo;une part celle d&rsquo;identifier des pratiques qui peuvent \u00eatre g\u00e9n\u00e9ralisables et d&rsquo;autres part de d\u00e9velopper la g\u00e9n\u00e9ralisation de ces pratiques. Dans le domaine des TICE et plus g\u00e9n\u00e9ralement dans celui de l&rsquo;\u00e9ducation la g\u00e9n\u00e9ralisation est souvent relative, du fait du contexte d&rsquo;\u00e9mergence et de d\u00e9veloppement d&rsquo;une pratique. Hormis les situations explicitement coercitives, nombreux sont les exemples ou la g\u00e9n\u00e9ralisation souhait\u00e9e a \u00e9chou\u00e9e, m\u00eame pour certaines lois&#8230; On aura vite fait d&rsquo;invoquer soit l&rsquo;absence de sens professionnel du fonctionnaire soit la libert\u00e9 p\u00e9dagogique. La r\u00e9cente publication des 10 comp\u00e9tences pour enseigner (janvier 2007) commence par celle \u00ab\u00a0d&rsquo;agir en fonctionnaire\u00a0\u00bb. La n\u00e9cessit\u00e9 de pr\u00e9ciser cela montre bien que ce n&rsquo;est pas aussi nettement per\u00e7u par ceux qui choisissent de le devenir. D&rsquo;autres invoqueront la sacrosainte libert\u00e9 p\u00e9dagogique r\u00e9activ\u00e9e (elle s&rsquo;appelait autonomie dans celle de 1989) dans la derni\u00e8re r\u00e9vision de la loi d&rsquo;orientation. Au nom de cette libert\u00e9, je refuse certaines injonction et transforme celle-ci comme je le souhaite. On le voit imposer la g\u00e9n\u00e9ralisation de certaines pratiques, fussent-elles efficaces rel\u00e8ve de la gageure en \u00e9ducation&#8230; et donc pour les TICE.<\/p>\n<p>On est donc pass\u00e9 de l&rsquo;innovation \u00e0 la bonne pratique puis \u00e0 la pratique efficace comme vecteur de g\u00e9n\u00e9ralisation souhait\u00e9e. Cette derni\u00e8re approche, comme les pr\u00e9c\u00e9dentes, peut \u00eatre vue sous l&rsquo;angle de l&rsquo;id\u00e9ologie sous-jacente. On est pass\u00e9 de l&rsquo;id\u00e9ologie du progr\u00e8s \u00e0 celle du jugement, puis de celle du jugement \u00e0 celle de la rentabilit\u00e9. Pas trop \u00e9tonnant ce constat, si l&rsquo;on en juge par les positions politiques des uns et des autres. Et pourtant toujours aussi improductif (pour filer la m\u00e9taphore \u00e9conomique).<\/p>\n<p>A moins que&#8230; l&rsquo;id\u00e9al ne soit \u00ab\u00a0innovant, bon et efficace\u00a0\u00bb (peut-\u00eatre&#8230; le bon le brute et le truand&#8230; ?)<\/p>\n<p>A suivre et \u00e0 d\u00e9battre&#8230;<\/p>\n<p>BD<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le souhait toujours de renouvel\u00e9 de voir l&rsquo;\u00e9cole \u00ab\u00a0\u00e9voluer, s&rsquo;am\u00e9liorer, progresser\u00a0\u00bb est une sorte de leitmotiv constant des discours, officiels ou non sur l&rsquo;\u00e9cole. 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