{"id":1400,"date":"2013-07-07T20:09:48","date_gmt":"2013-07-07T20:09:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.brunodevauchelle.com\/blog\/?p=1400"},"modified":"2013-07-07T20:09:48","modified_gmt":"2013-07-07T20:09:48","slug":"cooperation-et-collaboration-sont-dans-un-bateau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/?p=1400","title":{"rendered":"Coop\u00e9ration et collaboration sont dans un bateau&#8230;"},"content":{"rendered":"<p>A lire la litt\u00e9rature grand public, on a l&rsquo;impression que depuis une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es on red\u00e9couvre les vertus du collectif sous la forme de la collaboration et de la coop\u00e9ration. Le d\u00e9veloppement des usages des TICE semble accompagner, voire provoquer ce mouvement. Or en \u00e9ducation, on parlait jadis de travail de groupe pour les \u00e9l\u00e8ves et de travailler en \u00e9quipe pour les enseignants. Philippe Meirieu consacrait en 1983 sa th\u00e8se au travail de groupe des \u00e9l\u00e8ves se r\u00e9f\u00e9rait aux travaux de Roger Cousinet et surtout \u00e9voquait l&rsquo;aspect mythique de la notion de groupe. Comment se fait-il que l&rsquo;on semble red\u00e9couvrir \u00e0 intervalles r\u00e9gulier les vertus des interactions humaines ? Lev Vygotsky (dans les ann\u00e9es 1920), \u00e0 l&rsquo;instar des id\u00e9ologies dominantes de l&rsquo;\u00e9poque (prol\u00e9taires de tous pays unissez vous), et dans la suite des nombreuses analyses de la vie sociale a d\u00e9montr\u00e9 l&rsquo;importance de l&rsquo;autre pour le d\u00e9veloppement personnel.<br \/>\nLe web 2.0, dit interactif, a introduit un renversement de perception dans la mani\u00e8re dont les informations circulent dans la soci\u00e9t\u00e9. Au sortir d&rsquo;une longue p\u00e9riode de m\u00e9dias de masse, il a apport\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e que tout un chacun avait son mot \u00e0 dire sur ces informations. Outre que c&rsquo;est oublier l&rsquo;histoire de la communication, ce renversement n&rsquo;en est un que dans la mesure o\u00f9 des fonctionnalit\u00e9s anciennes (forum, Usenet, mail) ont \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9es dans des sites web plus statiques. Mais pour ceux qui connaissent les TIC depuis plus longtemps, il va de soi que ce n&rsquo;est pas une nouveaut\u00e9 au sens premier du terme. Ce qui est nouveau c&rsquo;est surtout que chacun s&rsquo;est d&rsquo;un seul coup senti \u00ab\u00a0autoris\u00e9\u00a0\u00bb. Les chats et autres forums avaient habitu\u00e9s certains \u00e0 se \u00ab\u00a0l\u00e2cher\u00a0\u00bb, le web 2.0 a rendu cela \u00ab\u00a0ordinaire\u00a0\u00bb en en faisant m\u00eame une marque de fabrique.<br \/>\nRendre accessible la possibilit\u00e9 d&rsquo;interagir ne peut pr\u00e9juger de la mani\u00e8re dont les usages vont se d\u00e9velopper. Or ce qui est le plus spectaculaire, c&rsquo;est l&rsquo;usage ordinaire de l&rsquo;interaction au travers des r\u00e9seaux sociaux. En effet il y a d&rsquo;abord la tentation, voire le besoin de la proximit\u00e9. La grande majorit\u00e9 des usages, adultes comme jeunes, des interactions en lignes sont de nature phatique. Au del\u00e0 de ces protocoles, il y a l&rsquo;id\u00e9e du voir\/pour \u00eatre vu. Dans ce contexte les \u00e9changes ont davantage une fonction d&rsquo;exhibition qu&rsquo;une fonction de confrontation collaboration. En d&rsquo;autres termes les r\u00e9seaux sociaux renforcent les groupes qui se connaissent, voire le communautarisme. Encourag\u00e9s en cela par les algorithmes sous jacents, les\u00a0 r\u00e9seaux sociaux favorisent l&rsquo;entre soi. Que ce soit dans une classe ou dans la vie courante, la tendance spontan\u00e9e est de rechercher les gens qui vous ressemblent et vous renvoient une image de vous m\u00eame qui correspond au mieux \u00e0 celle que vous avez.<br \/>\nCe qui ajoute au questionnement c&rsquo;est la qu\u00eate de popularit\u00e9. Un \u00e9change r\u00e9cent avec un jeune futur commercial m&rsquo;a permis de comprendre \u00e0 quel point cela devenait premier par rapport \u00e0 la qualit\u00e9 de la personne. O\u00f9 plut\u00f4t une sorte de vision moderne voudrait que la qualit\u00e9 soit \u00e9valu\u00e9e par la quantit\u00e9, en particulier la quantit\u00e9 de suiveurs (alias followers, car le jargon anglo-am\u00e9ricain peuple aussi tout ce discours). Ainsi donc la dynamique de collaboration serait-elle d&rsquo;abord une recherche de popularit\u00e9. Or c&rsquo;est presque un paradoxe que de rechercher \u00e0 \u00eatre soi-m\u00eame populaire alors qu&rsquo;au sein de la pratique collaborative, c&rsquo;est la fusion dans le collectif qui est la r\u00e8gle. Ce que chacun de nous peut observer ais\u00e9ment, c&rsquo;est le nombre d&rsquo;abonn\u00e9s \u00e0 son compte de r\u00e9seau social. Ce qui est plus difficile \u00e0 \u00e9valuer c&rsquo;est la lecture de ce que l&rsquo;on \u00e9crit. Ce qui est encore plus difficile, c&rsquo;est d&rsquo;\u00e9valuer l&rsquo;influence qu&rsquo;exerce ce que l&rsquo;on \u00e9crit sur les lecteurs. Les m\u00e9dias de masse savent bien qu&rsquo;il est dangereux d&rsquo;aller fouiller derri\u00e8re le degr\u00e9 d&rsquo;audience. Car c&rsquo;est ce degr\u00e9 qui permet de vendre de l&rsquo;espace publicitaire. En diffusant massivement l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il faut \u00eatre populaire, les m\u00e9dias de masse, comme les politiques, d\u00e9truisent progressivement l&rsquo;id\u00e9e que la qualit\u00e9 du message est plus importante que le nombre de visualisations (on ne parlera pas ici de lecteurs). Mais elle n&rsquo;est pas \u00ab\u00a0rentable\u00a0\u00bb. C&rsquo;est un des grands travers de la d\u00e9mocratie et du lib\u00e9ralisme que de laisser se d\u00e9velopper cette vision du monde qui veut que la moins mauvaise des d\u00e9cisions est celle prise par le plus grand nombre, ou plus simplement la majorit\u00e9, fut-elle absurde.<br \/>\nConstatant l&rsquo;engouement pour la discussion en ligne, l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;\u00e9largissement est rapidement devenue forte : d\u00e9mocratie, co-construction des savoirs, intelligence collective etc&#8230;\u00a0 Les z\u00e9lateurs ont eu t\u00f4t fait d&rsquo;imaginer des \u00ab\u00a0lendemains qui chantent\u00a0\u00bb avant de rapidement d\u00e9chanter. Car mettre en place des moyens techniques n&rsquo;a jamais pr\u00e9jug\u00e9 des usages r\u00e9els. C&rsquo;est ce que rappelait r\u00e9cemment Philippe Meirieu lors des journ\u00e9es e-learning de Lyon3 \u00e0 propos des moyens pour apprendre qui n&rsquo;induisent pas automatiquement des apprentissages. Il ne suffit donc pas de passer du 1.0 au 2.0 pour que chacun devienne e collaboratif et interactif. Pourtant \u00e0 entendre l&rsquo;insistance des instances minist\u00e9rielles (cf. discours du le num\u00e9rique dans les futurs ESPE) sur ce volet des usages du num\u00e9rique on peut s&rsquo;interroger : pourquoi tant d&rsquo;attente sur le collaboratif ? Au del\u00e0 du mythe, il y a la simple observation des pratiques quotidiennes, dans le monde enseignant en particulier, qui sont assez peu collectives. Une des hypoth\u00e8ses qui est parfois \u00e9mise consiste \u00e0 dire que les enseignants se comportent comme une profession lib\u00e9rale sans en avoir les contraintes. Mais il y en a une autre qui m\u00e9riterait d&rsquo;\u00eatre \u00e9tudi\u00e9e : l&rsquo;enseignement est d&rsquo;abord un artisanat. Pourquoi ? Non pas \u00e0 cause des enseignants, mais plut\u00f4t des structures et surtout des \u00e9l\u00e8ves. Plus vous apprenez \u00e0 connaitre vos \u00e9l\u00e8ves, plus vous vous apercevez qu&rsquo;ils sont si diff\u00e9rents les uns des autres qu&rsquo;on ne peut agir pour tous d&rsquo;une seule mani\u00e8re. Avec le num\u00e9rique, ce caract\u00e8re peut sembler dispara\u00eetre derri\u00e8re ces images de g\u00e9n\u00e9ration Y, X ou Z, cat\u00e9gorisation ais\u00e9e pour \u00e9viter de regarder de trop pr\u00e8s la r\u00e9alit\u00e9. En fait cela ne change rien, mais amplifie certain traits.<br \/>\nInsister sur le d\u00e9veloppement du collaboratif c&rsquo;est tenter de prendre en compte un potentiel technique, mais surtout c&rsquo;est tenter d&rsquo;inverser une tendance lourde \u00e0 l&rsquo;individualisme qui semble poindre dans nos soci\u00e9t\u00e9s des dix premi\u00e8res ann\u00e9es du si\u00e8cle. Or cette tendance est port\u00e9e par un certain nombre d&rsquo;\u00e9volutions de la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine et relay\u00e9e par l&rsquo;incitation \u00e0 certains usages du num\u00e9rique, en particulier autour des r\u00e9seaux sociaux. Ce paradoxe qui veut que des outils potentiellement collaboratifs d\u00e9veloppent davantage d&rsquo;individualisme est un ph\u00e9nom\u00e8ne qui doit \u00eatre analys\u00e9 avec pr\u00e9cision si l&rsquo;on veut maintenir dans nos soci\u00e9t\u00e9s un sens du collectif, du commun, mais pas \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de mon territoire personnel (des copains au village, de la rue \u00e0 la nation) mais \u00e0 celle du monde entier, tel qu&rsquo;il est perceptible \u00e0 chaque instant au travers justement des nouveaux moyens de le rencontrer, avec le num\u00e9rique.<br \/>\nA d\u00e9battre<br \/>\nBD<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A lire la litt\u00e9rature grand public, on a l&rsquo;impression que depuis une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es on red\u00e9couvre les vertus du collectif sous la forme de la collaboration et de la coop\u00e9ration. Le d\u00e9veloppement des usages des TICE semble accompagner, voire provoquer ce mouvement. 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