{"id":155,"date":"2008-04-23T19:14:17","date_gmt":"2008-04-23T19:14:17","guid":{"rendered":"http:\/\/www.brunodevauchelle.com\/blow\/?p=155"},"modified":"2008-04-23T19:14:17","modified_gmt":"2008-04-23T19:14:17","slug":"parole-de-numericien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/?p=155","title":{"rendered":"Parole de num\u00e9ricien&#8230;"},"content":{"rendered":"<p>La parution du livre de Milad Doueihi, la grande conversion num\u00e9rique, (trad Paul Chemla, Seuil la libraire du XXI\u00e8 si\u00e8cle, Paris 2008), m\u00e9rite, \u00e0 mon avis, cette fiche de lecture.<br \/>\nComment ne pas conseiller la lecture de cet ouvrage \u00e0 toute personne un tant soit peu concern\u00e9e par les enjeux culturels politiques et sociaux du d\u00e9veloppement des technologies de l&rsquo;information et de la communication dans nos soci\u00e9t\u00e9s. L&rsquo;auteur n&rsquo;est pas un professionnel du domaine c&rsquo;est un historien de l&rsquo;Occident moderne ce qui peut surprendre. Il revendique dans cet essai le titre de \u00ab num\u00e9ricien \u00bb et se d\u00e9fend d&rsquo;\u00eatre un technicien ou un enthousiaste. En fait le choix de ce n\u00e9ologisme n&rsquo;est pas innocent car il veut signifier l&rsquo;importance culturelle (cf la litt\u00e9racie) de cette \u00e9volution. De plus, apr ce terme, il conforte notre questionnement sur la culture num\u00e9rique \u00e9mergente et renforce notre interrogation sur la num\u00e9ritie (num\u00e9ricie ?).<br \/>\nJe vous propose d&rsquo;explorer plusieurs th\u00e9matiques cl\u00e9s qui sont abord\u00e9es dans cet ouvrage :<br \/>\n&#8211; La dimension religieuse du passage de l&rsquo;analogique au num\u00e9rique, il s&rsquo;agit d&rsquo;une conversion. La m\u00e9taphore religieuse va plus loin dans la mesure o\u00f9 la dimension universelle semble \u00eatre au coeur du d\u00e9bat sur le mode civilisateur en train d&rsquo;\u00e9merger et pas seulement sur le mode de civilisation. En appelant volontiers \u00e0 Jacques Ellul au d\u00e9but de son ouvrage, l&rsquo;auteur \u00e9crit \u00ab c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;\u00e9merge une nouvelle civilit\u00e9 qui organise la gestion de la pr\u00e9sence et de la repr\u00e9sentation num\u00e9riques de l&rsquo;individu en fonction de la r\u00e9aliyt\u00e9 technologique, voire du \u00ab r\u00e9alisme technologique \u00bb. Au rang des \u00e9l\u00e9ments discursifs en cours d&rsquo;\u00e9volution, de conversion pourrait-on dire, on trouve la question de la culture de l&rsquo;imprim\u00e9, celle de l&rsquo;identit\u00e9, celle de la vie priv\u00e9e, celle de la s\u00e9curit\u00e9, de la confiance et celle de l&rsquo;archive. Ce qui est frappant dans l&rsquo;analyse de M Doueihi c&rsquo;est le fait que ces \u00e9volutions se font, selon lui, dans une autonomie, voire un rejet tr\u00e8s importante des pr\u00e9c\u00e9dentes. Ainsi constate-t-il que la culture de l&rsquo;imprim\u00e9 ne sert pas de matrice aux nouveaux usagers jeunes, alors qu&rsquo;elle sert souvent de cadre d&rsquo;analyse du monde adulte. De plus il met en \u00e9vidence la n\u00e9cessaire d\u00e9fiance envers le discours des technologues et les pratiques sous jacentes. Ordonner et subjuguer sont des piliers sur lesquels se d\u00e9veloppent les discours des sp\u00e9cialistes et professionnels du domaine, \u00e0 l&rsquo;instar de leader charismatiques utilisant souvent ces m\u00e9thodes pour mener les foules.<br \/>\n&#8211; Dans un chapitre consacr\u00e9 \u00e0 la fracture num\u00e9rique et \u00e0 la comp\u00e9tence num\u00e9rique, l&rsquo;auteur \u00e9crit \u00ab Fondamentalement du point de vue qui est le n\u00f4tre dans cet essai, la culture num\u00e9rique est faite de modes de communication et d&rsquo;\u00e9change d&rsquo;information qui d\u00e9placent, red\u00e9finissent et remod\u00e8lent le savoir dans des formes et formats nouveaux, et de m\u00e9thodes pour l&rsquo;acqu\u00e9rir et le transmettre. \u00bb La notion de comp\u00e9tence num\u00e9rique est ici comprise dans la d\u00e9finition juridique de la comp\u00e9tence qui suppose le passage \u00e0 un savoir lire, un savoir faire nouveau, autrement dit \u00e0 un basculement global. L&rsquo;opposition entre l&rsquo;imprim\u00e9 et le num\u00e9rique est d\u00e8s le d\u00e9but de l&rsquo;ouvrage au coeur de l&rsquo;analyse. Mais l&rsquo;originalit\u00e9 est ici de ne pas les mettre en concurrence ou en continuit\u00e9 mais en diff\u00e9rence. Autrement dit la nouveaut\u00e9 du lire et de l&rsquo;\u00e9crire num\u00e9rique ne peut s&rsquo;analyser avec les outils de l&rsquo;imprim\u00e9. C&rsquo;est la notion d&rsquo;anthologie qui est au centre de cette analyse. En effet pour l&rsquo;auteur un des \u00e9l\u00e9ments centraux de cette conversion est le processus anthologique dans lequel chaque utilisateur s&rsquo;inscrit d\u00e8s lors qu&rsquo;il int\u00e8gre les pratiques num\u00e9riques. C&rsquo;est aussi cette dimension anthologique faite de copie de fragments rassembl\u00e9s selon la logique d&rsquo;un lecteur auteur, entre autres, qui introduit le principal changement par rapport \u00e0 la lecture de l&rsquo;imprim\u00e9. Le parall\u00e8le avec la d\u00e9marche des encyclop\u00e9distes est d&rsquo;ailleurs \u00e9clairante.<br \/>\n&#8211; Dans un tel univers, la dimension identitaire devient centrale. Non seulement la personne pose des traces sur le r\u00e9seau, mais le r\u00e9seau enregistre, parfois \u00e0 son insu, les traces de ses activit\u00e9s. Cette double construction de l&rsquo;identit\u00e9 num\u00e9rique n&rsquo;est pas sans poser probl\u00e8me sur les nouveaux modes de relation sociale qui se construisent, parfois dans des niveaux de violence importants, qu&rsquo;ils soient explicites (d\u00e9bats et \u00e9changes anonymes) ou implicites (surveillance, exploitation des traces personnelles).<br \/>\n&#8211; La cit\u00e9 qui se construit avec nous serait en train de passer du mode grec au mode romain. Autrement dit d&rsquo;une cit\u00e9, comme le montre Emile Benv\u00e9niste, qui passe du polis au civis. Ainsi le politique se trouve remplac\u00e9 par le citoyen, il en est ainsi avec le d\u00e9veloppement des r\u00e9seaux sociaux actuels. Du coup la relation \u00e0 l&rsquo;information et \u00e0 la d\u00e9cision est \u00e0 revoir. C&rsquo;est pourquoi l&rsquo;auteur termine son ouvrage sur la question du droit et des licences ouvertes et libres. Sans prendre position, il d\u00e9monte es univers en cours de construction pour mettre en \u00e9vidence la tension entre les trois axes : le deuxi\u00e8me, celui de Google principalement se situe entre le premier, celui propri\u00e9taire de Microsoft et celui totalement libre du monde des licences GPL et autres creatives commons. L&rsquo;auteur voit dans ce d\u00e9veloppement la construction d&rsquo;un nouvel ordre qui survient inexorablement du fait m\u00eame de la nature des technologies qui le porte.<br \/>\n&#8211; La lecture de l&rsquo;historien bien inform\u00e9 est capitale au moment o\u00f9 les pratiques num\u00e9riques se forgent dans des positions plus arr\u00eat\u00e9es. Sans les nommer comme tels, web 2.0 et web 3.0(s\u00e9mantique), car venu d&rsquo;effets de discours, l&rsquo;auteur nous propose dans ce brillant essai de prendre en compte le d\u00e9veloppement des r\u00e9seaux sociaux et la structuration technicienne de cet univers comme cadre d&rsquo;analyse. Le dernier chapitre de l&rsquo;ouvrage porte sur la question de l&rsquo;archivage. L&rsquo;historien sait de quoi il parle. C&rsquo;est autour de cet \u00e9l\u00e9ment qu&rsquo;est en train de se poser les questions les plus importantes pour l&rsquo;avenir de la soci\u00e9t\u00e9 qui se construit : comment archivons nous et que faisons nous de nos archives.<br \/>\nSi l&rsquo;on rapporte ce dernier questionnement \u00e0 chacun de nous cela revient \u00e0 nous questionner sur notre travail de m\u00e9moire individuelle que nous menons chaque jour et qui se trouve d\u00e9sormais prolong\u00e9 par cette m\u00e9moire externe, et collective qui vient nous bousculer.<br \/>\nUn livre essentiel \u00e0 lire sans retenue&#8230;<br \/>\nBD<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La parution du livre de Milad Doueihi, la grande conversion num\u00e9rique, (trad Paul Chemla, Seuil la libraire du XXI\u00e8 si\u00e8cle, Paris 2008), m\u00e9rite, \u00e0 mon avis, cette fiche de lecture. 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