{"id":1566,"date":"2014-05-08T18:10:29","date_gmt":"2014-05-08T18:10:29","guid":{"rendered":"http:\/\/www.brunodevauchelle.com\/blog\/?p=1566"},"modified":"2014-05-08T18:10:29","modified_gmt":"2014-05-08T18:10:29","slug":"pharmakon-panoptique-hypomnese-oligoptique-et-autres-concepts","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/?p=1566","title":{"rendered":"Pharmakon, panoptique, hypomn\u00e8se, oligoptique et autres concepts"},"content":{"rendered":"<p>De Bernard Stiegler \u00e0 Bruno Latour, passant par Maurizio Ferraris, Stephane Vial ou encore Thierry Hoquet, sans bien s\u00fbr parler des \u00ab\u00a0anciens\u00a0\u00bb et toujours \u00ab\u00a0actuels\u00a0\u00bb nouveaux philosophes (et en en oubliant bien d&rsquo;autres patent\u00e9s ou non), il y a une mont\u00e9e \u00e9tonnante d&rsquo;adr\u00e9naline philosophique autour du num\u00e9rique. Un provocateur semble, en partie, en porter la responsabilit\u00e9 : Michel Serres. Un autre provocateur semble en \u00eatre le catalyseur : Alain Finkielkraut.<br \/>\nAu nom de mon int\u00e9r\u00eat pour ces propos, je dois d&rsquo;abord\u00a0 avouer mon incomp\u00e9tence. Ou plut\u00f4t ma difficult\u00e9 \u00e0 comprendre les postures des uns et des autres, en particulier sur un plan id\u00e9ologique mais aussi philosophique. J&rsquo;ai parfois envie de reprendre la d\u00e9marche de Bruno Latour dans les labos de sciences dites exactes, dans lesquels il est all\u00e9 d\u00e9busquer les fondements du discours scientifique (La Vie de laboratoire : la Production des faits scientifiques (traduction fran\u00e7aise de Laboratory Life: The Social Construction of Scientific Facts,\u00a0 Bruno Latour et Steve Woolgar &#8211; Beverly Hills, Sage Publications, 1979) et d&rsquo;interroger ces travaux philosophiques avec un prisme voisin. Outre les livres, deux articles de Bernard Stiegler (Esprit N\u00b0401, janvier 2014, le num\u00e9rique emp\u00eache-t-il de penser ? article au titre presque \u00e9ponyme de celui de Nicholas Carr sur Google : publi\u00e9 en juin 2008 dans la revue The Atlantic), et un article publi\u00e9 dans la revue (Mooks) \u00ab\u00a0Global, un autre regard sur les m\u00e9dias\u00a0\u00bb n\u00b001 de l&rsquo;INA janvier 2014, il y a l&rsquo;intervention de Bruno Latour lors de la journ\u00e9e organis\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ENS Lyon par le laboratoire IXXI sur le th\u00e8me \u00ab\u00a0gouvernance et num\u00e9rique\u00a0\u00bb le 4 avril 2014.<br \/>\nSans entrer dans l&rsquo;analyse du fond des propos, il y a semble-t-il une forme bien sp\u00e9cifique de ces discours, sorte de \u00ab\u00a0spectacularisation\u00a0\u00bb du propos, qui pose question. Cette forme du discours repose d&rsquo;abord sur des termes choisis et discut\u00e9s. Ainsi panoptique vs oligoptique, ou encore, plus simplement donn\u00e9es vs obtenus (cf la conf\u00e9rence de Bruno Latour). Ceci dit les mots ont une importance mais de l\u00e0 \u00e0 en faire un choix exotique voire abscond, quand ce n&rsquo;est pas simplement un ensemble d&rsquo;anglicisme ou de termes anglais, il y a un pas que nombre de ces auteurs franchissent all\u00e8grement. Est-ce un sophisme des temps modernes ? Ils s&rsquo;en d\u00e9fendront bien s\u00fbr, mais on peut cependant en trouver quelques traces, en particulier lorsque la \u00ab\u00a0mise en sc\u00e8ne\u00a0\u00bb (au sens premier du terme) y incite. Le vertige du discours ne serait-il pas un nouvel \u00ab\u00a0ordre du discours\u00a0\u00bb pour reprendre Michel Foucault, ou encore une des mythologies contemporaines pour s&rsquo;inspirer de Roland Barthes. La spectacularisation ch\u00e8re \u00e0 Pierre Bourdieu, ou encore la soci\u00e9t\u00e9 du spectacle discut\u00e9e par Guy Debord (et aussi Raoul Vaneighem) n&rsquo;auraient-ils pas atteint nos philosophes ? Les mettre tous dans un m\u00eame cercle est une erreur, mais c&rsquo;est cependant ce que la forme nous incite \u00e0 faire.<br \/>\nCe qui caract\u00e9rise cet usage des termes c&rsquo;est l&rsquo;utilisation de l&rsquo;analogie ou de la m\u00e9taphore pour amener \u00e0 la compr\u00e9hension, en quelque sorte l&rsquo;image de l&rsquo;id\u00e9e se trouve projet\u00e9e dans le mot. Ce qui caract\u00e9rise aussi ces propos, c&rsquo;est la tentative de \u00ab\u00a0dire\u00a0\u00bb le num\u00e9rique. Y a-t-il mati\u00e8re \u00e0 dire le num\u00e9rique, en philosophie ? N&rsquo;est-ce pas une illusion ? Disent-ils le num\u00e9rique, ou disent-ils la relation entre l&rsquo;humain et le num\u00e9rique ? Car dans tous ces textes, on est confront\u00e9 \u00e0 une question ontologique que rappelle d&rsquo;ailleurs Thierry Hoquet, d\u2019une mani\u00e8re ou St\u00e9phane Vial d&rsquo;une autre : quid de la machine, quid de l&rsquo;homme ? Continuit\u00e9, s\u00e9paration ? Compl\u00e9mentarit\u00e9, opposition ? R\u00e9ification, d\u00e9ification ?<br \/>\nPour l&rsquo;\u00e9ducateur aux prises avec les TIC dans sa pratique, le questionnement philosophique est souvent un \u00ab\u00a0after\u00a0\u00bb, un au-del\u00e0, un inaccessible presque, tant l&rsquo;urgence de l&rsquo;action impuls\u00e9e par ces technologies vise justement \u00e0 freiner toute vell\u00e9it\u00e9 de penser derri\u00e8re les objets. Mais c&rsquo;est aussi parce que ce type de propos semblent tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s de ces r\u00e9alit\u00e9s quotidiennes, comme si les philosophes s&rsquo;autorisaient \u00e0 parler sans vraiment aller voir les pratiques et pr\u00e9f\u00e9rer les propos sur les pratiques (de leurs pairs de pr\u00e9f\u00e9rence). Cette m\u00e9fiance, voire cette ignorance, n&#8217;emp\u00eachent pas certaine fascination pour ces discours. Et pourtant, il faut rappeler que, en mati\u00e8re de num\u00e9rique, l&rsquo;exp\u00e9rience intellectuelle ne remplace pas l&rsquo;exp\u00e9rience factuelle, en d&rsquo;autres termes, il faut mettre les mains dans le cambouis. Rappelons-nous les textes de Pierre L\u00e9vy et leur distance avec certaines r\u00e9alit\u00e9s, leur analyse r\u00e9v\u00e8le aujourd&rsquo;hui la limite d&rsquo;une pens\u00e9e qui ne va pas jusqu&rsquo;au bout de l&rsquo;exigence de travail sur ces sujets.<br \/>\nSans vouloir pourfendre tel ou tel, il me semble qu&rsquo;il faut interroger ces discours et ne pas laisser l&rsquo;autorit\u00e9 des mots et des id\u00e9es prendre le pas sur l&rsquo;autorit\u00e9 du travail intellectuel. Les m\u00e9dias sont un miroir aux alouettes, mais c&rsquo;est surtout leur effet, l&rsquo;ambition de la reconnaissance et de la popularit\u00e9, qui fait vibrer beaucoup de nos contemporains. Cela interroge les travaux de fond, peu popularis\u00e9, mais pourtant \u00f4 combien s\u00e9rieux qui ne parviennent que tr\u00e8s tardivement aux oreilles du grand public. Il nous faut en appeler \u00e0 la vigilance des \u00ab\u00a0m\u00e9diateurs\u00a0\u00bb de toutes sortes, mais aussi \u00e0 celle de ces \u00ab\u00a0auteurs\u00a0\u00bb qui sont parfois pris dans le vertige de l&rsquo;autorit\u00e9 de la parole, ou plut\u00f4t l&rsquo;autorit\u00e9 de celui qui parle et qui a de l&rsquo;audience.<br \/>\nA d\u00e9battre<br \/>\nBD<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De Bernard Stiegler \u00e0 Bruno Latour, passant par Maurizio Ferraris, Stephane Vial ou encore Thierry Hoquet, sans bien s\u00fbr parler des \u00ab\u00a0anciens\u00a0\u00bb et toujours \u00ab\u00a0actuels\u00a0\u00bb nouveaux philosophes (et en en oubliant bien d&rsquo;autres patent\u00e9s ou non), il y a une mont\u00e9e \u00e9tonnante d&rsquo;adr\u00e9naline philosophique autour du num\u00e9rique. 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