{"id":1784,"date":"2015-11-12T21:26:41","date_gmt":"2015-11-12T21:26:41","guid":{"rendered":"http:\/\/www.brunodevauchelle.com\/blog\/?p=1784"},"modified":"2015-11-12T21:26:41","modified_gmt":"2015-11-12T21:26:41","slug":"derriere-lecran-les-algorithmes-mais-aussi-limaginaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/?p=1784","title":{"rendered":"Derri\u00e8re l&#039;\u00e9cran, les algorithmes mais aussi l&#039;imaginaire."},"content":{"rendered":"<p>Parmi les livres r\u00e9cemment parus, certains semblent importants pour tout \u00e9ducateur (enseignants, parents, formateurs, \u00e9ducateurs, etc&#8230;) qui utilise et fait utiliser l&rsquo;informatique et les objets num\u00e9riques dans sa pratique personnelle autant que professionnelle. Le premier, dans l&rsquo;ordre de parution est celui d&rsquo;Eric Sadin, \u00ab\u00a0la vie algorithmique, critique de la raison num\u00e9rique\u00a0\u00bb (L&rsquo;\u00e9chapp\u00e9e, 2015), le second paru en d\u00e9but octobre est \u00e9crit par Dominique Cardon, \u00ab\u00a0A quoi r\u00eavent les algorithmes, Nos vies \u00e0 l&rsquo;heure des big data\u00a0\u00bb(Seuil la r\u00e9publique des id\u00e9es, 2015). Deux autres, un peu diff\u00e9rent, sont tout aussi importants. Celui de Fred Turner, \u00ab\u00a0Aux sources de l&rsquo;utopie num\u00e9rique, De la contreculture \u00e0 la cyberculture, Steward Brand un homme d&rsquo;influence\u00a0\u00bb(C&amp;F Editions 2006 &#8211; 2012, pr\u00e9face de Dominique Cardon). Et enfin celui de Pascal Plantard, \u00ab\u00a0les imaginaires num\u00e9riques en \u00e9ducation\u00a0\u00bb (editions Manucius, 2015).<br \/>\nSi les deux premiers ouvrages nous invitent \u00e0 comprendre ce qui se passe derri\u00e8re les \u00e9crans et surtout dans toutes ces machines num\u00e9riques connect\u00e9es, les deux suivants nous invitent \u00e0 comprendre comment se construisent les repr\u00e9sentations mentales et sociales, les imaginaires, \u00e0 propos de l&rsquo;invasion des moyens num\u00e9riques dans notre quotidien. Mais ce qui fait la force de ces quatre ouvrages c&rsquo;est qu&rsquo;ils nous permettent de regarder d&rsquo;un peu plus pr\u00e8s, d&rsquo;y voir un peu plus clair et surtout d&rsquo;articuler la technique et l&rsquo;humain.<br \/>\nDans ce billet je m&rsquo;attarderai particuli\u00e8rement sur l&rsquo;un d&rsquo;entre eux, celui de Dominique Cardon et ensuite j&rsquo;\u00e9voquerai celui de Pascal Plantard. Non seulement parce qu&rsquo;ils sont plus directement accessibles (taille, poids, langage &#8211; quoique ), mais aussi parce que ayant l&rsquo;occasion de rencontrer ces deux auteurs au cours de ces ann\u00e9es, il me semble que, chacun dans son registre, apporte aujourd&rsquo;hui des clefs de compr\u00e9hension et d&rsquo;analyse essentielle au monde de l&rsquo;\u00e9ducation en g\u00e9n\u00e9ral et au monde scolaire en particulier et ce, dans un contexte de poursuite des ambitions num\u00e9riques du pouvoir politique et plus globalement, semble-t-il de la soci\u00e9t\u00e9.<br \/>\nDominique Cardon nous propose une analyse en profondeur des algorithmes li\u00e9s aux big data, aux traces et aux calculs qui sont faits. Apr\u00e8s avoir pr\u00e9sent\u00e9 les quatre modes de regard que les algorithme portent sur l&rsquo;information num\u00e9rique et le retour qu&rsquo;ils font dans les domaines de la popularit\u00e9, l&rsquo;autorit\u00e9, la r\u00e9putation et la pr\u00e9diction, l&rsquo;auteur nous invite \u00e0 plonger dans le coeur des algorithmes li\u00e9s aux traces. Ce faisant, il aborde une des formes que les algorithmes ont d\u00e9velopp\u00e9es, parmi d&rsquo;autres. En ce sens le titre de l&rsquo;ouvrage est heureusement compl\u00e9t\u00e9 par le sous-titre qui \u00e9voque les big datas. Tout l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de cette analyse est, outre qu&rsquo;elle explique les d\u00e9placements d&rsquo;approche incarn\u00e9es dans les algorithmes de Google ou de Facebook (et autres), c&rsquo;est surtout de nous faire comprendre la mutation qui s&rsquo;op\u00e8re autour des traces et des signaux. Cette mutation, c&rsquo;est principalement celle de l&rsquo;individu qui devient un \u00ab\u00a0produit\u00a0\u00bb particulier dont il faut d\u00e9tecter les comportements pour mieux les guider (cf. les citations de l&rsquo;ouvrage au bas de cet article.<br \/>\nMais il ne faudrait pas qu&rsquo;une lecture r\u00e9duite aux quatre approches (qu&rsquo;ont d&rsquo;ailleurs faits certains journaux) occulte celle plus large de la question des algorithmes qui sous-tendent tous les logiciels, parfois les plus simples d&rsquo;apparence (les traitements de texte par exemple) aux plus complexes au premier abord (les jeux). L&rsquo;usage des logiciels du quotidien est marqu\u00e9 par les choix qu&rsquo;ont faits leurs concepteurs. Ces choix sont plus ou moins perceptibles et rel\u00e8vent de strat\u00e9gies parfois explicites, mais le plus souvent implicites et qui pourtant imposent \u00e0 l&rsquo;usager des mani\u00e8res de faire qu&rsquo;il peut difficilement contourner ou d\u00e9tourner. Or les algorithmes sont la traduction op\u00e9rationnelle cach\u00e9e des anciens modes d&#8217;emplois souvent illisibles que des techniciens r\u00e9digeaient pour les appareils grand public (on se rappelle l&rsquo;exemple des magn\u00e9toscopes&#8230;). Mais \u00e0 la diff\u00e9rence de ceux-ci, on a remplac\u00e9 le mode d&#8217;emploi par le \u00ab\u00a0pas besoin d&rsquo;apprendre\u00a0\u00bb faites ce qu&rsquo;on a programm\u00e9 pour vous !!! La force de la programmation des machines est qu&rsquo;elle impose l&rsquo;usage (une sorte d&rsquo;affordance exponentielle) et que les algorithmes qui sont \u00e0 la base de sa conception ne sont rien d&rsquo;autre \u00ab\u00a0qu&rsquo;une intention humaine embarqu\u00e9e dans la machine\u00a0\u00bb, dans le logiciel pour \u00eatre pr\u00e9cis. L&rsquo;usager heureux de tant de possibles en oublie les impossibles et se laisse all\u00e9grement guider par cette volont\u00e9 cach\u00e9e.<br \/>\nC&rsquo;est dans la rencontre de ces deux approches, celles des algorithmes des logiciels qui traitent les big data et ceux qui sont dans les logiciels les plus simples, que l&rsquo;on retrouve une question fondamentale : la capacit\u00e9 de chacun \u00e0 d\u00e9passer ces contraintes pour effectuer ses \u00ab\u00a0propres choix\u00a0\u00bb, exercer une libert\u00e9, si fondamentalement ch\u00e8re \u00e0 Michel de Certeau. Sans tomber dans une analyse manich\u00e9iste ou complotiste, il nous faut cependant bien comprendre les enjeux des d\u00e9veloppements actuels qui s&rsquo;effectuent \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de la plan\u00e8te, de tous les humains et dont les cons\u00e9quences sont quasiment impossible \u00e0 pr\u00e9voir. Les m\u00e9dias de flux qui servent de caisse de r\u00e9sonance n&rsquo;ont pas grand-chose \u00e0 faire de ces analyses qui sont aussi r\u00e9v\u00e9latrice de leur propre algorithme, celui les am\u00e8ne \u00e0 chercher le scoop, l&rsquo;audience, la popularit\u00e9, en lieu et place, parfois d&rsquo;une information authentique. En d&rsquo;autres termes, les algorithmes sont dans nos t\u00eates avant d&rsquo;\u00eatre dans nos logiciels. Nombre de nos dirigeants tentent de piloter nos soci\u00e9t\u00e9s et nos vies avec ces algorithmes. Contrairement \u00e0 ceux qui sont dans nos machines, ils sont beaucoup plus difficiles \u00e0 \u00ab\u00a0objectiver\u00a0\u00bb, \u00e0 \u00ab\u00a0d\u00e9crypter\u00a0\u00bb. Mais ils sont aussi moins lin\u00e9airement efficaces que ne le sont les machines binaires \u00e0 la rh\u00e9torique implacable et parfois d\u00e9finitive, surtout lorsque le r\u00e9sultat fourni est une \u00ab\u00a0bombe au centre de l&rsquo;\u00e9cran\u00a0\u00bb (Apple) ou un \u00ab\u00a0\u00e9cran d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment bleu\u00a0\u00bb (Microsoft).<br \/>\nPascal Plantard a publi\u00e9 un livre court et percutant sur les imaginaires num\u00e9riques en \u00e9ducation. Passant d&rsquo;une analyse anthropologique \u00e0 une \u00e9tude de terrain, il nous permet de voir au plus pr\u00e8s l&rsquo;incarnation des imaginaires au travers des pratiques du quotidien (projet INEDUC). Il \u00e9crit : \u00ab\u00a0En \u00e9ducation, la place des imaginaires est premi\u00e8re car le processus m\u00eame de l&rsquo;\u00e9ducation formelle, informelle, familiale et artistique&#8230; proc\u00e8dent de la construction voire de la transmission du partage des imaginaires\u00a0\u00bb (p.19) A la suite de ce propos il pr\u00e9sente, \u00e0 l&rsquo;instar de Pierre Musso, 6 marqueurs des techno-utopies : naturalisation de la technique (homme machine), la dimension r\u00e9volutionnaire associ\u00e9e \u00e0 la technologie, l&rsquo;apaisement universel par les r\u00e9seaux, la dimension libertaire et la dimension d\u00e9terministe. Ce paysage pos\u00e9, ainsi que celui des grands mythes qui sont revisit\u00e9s par le d\u00e9veloppement des techniques num\u00e9riques, sert surtout \u00e0 analyser la relation que les jeunes entretiennent avec le num\u00e9rique, en particulier ceux qui sont au coll\u00e8ge, puis du plan d&rsquo;\u00e9quipement massif propos\u00e9 par le pr\u00e9sident de la r\u00e9publique pour 2016. Effectivement on retrouve aussi bien dans les propos des jeunes sur les pratiques, de m\u00eame que dans ceux des politiques, la trace des mythes et de ces marqueurs. On les retrouve aussi dans nombre de propos m\u00e9diatiques sur le num\u00e9rique. On pourrait ajouter aussi que chacun de ces mythes porte aussi son contraire, c&rsquo;est \u00e0 dire l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;ils pourraient porter le pire comme le meilleur (ce qui est le propre d&rsquo;un mythe semble-t-il). La conclusion que l&rsquo;on peut tirer de cette lecture est que les priorit\u00e9s retenues par les pouvoirs et nombre d&rsquo;acteur face au num\u00e9rique sont davantage inspir\u00e9es par le flot communicationnel d&rsquo;o\u00f9 \u00e9mergent les mythes que par une analyse des besoins de la population, bas\u00e9s sur une vision politique \u00e0 long terme.<br \/>\nOn retrouve aussi dans cet ouvrage des liens avec deux auteurs, d&rsquo;une part Philippe Breton d&rsquo;autre part Fred Turner qui, chacun dans leur sens, \u00e9clairent la question de ces techno-utopies. Le premier de ces auteurs a tr\u00e8s t\u00f4t soulev\u00e9 la question des imaginaires en particulier au moment de l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;Internet \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990. Le second visite quant \u00e0 lui les fondements culturels et politiques de l&rsquo;Internet et de l&rsquo;informatique d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. La lecture du livre de Steward Brand (et de l&rsquo;introduction de Dominique Cardon) est un plaisir immense pour qui veut se plonger dans l&rsquo;histoire intellectuelle qui a donn\u00e9 vie aux technologies contemporaines et surtout \u00e0 leurs formes d&rsquo;usages, rendues possibles par ces visions qui petit \u00e0 petit se sont infiltr\u00e9es dans les programmes informatiques, les algorithmes, et plus g\u00e9n\u00e9ralement dans les mani\u00e8res de faire d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Cours d&rsquo;histoire, certes, mais vivant et surtout extr\u00eamement bien document\u00e9, accessible et appuy\u00e9 sur des analyses solides dont l&rsquo;auteur prend plaisir \u00e0 faire partager les interpr\u00e9tations, voir les conclusions.<br \/>\nSi les algorithmes sont particuli\u00e8rement et spectaculairement pr\u00e9sents dans l&rsquo;usage des traces et des big datas, ils sont aussi, et bien plus encore pr\u00e9sents dans le quotidien des usagers de l&rsquo;informatique. De l&rsquo;antique clignotement de l&rsquo;\u00e9cran des premiers ordinateurs individuels aux interfaces des tablettes et autres smartphones, les concepteurs n&rsquo;ont eu de cesse de faciliter les utilisations. Mais la contrepartie c&rsquo;est la \u00ab\u00a0d\u00e9termination\u00a0\u00bb de ces usages. L&rsquo;utilisateur ob\u00e9it au concepteur. C&rsquo;est ce dernier qui d\u00e9cide donc des possibles et des impossibles. Il d\u00e9cide aussi, et cela se voit plus souvent qu&rsquo;on ne le pense, de ce que doit ma\u00eetriser l&rsquo;usager pour acc\u00e9der aux possibles. En d&rsquo;autres termes selon la qualit\u00e9 de la conception, l&rsquo;usager aura plus ou moins besoin de connaissances techniques. On se rappelle les manuels pl\u00e9thoriques de certains logiciels des ann\u00e9es 1980 &#8211; 1990. En faisant dispara\u00eetre ces aides papier ou num\u00e9rique, c&rsquo;est l&rsquo;ergonomie qui est repens\u00e9e et plus encore la guidance automatique de l&rsquo;usager au travers de programmes et d&rsquo;algorithmes qui d\u00e9finissent ainsi les usages possibles. Un simple exemple pourra illustrer cela : ceux qui ont utilis\u00e9 des logiciels\/programmes\/applications pour enfants savent bien que les concepteurs des produits font des choix. On se rappelle par exemple le produit Adibou qui donnait acc\u00e8s \u00e0 des jeux \u00e0 l&rsquo;utilisateur qui avait atteint un niveau de r\u00e9sultat aux exercices impos\u00e9s. Plus subtils sont les algorithmes qui analysent votre profil pour vous orienter, ce qui semble arriver dans les produits appel\u00e9s \u00ab\u00a0adaptive learning\u00a0\u00bb. Mais beaucoup plus courants les algorithmes des appareils de guidage du conducteur bas\u00e9s sur le GPS. Le calcul d&rsquo;itin\u00e9raire est bien le r\u00e9sultat d&rsquo;un choix de programmation et d&rsquo;algorithme qui s&rsquo;impose et impose parfois \u00e0 l&rsquo;usager des trajectoires inattendues&#8230;<br \/>\nOn semble d\u00e9couvrir aujourd&rsquo;hui cette question qui pourtant n&rsquo;est pas nouvelle. Cet effet de mode est renforc\u00e9 par les luttes contre les h\u00e9g\u00e9monies, voire les monopoles de toutes sortes dont il semble bien que l&rsquo;on puisse penser qu&rsquo;ils sont \u00e0 l&rsquo;origine de dominations et de contr\u00f4les. D&rsquo;IBM \u00e0 Microsoft, de Google \u00e0 Facebook, et autres multinationales du num\u00e9rique, chacune fait ou a fait l&rsquo;objet de critiques majeures d\u00e8s lors qu&rsquo;elles ont \u00e9t\u00e9 dominantes sur leur march\u00e9. La puissance \u00e9conomique politique et technique est devenue telle que certains s&rsquo;inqui\u00e8tent et cherchent \u00e0 leur \u00e9chapper ou au moins \u00e0 neutraliser leur influence. Malheureusement on ne peut que constater la r\u00e9currence de ces questions, avec ou sans technologies num\u00e9riques. Comme si la volont\u00e9 de domination \u00e9tait une sorte de m\u00e9canisme fondamentalement inscrit dans le fonctionnement mental&#8230;.<br \/>\n************************<br \/>\nQuelques citations importantes du livre de D Cardon pour alimenter la r\u00e9flexion et aussi l&rsquo;envie de lire son livre (qui fait l&rsquo;objet de beaucoup de compte rendus de presse)<br \/>\n\u00ab\u00a0La complexification des mod\u00e8les algorithmiques mis en oeuvre dans les nouvelles structures informationnelles contribue \u00e0 imposer le silence \u00e0 ceux qui sont soumis \u00e0 leurs effets\u00a0\u00bb (p.13)<br \/>\n\u00ab\u00a0Les objets techniques ne fonctionnent que parce qu&rsquo;ils op\u00e8rent dans un \u00ab\u00a0milieu associ\u00e9\u00a0\u00bb qui les rend efficaces et pertinents.\u00a0\u00bb (p.14)<br \/>\n\u00ab\u00a0Les donn\u00e9es brutes n&rsquo;existent pas. Toute quantification est une construction qui installe un dispositif de commensuration des enregistrements et \u00e9tablit des conventions pour les interpr\u00e9ter\u00a0\u00bb (p.56)<br \/>\n\u00ab\u00a0Il est encore temps de dire aux algorithmes que nous ne sommes pas la somme impr\u00e9cise et incompl\u00e8te de nos comportements\u00a0\u00bb (p.103)<br \/>\n\u00ab\u00a0Il s&rsquo;agit d\u00e9sormais de calculer le profil e l&rsquo;utilisateur \u00e0 partir des traces des activit\u00e9s en d\u00e9veloppant des techniques d&rsquo;enregistrement qui collent au plus pr\u00e8s de ses gestes.\u00a0\u00bb (p.34)<br \/>\n\u00ab\u00a0les algorithmes pr\u00e9dictifs ne donnent pas une r\u00e9ponse \u00e0 ce que les gens disent vouloir faire, mais \u00e0 ce qu&rsquo;il font dans vouloir vraiment se le dire\u00a0\u00bb (p.34)<br \/>\n&#8211; (manipulation du r\u00e9el, d\u00e9bordement des cat\u00e9gories; calculer au plus pr\u00e8s, corr\u00e9lation sans cause) \u00ab\u00a0Ces d\u00e9placements montrent comment les statistiques, photographies ext\u00e9rieures de la soci\u00e9t\u00e9, sont progressivement entr\u00e9es dans les subjectivit\u00e9s contemporaines en leur permettant de se comparer, avant de venir subrepticement calculer \u00e0 leur insu le comportement des personnes.\u00a0\u00bb (p.43)<br \/>\n\u00ab\u00a0Les big data r\u00e9animent le projet d&rsquo;objectivit\u00e9 instrumentale des sciences de la nature, mais cette fois sans le laboratoire : c&rsquo;est le monde qui devient directement mesurable et calculable. Leur ambition est de mesurer au plus pr\u00e8s le \u00ab\u00a0r\u00e9el\u00a0\u00bb, de fa\u00e7on exhaustive, discr\u00e8te et \u00e0 grain tr\u00e8s fin.\u00a0\u00bb (p.44)<br \/>\n\u00ab\u00a0M\u00eame en ayant le sentiment de faire des choix singuliers, nos comportement ob\u00e9issent \u00e0 des habitudes routini\u00e8res profond\u00e9ment inscrites dans notre socialisation.\u00a0\u00bb (p.65)<br \/>\n\u00ab\u00a0En pr\u00e9f\u00e9rant les conduites aux aspirations, les algorithmes nous imposent ce r\u00e9alisme efficace. Ils nous emprisonnent dans notre conformisme. (&#8230;) ils sont pr\u00e9dictifs parce qu&rsquo;ils font constamment l&rsquo;hypoth\u00e8se que notre futur sera une reproduction de notre pass\u00e9.\u00a0\u00bb (p.70)<br \/>\n\u00ab\u00a0Le d\u00e9veloppement d&rsquo;une \u00e9ducation et d&rsquo;une culture partag\u00e9es des algorithmes devrait nous aider \u00e0 d\u00e9coder et interpr\u00e9ter la mani\u00e8re dont ils fa\u00e7onnent nos repr\u00e9sentations.\u00a0\u00bb(p.83)<br \/>\n\u00ab\u00a0De fa\u00e7on tr\u00e8s conservatrice, le calcul algorithmique reconduit l&rsquo;ordre social en ajoutant ses propres verdicts aux in\u00e9galit\u00e9s et aux discriminations de la soci\u00e9t\u00e9 : les mal not\u00e9s seront mal servis et leur note en deviendra plus mauvaise encore.\u00a0\u00bb (p.86)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Parmi les livres r\u00e9cemment parus, certains semblent importants pour tout \u00e9ducateur (enseignants, parents, formateurs, \u00e9ducateurs, etc&#8230;) qui utilise et fait utiliser l&rsquo;informatique et les objets num\u00e9riques dans sa pratique personnelle autant que professionnelle. Le premier, dans l&rsquo;ordre de parution est celui d&rsquo;Eric Sadin, \u00ab\u00a0la vie algorithmique, critique de la raison num\u00e9rique\u00a0\u00bb (L&rsquo;\u00e9chapp\u00e9e, 2015), le second &hellip; <\/p>\n<p><a class=\"more-link btn\" href=\"https:\/\/brunodevauchelle.org\/?p=1784\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"amp_status":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[3,5,9,23,24],"tags":[269,356,554,683,694,696,968,1004,1225,1418,1789],"class_list":["post-1784","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-commerce","category-education-et-formation","category-general","category-societe","category-tice","tag-algorithmes","tag-big-data","tag-critique","tag-ecran","tag-educateur","tag-education","tag-imaginaires","tag-informatique","tag-modes","tag-politique","tag-vie"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_likes_enabled":true,"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1784","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1784"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1784\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1784"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1784"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1784"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}